Ceux qui pensent que le Conseil Électoral Provisoire peut organiser des élections « à la manière du MENFP » dans les fiefs de Jeff Gwo Lwa ou de Carrefour se bercent d’une dangereuse illusion. Ils confondent un exercice scolaire contraint avec l’acte souverain qui doit restaurer la légitimité de l’État haïtien. Cette erreur de jugement est non seulement naïve : elle est suicidaire.
Le Ministère de l’Éducation a tenu ses examens du Bac et de la 9e AF dans des zones gangstérisées. Des arrangements locaux, une tolérance forcée, des délocalisations et parfois la « surveillance » des hommes armés ont permis de boucler l’opération. C’était risqué, imparfait, mais circonscrit : quelques jours, des centres limités, un enjeu sectoriel. Les jeunes passaient un examen, pas le pays tout entier.
Les élections du 13 décembre 2026 ne sont pas un examen scolaire. C’est le rendez-vous avec l’Histoire. Et sur ce terrain, composer avec les gangs équivaut à une capitulation.
Le Décret électoral du 2 juin 2026 (modifié le 2 juillet) est clair. Il ne parle pas de « partenariat » avec les bandes armées. Il impose un registre électoral sincère, une inscription transparente, des listes d’émargement vérifiables, des procès-verbaux scellés, des empreintes digitales, une tabulation incontestable et un contentieux confié à des magistrats professionnels. Il exige un CEP indépendant, capable de contrôler la sincérité des listes de partis et d’éviter toute manipulation.
Comment garantir tout cela sous la botte des gangs ? Comment inscrire librement les électeurs quand des territoires entiers vivent sous la loi de Viv Ansanm, du G9 ou des Talibans de Jeff Gwo Lwa ? Comment installer des bureaux de vote quand les mêmes qui rackettent, violent et recrutent des enfants décideront qui vote et qui s’abstient ?
Les différences sont abysales :
• L’examen valide un diplôme individuel. Les élections confèrent le pouvoir d’État. • L’examen dure quelques jours. Le processus électoral s’étend sur des mois, sur tout le territoire et la diaspora.
• L’examen tolère des arrangements locaux. Les élections exigent neutralité, souveraineté et crédibilité internationale.
• Composer avec les gangs pour les examens, c’est survivre. Composer avec eux pour les élections, c’est légitimer leur emprise et transformer le futur gouvernement en otage.
Le CEP qui se laisserait convaincre qu’un simple « partenariat » avec le MENFP suffit à naviguer dans ces zones paiera très cher – et le pays plus encore. Résultats contestés, violence post-électorale, rejet international, et surtout : une nouvelle classe politique élue sous la protection ou avec la bénédiction des criminels. Ce serait la gangstérisation définitive des institutions.
Assez d’illusions ! Le CEP doit rester intransigeant sur son indépendance. L’inscription des électeurs doit se faire dans la transparence et la sécurité réelle, pas dans la complaisance. La restauration de l’autorité de l’État n’est pas négociable. Organiser des élections crédibles, ce n’est pas passer un Bac sous la menace des kalachnikovs. C’est reprendre le contrôle du destin national.
Ceux qui poussent le CEP dans ce piège préparent non pas le retour à la démocratie, mais l’intronisation masquée d’un narco-pouvoir. Le peuple haïtien mérite mieux. Le CEP doit choisir : ou la dignité républicaine, ou la honte historique. Il n’y a pas de troisième voie.

