23 juillet 2026
HAÏTI et l’UNESCO – Chronique d’une duperie funambule dans le ballet du faire semblant…
Actualités Culture

HAÏTI et l’UNESCO – Chronique d’une duperie funambule dans le ballet du faire semblant…

Par Robert Berrouët-Oriol

Linguiste-terminologue

robertberrouet.oriol@icloud.com

Ancien responsable de la coopération inter-universitaire à la Banque de terminologie du Québec (Gouvernement du Québec, Office québécois de la langue française). 

Ancien enseignant à la Faculté de linguistique appliquée de l’Université d’État d’Haïti. 

Conseiller spécial, Conseil national d’administration du Regroupement des professeurs d’universités d’Haïti (REPUH). 

Konseye pèmanan, Asosyasyon pwofesè kreyòl Ayiti (APKA)

Membre du Comité international de suivi du Dictionnaire des francophones.

Montréal, le 23 juillet 2026

« Haïti et l’UNESCO renforcent leur partenariat stratégique pour l’éducation, la résilience nationale et la sauvegarde du patrimoine culturel.

« Le gouvernement haïtien et l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) ont réaffirmé leur volonté de renforcer leur partenariat stratégique en faveur de l’éducation, du développement durable, de la résilience nationale et de la sauvegarde du patrimoine culturel haïtien. Une rencontre s’est tenue, dans cette perspective, entre le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et le directeur général de l’UNESCO. Les discussions ont porté sur l’approfondissement de la coopération entre Haïti et l’organisation onusienne. Ils ont notamment abordé des thèmes portant sur l’amélioration du système éducatif, le renforcement des capacités nationales, l’accompagnement des communautés et la protection du patrimoine culturel, y compris les sites haïtiens inscrits au patrimoine mondial. Au cours de cette rencontre, le chef du gouvernement a salué l’engagement de l’UNESCO aux côtés du peuple haïtien dans un contexte marqué par de nombreux défis sécuritaires, économiques et sociaux. Il a insisté sur l’importance d’une coopération internationale fondée sur la solidarité, le respect des priorités nationales et le soutien aux initiatives destinées à renforcer la stabilité, l’inclusion et la résilience du pays. Selon le Premier ministre Fils-Aimé, « Haïti demeure attachée à ses valeurs de connaissance, de culture et de transmission des savoirs ». Il affirme que le partenariat avec l’UNESCO constitue un levier essentiel pour renforcer notre capital humain, accompagner nos communautés et préserver l’héritage culturel qui contribue au rayonnement de notre nation. Les deux parties ont également souligné le rôle d’Haïti en tant qu’État insulaire en développement et ont réaffirmé leur engagement à poursuivre des actions conjointes en faveur du développement durable, de la résilience face aux défis actuels et de la protection du patrimoine universel » (source : Le Quotidien 509 : « Haïti et l’UNESCO consolident leur coopération pour l’éducation et la préservation du patrimoine », 22 juillet 2026).

Une rhétorique intemporelle, une grammaire interchangeable, un lexique fixatif

Bla bla bla, bla bla bla : l’on nous annonce, une fois de plus, que « Le gouvernement haïtien (…) et l’UNESCO ont réaffirmé leur volonté de renforcer leur partenariat stratégique en faveur de l’éducation, du développement durable, de la résilience nationale et de la sauvegarde du patrimoine culturel haïtien ». Bla bla bla, bla bla bla : une fois de plus, nous sommes en présence d’un énième conciliabule entre coquins copains parlant la langue de bois de l’enfumage politique dans une énième mise en scène destinée à la galerie, à de maigrichons et faméliques auditoires désertés depuis belle lurette par sombre temps de disette des idées neuves. Essoufflé, comateux, gravé, rayé, cabossé, magané, le vénérable disque de 78 tours de l’UNESCO rempile pour un nouveau tour de piste… Une fois de plus, nous sommes en présence d’une énième déclaration de l’Exécutif haïtien et de l’UNESCO autour du renforcement du partenariat stratégique entre Haïti et l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la cultureBla bla bla, bla bla bla… 

