Par Reynoldson Mompoint
Cap-Haïtien, le 29 juillet 2026
Une ambulance qui n’arrive pas à temps n’est pas seulement un véhicule en retard. C’est parfois une vie qui s’éteint dans le silence, une mère qui ne reverra jamais son enfant, un père qui succombe faute d’avoir été transporté à temps vers un centre hospitalier.
En Haïti, où le système de santé ploie déjà sous le poids de l’insécurité, de la pauvreté et de l’insuffisance des infrastructures, le Centre Ambulancier National (CAN) représente l’un des derniers remparts entre l’urgence médicale et la fatalité. C’est dire combien la direction de cette institution est une responsabilité immense. À sa tête se trouve aujourd’hui le Dr Ricardo Jean-Baptiste, investi de la mission de redonner efficacité, crédibilité et capacité d’intervention à un organisme vital. Mais cette mission ne peut être appréciée à l’aune des discours ou des cérémonies officielles. Elle doit être évaluée à partir des résultats, de la transparence et de la reddition de comptes.
Dans une République où les scandales financiers ont trop souvent détruit la confiance entre l’État et les citoyens, toute institution publique a le devoir de démontrer que chaque gourde dépensée l’est dans l’intérêt collectif. Le CAN n’échappe pas à cette exigence.
Une mission sacrée qui dépasse les considérations administratives
Le Centre Ambulancier National n’est pas une direction administrative comme les autres. Il ne délivre pas des permis, ne traite pas de simples dossiers bureaucratiques. Il intervient lorsque des vies sont suspendues à quelques minutes.
Une ambulance immobilisée faute de carburant, un véhicule en panne par défaut d’entretien, un manque de matériel de réanimation ou un effectif insuffisant peuvent avoir des conséquences dramatiques.
La première richesse du CAN ne réside donc pas dans son budget, mais dans sa capacité à sauver des vies. Chaque décision administrative doit être guidée par cet impératif.
Gouverner, c’est rendre des comptes
L’administration publique moderne repose sur un principe simple : nul gestionnaire n’est propriétaire des ressources qu’il administre.
Le directeur général du CAN gère des fonds publics. À ce titre, il est légitime que les citoyens, les journalistes et les organisations de contrôle demandent des informations sur la gestion de l’institution. Combien d’ambulances sont réellement opérationnelles ?Combien sont immobilisées ? Quels contrats ont été conclus pour leur entretien ? Quels équipements médicaux ont été acquis ? Quel est le taux de couverture du territoire national ? Quel est le délai moyen d’intervention ? Ces questions ne constituent pas des attaques personnelles. Elles traduisent l’exigence normale de transparence qui accompagne toute fonction publique.
La transparence : meilleure réponse aux interrogations
Dans un contexte où les institutions publiques souffrent d’un déficit de confiance, le silence nourrit les spéculations. La meilleure façon de dissiper les doutes n’est pas de condamner les critiques, mais de publier les données pertinentes : états financiers, marchés publics, statistiques d’intervention, inventaires des équipements, rapports d’activité et indicateurs de performance.
Une administration qui communique renforce sa crédibilité. Une administration qui se referme sur elle-même alimente les interrogations.
Les défis du Centre Ambulancier National
Il serait injuste d’ignorer les difficultés auxquelles le CAN est confronté. Les équipes doivent intervenir dans un contexte d’insécurité chronique. Certaines zones du pays sont difficiles d’accès.
Le coût du carburant et des pièces de rechange pèse lourdement sur les opérations. Le personnel travaille souvent sous pression.
Ces réalités expliquent une partie des difficultés, mais elles ne dispensent pas l’administration de planifier, de prioriser les dépenses et de rendre compte de l’utilisation des ressources disponibles. Le droit des citoyens à l’information. Les ressources du CAN proviennent des finances publiques.
En conséquence, les citoyens ont un intérêt légitime à connaître la manière dont elles sont utilisées. La publication régulière de rapports détaillés permettrait d’éclairer le débat public, de mesurer les progrès accomplis et d’identifier les défis persistants.
La transparence protège autant l’institution que ses dirigeants.
Les organes de contrôle : des partenaires de la bonne gouvernance
La bonne gouvernance ne repose pas uniquement sur la volonté du directeur général. Les institutions de contrôle ont également un rôle essentiel à jouer.
Lorsque des interrogations existent sur la gestion d’un organisme public, des audits administratifs et financiers réalisés par les autorités compétentes peuvent contribuer à renforcer la confiance du public.
L’objectif n’est pas de condamner à l’avance, mais de vérifier, documenter et, le cas échéant, recommander des améliorations.
Les ambulanciers : les oubliés de la chaîne de secours
Au-delà des débats sur la gouvernance, il ne faut pas oublier les femmes et les hommes qui, chaque jour, répondent aux appels d’urgence.
Ils travaillent dans des conditions difficiles, parfois au péril de leur sécurité. Leur formation, leurs équipements, leur protection et leurs conditions de travail devraient constituer des priorités permanentes. Une institution performante est d’abord une institution qui soutient son personnel.
La presse et le contrôle citoyen
Dans un État de droit, la presse a le devoir de poser des questions, de demander des documents publics et de confronter les déclarations officielles aux résultats observables. Ce rôle ne doit pas être perçu comme une hostilité envers les institutions, mais comme une contribution à leur amélioration.
Les responsables publics doivent accepter que leurs décisions soient examinées et discutées. Cette exigence est le corollaire de la confiance que leur accorde la Nation. Le Centre Ambulancier National est un maillon essentiel de la chaîne des secours en Haïti. Les attentes à son égard sont immenses, tout comme les responsabilités de sa direction.
Le Dr Ricardo Jean-Baptiste a aujourd’hui l’occasion de démontrer, par une politique de transparence et de reddition de comptes, que son action répond aux besoins de la population et aux exigences de la gestion publique.
Les citoyens ne demandent pas des promesses. Ils attendent des résultats, des données vérifiables, des services efficaces et une administration ouverte au contrôle. Parce qu’en matière de santé publique, la confiance est aussi importante que les ambulances elles-mêmes. Une institution qui sauve des vies doit également inspirer confiance par sa gestion.
C’est à cette condition que le Centre Ambulancier National pourra pleinement remplir sa mission au service de la population haïtienne.
Reynoldson Mompoint
Avocat-Journaliste-Communicateur Social
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