10 juillet 2026
Le décret électoral du 2 juin 2026 peut-il empêcher la coalition criminelle « Viv Ansanm » de financer et présenter des candidats et, in fine, de remporter les  élections ? 
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Le décret électoral du 2 juin 2026 peut-il empêcher la coalition criminelle « Viv Ansanm » de financer et présenter des candidats et, in fine, de remporter les  élections ? 

Le gouvernement du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a promulgué le 2 juin 2026 un  décret électoral, modifié le 3 juillet à la suite de négociations avec le Conseil électoral  provisoire (CEP) et certains acteurs politiques.  

Ce texte impose notamment aux partis, groupements ou regroupements politiques de présenter  une liste d’au moins 30 000 membres, adhérents ou sympathisants jouissant de leurs droits  civils et politiques pour pouvoir déposer des candidatures. 

Il fixe également des frais d’inscription variables selon les postes électifs. 

Ces dispositions soulèvent une interrogation centrale : ce décret peut-il réellement empêcher  une coalition aux liens criminels certains, telle que « Vivre Ensemble » et ses alliés du secteur  privé, de financer massivement des candidatures, de présenter des listes sur l’ensemble du  territoire et, in fine, de remporter les élections ? 

Montants réclamés et dépendance au nombre de membres et de  postes 

Les frais d’inscription prévus sont les suivants (montants indicatifs issus du cadre électoral) : 

Présidence : 800 000 gourdes par candidat. 

Sénat : 120 000 gourdes par candidat. 

Députation : 60 000 gourdes par candidat. 

Conseils municipaux (cartel) : 18 000 gourdes. 

CASEC et postes locaux : Montants réduits (quelques milliers de gourdes par  structure). 

Ces coûts se multiplient selon le nombre de candidats et de listes présentées. Pour un parti ou  une coalition non regroupée visant une couverture nationale complète (présidentielle,  sénatoriale dans les départements, députation dans les circonscriptions, municipales et locales  dans les communes et sections), la facture cumulée peut aisément atteindre 20 à 50 millions  de gourdes, voire davantage, sans inclure les dépenses de campagne, de propagande, de  transport et de vérification des listes.  

Le seuil de 30 000 membres constitue une barrière supplémentaire : il exige une organisation  territoriale, des ressources humaines et financières pour recruter, documenter et faire vérifier  une base militante importante. 

Les ajustements du 3 juillet confient davantage cette vérification au CEP, ce qui constitue un  progrès relatif, mais n’élimine pas les risques de fraudes ou de pressions locales.

Le décret peut-il bloquer une coalition criminelle comme « Vivre  Ensemble » ? 

Réponse claire : non, il ne le peut pas de manière efficace. 

Une coalition disposant de ressources issues du racket, du trafic ou de la captation illicite de  fonds publics peut mobiliser sans difficulté les sommes requises.  

Pour elle, les frais d’inscription représentent un simple coût d’entrée, largement couvert par  ses revenus occultes.  

Le seuil de 30 000 membres est tout aussi franchissable : recrutement forcé, incitations  financières, inscriptions fictives ou doubles, ou alliances opportunistes avec des structures  locales déjà sous influence.  

Dans un contexte de fragilité sécuritaire et institutionnelle, la vérification par le CEP reste  limitée dans le temps et les moyens. 

Pire, le décret favorise indirectement les acteurs déjà puissants. Les petites formations ou  mouvements citoyens sans ressources importantes sont exclus ou contraints à des  regroupements diluants.  

En revanche, une coalition organisée, disposant de réseaux territoriaux, de moyens de  pression et de financement illicite, transforme ces exigences en formalités. Elle peut financer  des centaines de candidatures, saturer le terrain et exploiter les faiblesses du processus  (sécurité des bureaux de vote, contrôle du contentieux, observation internationale limitée)  pour influencer ou remporter les scrutins. 

Ainsi, loin d’empêcher « Vivre Ensemble » ou toute structure similaire de participer  massivement et de viser la victoire, le décret risque de consolider les avantages des forces  dominantes tout en réduisant la pluralité réelle du paysage politique. 

Une réforme insuffisante face aux enjeux haïtiens 

L’intention déclarée — décourager les candidatures fantaisistes et assainir le financement — est compréhensible dans un pays qui n’a pas organisé d’élections générales depuis plus d’une  décennie.  

Cependant, le texte manque de mécanismes robustes : traçabilité stricte et en temps réel des  fonds, plafonnement sévère des dépenses de campagne, audits indépendants, sanctions  pénales dissuasives et renforcement réel de l’indépendance du CEP. 

Sans ces compléments, le décret du 2 juin, même modifié le 3 juillet, apparaît davantage  comme un outil de régulation sélective que comme un véritable bouclier contre l’influence  criminelle. 

Il risque d’aboutir à des élections peu inclusives, contestées et potentiellement captées par les  acteurs les mieux armés financièrement et militairement.

Haïti mérite mieux. Pour que le scrutin tant attendu de 2026-2027 marque un tournant  démocratique, il faut aller au-delà des seuils quantitatifs et construire un cadre qui privilégie  la transparence, l’égalité des chances et le contrôle citoyen réel.  

Sinon, les règles formelles ne feront que masquer la persistance des logiques de puissance et  d’argent occulte.

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