Le discours-enfumage de l’UNESCO et de l’Exécutif haïtien est le même, d’une année à l’autre, tandis que les interlocuteurs gouvernementaux haïtiens sont invariablement interchangeables, bavardeux rhéteurs du même lexique et de la même chétive grammaire apprise par coeur au festin du déclin durable de l’intelligence : « partenariat stratégique », « amélioration du système éducatif », « protection du patrimoine culturel »… D’une année à l’autre, les interlocuteurs gouvernementaux haïtiens se bousculent aux portiques de l’UNESCO : hautement « qualifiés », ils sont invariablement les preux paka pala de la mendicité transnationale, immanquablement « formatés » par le duvaliérisme et le néo-duvaliérisme, par les « customized seminars » (les « séminaires sur mesure ») du Département d’État américain… Au Panthéon des âmes claudicantes comme au Musée de la borgnitude, les preux interlocuteurs gouvernementaux haïtiens de l’UNESCO sont tous flanqués de garanties impunitaires « à vie », de l’écharpe Ordre national Honneur et Mérite, de vertueux parchemins de la non-reddition de comptes…  

Haïti, membre fondateur de l’UNESCO en 1945, a structuré sa coopération dès les années 1950 avec la création de la Commission nationale haïtienne de coopération avec l’UNESCO, puis a maintenu des échanges « techniques » durant la dictature duvaliériste avant de renforcer à partir des années 1990 ses programmes en éducation, gouvernance culturelle et patrimoine, et d’intensifier depuis 2010 une collaboration centrée sur la résilience, la reconstruction éducative et la sauvegarde du patrimoine menacé. C’est ce discours officiel et préfabriqué que l’on trouve dans la documentation courante relative à l’action de l’UNESCO en Haïti… Mais à notre connaissance, l’UNESCO, les ministères de la Culture et de l’Éducation d’Haïti n’ont jamais présenté un bilan conjoint, officiel et public, validé par une firme d’audit indépendante, relatif à l’ensemble des projets qui ont été réalisés en Haïti de 1946 à 2026… À combien s’élèvent les sommes investies par l’UNESCO dans divers projets mis en œuvre en Haïti de 1946 à 2026 ? Comment ces sommes ont-elles été dépensées et dans quels projets précis, identifiables et légalement enregistrés ces sommes ont-elles été investies ? 

Des sources documentaires diverses et concordantes exposent que l’UNESCO possède une expertise reconnue en éducation, elle a élaboré des normes internationales, elle soutient les politiques publiques des États, elle a développé des programmes mondiaux pour l’alphabétisation, la formation des enseignants et la qualité des systèmes éducatifs en conformité avec son Acte constitutif (1945) et les préconisations du Global Education Monitoring Report. Toutefois, sur le site officiel de l’UNESCO comme sur celui du ministère de l’Éducation d’Haïti nous n’avons retracé aucun document conjoint, normatif et standardisé, relatif à la formation des enseignants et la qualité du système éducatif haïtien. Sur ces mêmes sites, nous n’avons retracé aucun document conjoint, normatif et standardisé, relatif à la didactique du créole ou à la didactisation du créole. Sur ces mêmes sites, nous n’avons retracé aucun document conjoint, normatif et standardisé, relatif à la formation des maîtres en didactique du créole langue maternelle. Qu’à cela ne tienne : on nous annonce, une énième fois, qu’ « Haïti et l’UNESCO renforcent leur partenariat stratégique pour l’éducation, la résilience nationale et la sauvegarde du patrimoine culturel ». Le réel est têtu, les faits sont identifiables et mesurables mêle lorsque l’on s’installe dans le déni de réalité… Qu’à cela ne tienne : le discours-enfumage de l’UNESCO et de l’Exécutif haïtien est le même, d’une année à l’autre…

En dépit de son expertise reconnue en éducation et en politiques publiques, malgré ses normes internationales, l’UNESCO s’est bien gardé de soumettre à l’examen critique le LIV INIK AN KREYÒL, l’extraordinaire « trouvaille pédagogique » que le PHTK néo-duvaliériste a, en vain, tenté de parachuter en 2022-2023 dans le système éducatif national où sont scolarisés plus de 3 millions d’élèves.  

