17 juillet 2026
Haïti | Martelly a-t-il quitté les États-Unis comme Laurent Lamothe, son ancien partenaire au cœur du scandale PetroCaribe ?
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Haïti | Martelly a-t-il quitté les États-Unis comme Laurent Lamothe, son ancien partenaire au cœur du scandale PetroCaribe ?

PORT-AU-PRINCE — Le retour inattendu de Michel Martelly en Haïti, mercredi 15 juillet 2026, soulève une interrogation que l’ancien président n’a pas encore dissipée : est-il simplement venu répondre aux sollicitations de la justice haïtienne ou son départ de Miami cache-t-il une situation migratoire plus complexe aux États-Unis ?

Selon l’Associated Press, Michel Martelly, qui résidait aux États-Unis, n’a fourni aucune explication publique sur les raisons de son voyage. Des médias locaux ont évoqué une possible audition dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat, le 7 juillet 2021, de son successeur Jovenel Moïse. L’ancien président n’est toutefois ni accusé ni inculpé dans ce dossier. Une photographie diffusée par Reuters le présente arrivant de Miami pour comparaître devant la justice haïtienne dans le cadre de cette enquête.

Son retour intervient cependant dans un contexte qui dépasse largement la procédure judiciaire haïtienne. Michel Martelly fait l’objet de sanctions américaines depuis le 20 août 2024. Le département du Trésor l’accuse d’avoir abusé de son influence pour faciliter le trafic de drogues, notamment de cocaïne, vers les États-Unis et d’avoir contribué à la prolifération internationale des stupéfiants. Son nom figure toujours sur une liste de sanctions administrée par l’Office of Foreign Assets Control.

Washington n’a pourtant annoncé aucune expulsion, révocation de statut migratoire ou interdiction formelle de retour concernant Michel Martelly. À ce stade, rien ne permet donc d’affirmer qu’il a été contraint de quitter le territoire américain. Le silence de l’ancien chef de l’État, combiné à la gravité des sanctions qui le visent, alimente néanmoins les spéculations.

Le cas de Laurent Lamothe revient naturellement dans le débat. Ancien Premier ministre de Michel Martelly, il a été publiquement désigné par le Département d’État américain, le 2 juin 2023, pour son implication dans des faits de corruption majeurs. Washington affirme qu’il a détourné au moins 60 millions de dollars provenant du fonds PetroCaribe, initialement destiné au financement d’infrastructures et de programmes sociaux en Haïti. Cette mesure le rend généralement inadmissible aux États-Unis, ainsi que certains membres de sa famille immédiate.

Il serait toutefois inexact de présenter cette désignation comme la preuve d’une expulsion de Laurent Lamothe. Les autorités américaines ont annoncé une interdiction d’admission liée à des accusations de corruption significative, mais n’ont pas déclaré publiquement qu’il avait été arrêté puis physiquement expulsé du territoire.

Le parallèle entre les deux anciens dirigeants repose plutôt sur leur responsabilité commune au sommet de l’exécutif durant l’une des périodes les plus controversées de la gestion des fonds PetroCaribe. Michel Martelly dirigeait le pays tandis que Laurent Lamothe cumulait les fonctions de Premier ministre et, pendant une partie de cette période, de ministre de la Planification et de la Coopération externe. Leur tandem demeure associé à une administration sous laquelle d’importantes ressources destinées au développement d’Haïti ont été engagées sans produire les transformations économiques, sociales et infrastructurelles promises.

La désignation américaine de Laurent Lamothe a donné une dimension internationale aux accusations entourant cette gestion. En affirmant officiellement qu’au moins 60 millions de dollars avaient été détournés, Washington ne s’est pas contenté de dénoncer de simples irrégularités administratives : il a parlé de corruption significative touchant directement un programme conçu pour financer les infrastructures et la protection sociale.

Michel Martelly, de son côté, n’a pas été sanctionné par Washington pour le dossier PetroCaribe, mais pour des accusations liées au trafic de stupéfiants et à son rôle présumé dans l’instabilité d’Haïti. L’Associated Press rappelle également qu’il a été sanctionné par le Canada en 2022 et par l’Union européenne en décembre 2025, cette dernière l’accusant notamment d’avoir armé et financé des gangs afin de promouvoir ses intérêts politiques, territoriaux et économiques. Il n’a pas publiquement répondu à ces accusations.

Deux anciens dirigeants d’une même administration se retrouvent ainsi sous le coup de lourdes mesures américaines, mais pour des motifs distincts : Laurent Lamothe pour corruption significative liée aux fonds PetroCaribe, Michel Martelly pour son implication alléguée dans le trafic international de drogues. Cette différence juridique n’efface pas leur proximité politique ni leur responsabilité partagée dans la conduite des affaires publiques entre 2012 et 2014.

Le retour de Michel Martelly pourrait n’être qu’un déplacement temporaire. Il pourrait aussi annoncer une réinstallation plus durable en Haïti. Tant que les autorités américaines ne se seront pas prononcées et que l’ancien président n’aura pas expliqué les circonstances de son voyage, toute affirmation catégorique sur une expulsion restera spéculative.

La véritable indication viendra probablement d’une éventuelle tentative de retour aux États-Unis. S’il repart librement vers Miami et y est admis, l’hypothèse d’un départ forcé perdra une grande partie de sa crédibilité. En revanche, un refus d’embarquement, une interdiction d’entrée ou l’annonce d’une mesure migratoire officielle donnerait au retour du 15 juillet une tout autre signification.

Pour l’instant, une certitude demeure : Michel Martelly est revenu dans un pays profondément marqué par l’effondrement institutionnel, la violence des gangs et les conséquences d’une gouvernance dont il fut l’un des principaux dirigeants. Son retour ne referme aucun dossier. Il les remet tous au premier plan, de PetroCaribe aux sanctions internationales, en passant par la responsabilité politique d’une administration dont Haïti continue de payer le prix.

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