Candidat au Sénat de l’Ouest sous la bannière de Vérité en 2015-2016, Alix Didier Fils-Aimé revendiquait une fonction de législateur et de défenseur de l’ordre constitutionnel. Dix ans plus tard, le Premier ministre de facto engage son pouvoir dans une consultation destinée à neutraliser la Constitution de 1987 le 16 décembre 2026, « pour tenter de plaire à ses maîtres », dénonce le docteur Josué Renaud, directeur exécutif de New England Human Rights Organization (NEHRO).
Le docteur Josué Renaud se dit stupéfait par la transformation politique d’Alix Didier Fils-Aimé. Selon le responsable de NEHRO, l’ancien candidat malheureux au Sénat de l’Ouest, qui sollicitait les suffrages au nom du respect des lois, consacre désormais son autorité à une rupture institutionnelle dictée par les intérêts de clan. « L’homme a changé pour tenter de plaire à ses maîtres », affirme-t-il, estimant que le chef du gouvernement cherche à accomplir par le pouvoir exécutif ce que le suffrage populaire ne lui avait jamais accordé par les urnes.
Sous la bannière de la plateforme Vérité, généralement située au centre gauche de l’échiquier politique haïtien, l’homme d’affaires rebaptisé aujourd’hui « move zafè » ambitionnait pourtant de devenir législateur du département le plus peuplé du pays. Les résultats du premier tour de 2015 lui avaient attribué 24 057 voix, soit 6,52 % des suffrages exprimés. Lors de la reprise du scrutin sénatorial en 2016, il avait recueilli 40 232 voix, soit 11,19 %, sans parvenir à conquérir le siège convoité ni à prolonger le parcours parlementaire de son père, Alix Fils-Aimé, ancien prisonnier politique sous Jean-Claude Duvalier puis député entre 1995 et 1999.
L’investiture populaire refusée par les électeurs lui fut finalement remplacée par une nomination administrative. Installé à la Primature en novembre 2024 par le Conseil présidentiel de transition, Alix Didier Fils-Aimé dirige depuis un Exécutif privé de président élu, de Parlement fonctionnel et de contre-pouvoir institutionnel effectif. Le candidat qui recherchait autrefois la légitimité des urnes exerce aujourd’hui une autorité dépourvue de mandat électif direct, tout en conduisant une opération de transformation constitutionnelle que l’article 284-3 de la Loi fondamentale interdit explicitement par voie référendaire.
Le calendrier arrêté par « un CEP sous tutelle », dénonce Josué Renaud, confère à cette opération une portée historique singulière. Des élections sont annoncées pour le 13 décembre 2026, avant la proclamation, trois jours plus tard, d’un résultat destiné à neutraliser la Constitution de 1987. Le 16 décembre 2026 se dresserait ainsi face au 16 décembre 1990, date de la première élection présidentielle démocratique organisée sous l’autorité de cette Loi fondamentale.
N’en déplaise à Lavalas, qualifié par Renaud de « coauteur du chaos annoncé », cette séquence intervient dans un pays demeuré sous l’emprise des gangs et privé des garanties minimales d’un scrutin crédible. En trois jours, le pouvoir entendrait ainsi passer d’une consultation contestée à l’effacement d’un texte vieux de près de quarante ans, que Fils-Aimé prétendait autrefois servir en sollicitant un mandat au Sénat.
Josué Renaud observe enfin qu’entre 2016 et 2026, Haïti s’est davantage appauvrie, tandis que la reconstruction du Palais national n’a jamais été véritablement engagée. Le pouvoir exécutif reste ainsi privé d’un siège correspondant à la dignité de l’État et au rang historique d’Haïti, première République noire née d’une révolution victorieuse contre l’ordre esclavagiste. Au lieu de restaurer les institutions publiques et les symboles matériels de la souveraineté nationale, Alix Didier Fils-Aimé mobilise, selon lui, son autorité contre la norme suprême. « Il n’y arrivera pas », tranche le directeur NEHRO, convaincu que l’Histoire consignera cette tentative et les responsabilités politiques de ses auteurs.