RAPPEL — En ce qui a trait au LIV INIK AN KREYÒL, nous lui avons consacré deux amples articles-bilan dans lesquels il est rigoureusement démontré que ce livre –un condensé d’environ 300 pages qui rassemble en les ratatinant toutes les matières du curriculum officiel–, constitue un marqueur exemplaire de l’échec pédagogique, didactique et de gouvernance actuelle du système éducatif haïtien. Nous avons démontré que ce « livre unique », parachuté dans les écoles sans étude préalable de faisabilité et en dehors d’une consultation qualitative avec les associations d’enseignants, a été sur le plan pédagogique une aventure erratique, chimérique et populiste du ministère de l’Éducation nationale. À partir de remontées de terrain, nous avons exposé que de nombreux directeurs d’écoles, enseignants et associations professionnelles d’enseignants ont exprimé leur inquiétude face à un sous-produit pédagogique lourdement improvisé. Nous avons mis en lumière le fait que le ministre Vijonet Déméro, fraîchement installé à la direction du ministère de l’Éducation et, surtout, mal conseillé, dit avoir décidé de diffuser le LIV INIK AN KREYÒL sans évaluer l’échec avéré de son prédécesseur ni les conséquences pédagogiques de cet handicapant « manuel » scolaire. De surcroît, nous avons signalé que ce livre, « baptisé » par les enseignants haïtiens « livre cynique » et « livre inique », est une forfaiture, un « outil pédagogique » non conforme aux exigences de la didactique moderne : il est lourdement dépourvu de fondements linguistiques, curriculaires et méthodologiques. Sur le plan de l’aménagement linguistique dans le système éducatif national, nous avons démontré que le LIV INIK AN KREYÒL est parachuté dans la perspective d’une politique linguistique plurilingue chimérique, déconnectée des réalités scolaires alors même que l’État haïtien n’a toujours pas adopté la première politique linguistique éducative dont le pays a besoin. À visière levée nous avons critiqué la « gouvernance éducative » du PHTK néo-duvaliériste qui a tenté d’imposer de prétendus outils pédagogiques « modernes » sans concertation, sans validation scientifique et sans pilotage institutionnel. De manière cohérente, nous avons mis en lumière l’absence de référentiels curriculaires, de formation des enseignants et d’évaluation méthodique de l’impact du LIV INIK AN KREYÒL dans l’École haïtienne. Notre bilan analytique conclut que le LIV INIK AN KREYÒL est le symptôme d’un naufrage pédagogique prévisible, annoncé, révélant la fragilité structurelle du ministère de l’Éducation nationale et l’urgence d’une refondation totale du système éducatif national fondée sur les sciences de l’éducation, la politique linguistique éducative de l’État, les droits linguistiques, la didactique des langues et la gouvernance éducative liée à l’édification de l’État de droit en Haïti. Voici la référence à nos deux aticles-bilan :

« LIV INIK AN KREYÒL et chimérique politique linguistique plurilingue : radiographie d’un prochain naufrage pédagogique dans l’École haïtienne », Rezonòdwès & Madinin’art, 7 avril 2026 ;

« Le LIV INIK AN KREYÒL, marqueur exemplaire de l’échec pédagogique, didactique et de gouvernance du système éducatif haïtien », Rezo Nòdwès, 20 avril 2026.

La lecture attentive de ces deux articles est hautement recommandée : chacun pourra alors mesurer l’inadéquation et la dangerosité d’un « outil pédagogique » élaboré en dehors d’une concertation méthodique avec les enseignants, les associations d’enseignants, les directeurs d’écoles et les éditeurs de manuels scolaires…

L’UNESCO déguste avec avidité la « soup joumou » concoctée par le cartel politico-mafieux du PHTK néo-duvaliériste

Il est amplement attesté que chaque nouveau gouvernement –désireux d’asseoir sa crédibilité et sa visibilité à l’International–, quête fiévreusement l’onction de l’UNESCO. En retour, depuis de longues longues années, l’UNESCO cultive en Haïti, sans états d’âme, la sous-culture de la mise en scène de l’enfumage politique avec les « mercenaires à cravate » et les « mercenaires à sapat » de différents partis politiques haïtiens et, de manière préférentielle ces dernières années, avec ceux du cartel politico-mafieux du PHTK néo-duvaliériste. La dernière fois, c’était avec la diva porte-parole du PHTK néo-duvaliériste, Dominique Dupuy, dans la scabreuse saga de la « soup joumou » promue au Saint-des-Saints, à l’œcuménique et borgne Liste du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco… 

Intense et fallacieuse propagande politique du PHTK à l’UNESCO. En 2024, soit à l’époque de la verbeuse et délictueuse opération de propagande politique mise en route à l’UNESCO par le cartel politico-mafieux du PHTK néo-duvaliériste et ciblant la savoureuse « soup joumou » ourdie par Dominique Dupuy, le très compétent Programme alimentaire mondial (PAM/WFP) émettait une alerte à l’échelle internationale : 5 millions de personnes en Haïti étaient en insécurité alimentaire aiguë en 2024 (source : WFP Haiti Country Brief, 2024 ; Haiti Food Security Update (IPC), March 2024).

