Un silence assourdissant règne depuis le retour physique remarqué de Michel Martelly en Haïti le 15 juillet. Aucun parti politique majeur, ni le PHTK, ni Fanmi Lavalas, ni les autres formations, n’a publiquement salué ni critiqué ouvertement ce retour.
Tous semblent attendre un signal clair de la communauté internationale – notamment des États-Unis, principal acteur extérieur – avant de se positionner. Ce mutisme collectif en dit long sur la dépendance du jeu politique haïtien vis-à-vis de l’extérieur.
Dans ce contexte d’attente prudente, Fanmi Lavalas se trouve particulièrement exposée. Le mouvement doit définir son positionnement face à un homme sanctionné par le Canada, les États-Unis et l’Union européenne pour des allégations de corruption, blanchiment d’argent et liens présumés avec des acteurs criminels, et perçu par plusieurs secteurs comme un « chef de gang » politique.
D’autant plus que Lavalas et le PHTK appartiennent tous deux, aujourd’hui, au gouvernement de coalition dirigé par Alix Didier Fils-Aimé. Cette cohabitation actuelle illustre parfaitement le pragmatisme lavalassien qui, depuis l’assassinat de Jovenel Moïse, a conduit le mouvement à participer à presque tous les arrangements de transition.
1. L’opposition radicale et idéologique
Fanmi Lavalas pourrait rompre ce silence en choisissant une ligne de confrontation totale. La présence physique de Martelly offrirait un symbole puissant : « Le retour d’un homme sanctionné par le Canada, les États-Unis et l’Union européenne, perçu par de nombreux secteurs comme un chef de gang politique ». Le mouvement dénoncerait vigoureusement ce come-back en rappelant systématiquement les sanctions internationales pour souligner le risque de normalisation d’un acteur controversé.
Ce positionnement permettrait à Lavalas de reconquérir une légitimité contestataire forte et de se repositionner comme rempart moral. Il s’inscrirait en rupture avec le pragmatisme lavalassien qui prévaut actuellement dans le gouvernement Fils-Aimé.
Cependant, cette option entrerait en tension avec l’attente collective d’un signal international. Si les États-Unis ou d’autres puissances ne condamnent pas clairement le retour de Martelly, Lavalas risquerait d’apparaître isolée et aventuriste.
2. L’alliance tactique ou le pragmatisme électoral
Malgré les sanctions et les accusations graves, un rapprochement opportuniste reste possible. Lavalas et le PHTK cohabitent déjà au sein du gouvernement de coalition de Fils-Aimé. Le pragmatisme lavalassien pourrait pousser à un accord électoral plus large une fois le signal international reçu. La présence physique de Martelly pourrait alors faciliter des discussions directes.
Ce choix s’inscrirait dans la continuité logique du pragmatisme qui guide Lavalas depuis plusieurs années. Mais le coût serait très élevé. La base populaire verrait dans ce rapprochement une trahison ultime, surtout face à un homme sanctionné internationalement et perçu comme un « chef de gang » politique. Le silence actuel, motivé par l’attente d’un feu vert extérieur, rend cette option particulièrement sensible : tout dépendra du positionnement des chancelleries.
3. La neutralité critique ou « ni Martelly, ni chaos »
Fanmi Lavalas pourrait maintenir une posture de neutralité vigilante. Elle reconnaîtrait la présence de Martelly sans la dramatiser, tout en rappelant fermement les sanctions imposées par le Canada, les États-Unis et l’Union européenne, ainsi que les allégations qui pèsent sur lui. Le mouvement se présenterait comme une « troisième voie » responsable.
Cette option s’aligne parfaitement sur le pragmatisme lavalassien actuel : rester dans le jeu sans s’aliéner définitivement aucun acteur, tout en attendant le signal international. Elle préserve une flexibilité stratégique pour les négociations post-électorales. Cependant, dans le climat haïtien polarisé, cette neutralité risque d’être perçue comme une esquive face à la gravité des sanctions et des accusations qui entourent Martelly.
4. La condamnation morale et le boycott actif
Le mouvement pourrait rompre le silence en radicalisant sa position, en appelant à une forte contestation ou à un boycott. Sa présence physique servirait d’argument choc : « Comment accepter le retour d’un leader sanctionné par le Canada, les États-Unis et l’Union européenne, accusé par de nombreux secteurs d’être un chef de gang politique ? ».
Ce positionnement renforcerait son identité aristidienne, mais marquerait une rupture nette avec le pragmatisme lavalassien qui a prévalu ces dernières années au sein du gouvernement Fils-Aimé. Il dépendrait largement de l’absence de soutien international clair à Martelly. Si les puissances extérieures valident implicitement son retour, ce choix risquerait d’isoler durablement Lavalas.
Les facteurs déterminants et la cohérence du pragmatisme lavalassien
Le silence actuel de tous les acteurs, motivé par l’attente d’un signal international, révèle la dépendance structurelle de la politique haïtienne. Le pragmatisme lavalassien, qui a conduit le mouvement à siéger aux côtés du PHTK dans le gouvernement Fils-Aimé, a permis une présence institutionnelle mais au prix d’une dilution progressive de son identité. Face au retour de Martelly et aux sanctions qui le frappent, ce pragmatisme atteint ses limites.
Aucun positionnement n’est sans risque. L’opposition radicale redonne une âme mais isole ; le pragmatisme offre des leviers mais dilue l’héritage ; la neutralité préserve des options mais manque de force.
Le peuple haïtien observe. Il attend une vision claire capable de rompre avec les cycles d’impunité et de compromission.
Le positionnement de Lavalas vis-à-vis de Martelly ne sera pas seulement tactique : il sera le révélateur de ce que le mouvement est devenu en juillet 2026

