Dans un pays où l’actualité est le plus souvent dictée par l’insécurité et l’instabilité politique, un événement organisé la semaine dernière à l’hôtel Karibe a tenté de déplacer le projecteur ailleurs : vers les chercheurs, les universitaires et l’idée, encore fragile en Haïti, que la connaissance scientifique peut devenir un moteur économique à part entière. Le 23 juillet, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a ouvert la deuxième édition des Journées scientifiques du Fonds-BRH pour la recherche et le développement, un rendez-vous porté par la Banque de la République d’Haïti (BRH) autour du thème « La recherche au service du développement : optimiser la production et l’utilisation des connaissances scientifiques ».
Un fonds de recherche piloté par la Banque centrale
Le choix peut surprendre à première vue : ce n’est pas un ministère de l’Éducation ou de la Recherche qui porte cette initiative, mais bien la Banque centrale haïtienne, à travers son Fonds pour la recherche et le développement. La BRH y voit un investissement direct dans ce qu’elle appelle la valorisation du capital humain national — l’idée que soutenir financièrement la production scientifique haïtienne fait partie, au même titre que la stabilité monétaire, de sa mission économique.
Devant un parc de responsables institutionnels, de chercheurs et d’acteurs du monde académique, le chef du gouvernement a affirmé que la recherche scientifique, l’innovation et l’excellence constituent des leviers essentiels du développement national. Un discours qui tranche avec l’image d’un État souvent perçu comme concentré sur la gestion de l’urgence sécuritaire et humanitaire, au détriment d’une vision de long terme.
Une ambition qui se heurte à un contexte sécuritaire assumé
Le Premier ministre n’a d’ailleurs pas éludé cette tension. Il a rappelé que le rétablissement de la sécurité sur l’ensemble du territoire demeure une condition indispensable au développement durable, à la stabilité du pays et à la tenue d’élections libres et transparentes. Autrement dit : même le gouvernement reconnaît que l’ambition scientifique affichée ne pourra se concrétiser pleinement tant que les conditions de base — sécurité, stabilité institutionnelle, continuité de l’État — ne seront pas réunies.
C’est là que réside le principal défi de ce type d’initiative : la recherche scientifique a besoin de continuité, de financement stable et de circulation des chercheurs sur le territoire, trois conditions particulièrement mises à l’épreuve par le contexte haïtien actuel.
Pourquoi cette initiative mérite l’attention de Rezo Tech
- Un signal envoyé à une diaspora scientifique souvent tenue à l’écart. En valorisant la production de connaissances locale, la BRH ouvre potentiellement une porte à des collaborations avec des chercheurs et ingénieurs haïtiens de la diaspora, dont l’expertise reste largement sous-mobilisée dans les projets nationaux.
- Un pont possible avec l’écosystème tech local. Les thématiques de recherche soutenues par ce type de fonds — production et utilisation des connaissances scientifiques — recoupent directement les enjeux déjà identifiés par Rezo Tech autour de la souveraineté numérique, de la formation aux métiers du numérique et de l’innovation portée par la jeunesse, comme l’a montré DevExpo 2026 quelques jours plus tôt.
- Le test sera dans le financement, pas dans le discours. L’histoire récente d’Haïti compte de nombreuses déclarations d’intention sur l’innovation et le savoir ; la valeur de cette initiative se mesurera à la constance et au montant réel des ressources allouées dans la durée, bien plus qu’au symbolisme de son lancement.
Ce qu’il faut retenir
- La BRH a lancé, le 23 juillet 2026, la deuxième édition des Journées scientifiques de son Fonds pour la recherche et le développement, à l’hôtel Karibe.
- Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a présenté la recherche scientifique comme un levier essentiel du développement national, tout en reconnaissant que la sécurité reste un préalable incontournable.
- L’initiative s’inscrit dans une séquence plus large de mobilisation autour de l’innovation en Haïti, après DevExpo 2026 et la participation haïtienne aux forums internationaux sur l’intelligence artificielle.
- Sa portée réelle dépendra du financement effectif accordé aux chercheurs haïtiens dans les mois à venir, plus que des discours d’ouverture.
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