28 juillet 2026
Seulement 30 % des jeunes de 15 à 24 ans ont déjà utilisé un ordinateur en Haïti : le terrain résiste à une vision numérique ambitieuse
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Seulement 30 % des jeunes de 15 à 24 ans ont déjà utilisé un ordinateur en Haïti : le terrain résiste à une vision numérique ambitieuse

Début juillet, pendant que les projecteurs du WSIS Forum et de l’AI for Good Global Summit étaient braqués sur Genève, une délégation haïtienne conduite par le ministre des Travaux publics, Transports et Communications, Joseph Almathe Pierre Louis, y présentait la vision du pays pour sa transformation numérique. Le message officiel était clair : faire de l’intelligence artificielle un levier de développement économique pour Haïti. Sur le terrain, pourtant, les chiffres racontent une toute autre histoire — celle d’un pays où la révolution numérique reste, pour l’instant, hors de portée d’une large partie de la population.

Ce qui s’est joué à Genève

Aux côtés du ministre, le directeur général du Conseil national des télécommunications (CONATEL), Huguens Prévilon, a présenté la stratégie numérique nationale devant les instances de l’Union internationale des télécommunications. La délégation en a profité pour signer un accord de coopération avec la Malaisie, un geste qui traduit la volonté d’Haïti de s’arrimer aux discussions mondiales sur la gouvernance de l’intelligence artificielle plutôt que de les regarder de loin.

Ce rendez-vous s’inscrit dans une séquence plus large amorcée depuis un an : en juin 2025 déjà, le premier sommet Ayiti IA avait réuni plus de 500 participants à Pétion-Ville autour du thème de l’IA comme catalyseur de transformation portée par la jeunesse, avec la Banque de la République d’Haïti (BRH) annonçant la formation de ses propres cadres à ces technologies.

Le mur des chiffres

C’est là que le récit officiel rencontre sa limite. Selon des données croisées de l’Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique, de l’UNESCO et de la Banque mondiale, moins de 2 % des écoles haïtiennes disposent d’une salle informatique fonctionnelle. Seulement 30 % des jeunes de 15 à 24 ans ont déjà utilisé un ordinateur. L’accès à internet à haut débit reste concentré dans quelques grandes villes — Port-au-Prince, Pétion-Ville, Cap-Haïtien — tandis que la possession d’un smartphone connecté est estimée à environ 25 % en milieu urbain, et à moins de 10 % en zone rurale.

Autrement dit : au moment où l’État haïtien signe des accords internationaux sur l’intelligence artificielle, une majorité de jeunes Haïtiens n’a encore jamais touché un ordinateur dans le cadre scolaire. Le fossé n’est pas seulement technologique, il est structurel — infrastructures électriques défaillantes, connectivité rurale quasi inexistante, budgets publics contraints et fuite continue des talents formés.

Ambition ou dépendance ?

Plusieurs voix de la société civile technologique haïtienne appellent à la prudence face à cet écart entre discours et réalité. Le risque, souvent évoqué, est celui d’une dépendance à des solutions numériques importées, conçues ailleurs, hébergées ailleurs, sans cadre juridique haïtien clair pour encadrer la protection des données ni capacité locale de maintenance. Après la dépendance financière, préviennent certains analystes, viendrait le risque d’une dépendance algorithmique — c’est-à-dire un pays qui utilise l’intelligence artificielle sans jamais la comprendre ni la gouverner.

L’alternative défendue par une partie de l’écosystème tech local ne consiste pas à rivaliser technologiquement avec les grandes puissances, mais à construire une souveraineté numérique minimale : miser sur la formation plutôt que sur la puissance de calcul, développer une expertise nationale, privilégier les logiciels ouverts et adaptables, et s’insérer intelligemment — plutôt que passivement — dans l’écosystème mondial de l’IA.

Ce qu’il faut retenir
  • Haïti a présenté sa stratégie numérique et signé un accord de coopération avec la Malaisie lors du WSIS Forum et de l’AI for Good Global Summit à Genève, début juillet 2026.
  • Dans le même temps, moins de 2 % des écoles haïtiennes disposent d’une salle informatique fonctionnelle, et seulement 30 % des 15-24 ans ont déjà utilisé un ordinateur.
  • L’accès internet haut débit reste concentré dans quelques grandes villes, avec une fracture marquée entre zones urbaines et rurales.
  • Le débat n’oppose plus la volonté d’adopter l’IA à la réticence de le faire, mais bien deux visions de la manière d’y parvenir : dépendre de solutions extérieures, ou construire, patiemment, une capacité nationale.
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