À l’époque où le cartel politico-mafieux du PHTK néo-duvaliériste lançait la scabreuse saga de la « soup joumou » à l’UNESCO, soit en 2024, l’UNICEF a réitéré les résultats de ses recherches de terrain selon lesquels 48 % de la population haïtienne souffrait d’insécurité alimentaire aiguë et que la malnutrition infantile atteingnait des niveaux critiques. L’organisation insistait sur l’urgence d’une réponse humanitaire renforcée, face à un déficit de financement de 72 % qui empêche de répondre aux besoins vitaux des enfants (source : « Rapport humanitaire n° 11 de l’UNICEF en Haïti, fin de l’année 2024 »,UNICEF, 4 février 2024).

À la même époque, l’UNICEF a rapporté une détérioration sévère de la sécurité alimentaire, avec 5,4 millions de personnes en insécurité alimentaire aiguë (IPC 3+), dont 2 millions en phase d’urgence (IPC 4) et plus de 6 000 personnes en phase catastrophique (IPC 5). Cette déclaration a été l’une des plus alarmantes de l’année 2024 (source : « Haiti Humanitarian Situation Report No. 8, September 2024 »).

L’UNESCO est l’institution transnationale politique de l’ONU

Il est naïf et vain de vouloir avaliser la fallacieuse idée que l’UNESCO serait une institution neutre et, surtout, apolitique, qu’elle ne traite pas de dossiers politiques et ne transige pas –sur le terrain politique–, avec les forces politiques et les gouvernements de ce monde. L’UNESCO est statutairement et dans les faits l’institution transnationale politique du système onusien : cette réalité statutaire est attestée dans les textes constitutifs et les fonctions politiques de l’UNESCO. Créée le 16 novembre 1945 par l’Acte constitutif adopté à Londres, elle est une agence spécialisée de l’ONU chargée de coordonner les politiques internationales en éducation, science, culture et communication, avec les 194 États membres qui y exercent une action diplomatique structurée (source : UNESCO, Constitution, art. I). Son rôle est explicitement politique, puisqu’elle élabore des normes internationales, adopte des conventions (patrimoine mondial, diversité culturelle) et sert de forum intergouvernemental où les États négocient des orientations globales (source : UNESCO, About Us). En tant qu’organisation transnationale, elle opère au-delà des frontières nationales, mobilise des réseaux mondiaux d’experts et influence les politiques publiques par ses programmes et recommandations (source : UNESCO, Governing Bodies). Ainsi, sa nature institutionnelle, normative et diplomatique confirme son statut d’organisation politique transnationale du système des Nations Unies.

Les récentes déclarations de l’UNESCO et de l’Exécutif haïtien –qui est, au demeurant, un pouvoir fantoche, inconstitutionnel et barricadé dans une bulle fantasque–, nous remettent en mémoire (1) l’empressement avec lequel l’UNESCO a avalisé la supercherie anti-pédagogique du LIV INIK AN KREYÒL piloté par Nesmy Manigat, la « vedette médiatique » du cartel politico-mafieux du PHTK néo-duvaliériste, ainsi que la saga de la « soup joumou » cuisinée par Dominique Dupuy, l’autre « vedette médiatique » du cartel politico-mafieux du PHTK néo-duvaliériste…

Bref rappel factuel de la saga de la « soup joumou » promue au Saint-des-Saints, à l’œcuménique et borgne Liste du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco 

En 2024, nous avons consacré deux articles amplement documentés à la saga de la « soup joumou ». En voici la référence précise :

1. « La fable de la « soup joumou », soi-disant « soupe de l’indépendance », dans le brouillard de la patrimonialisation et de l’arnaque identitaire », par Robert Berrouët-Oriol.

  • Type : Longue étude analytique, factuelle et historique (55 pages)
  • Première publication :10 décembre 2024
  • Plateforme initiale : Les 17 plateformes régionales du Regroupement des professeurs d’universités d’Haïti (REPUH). 
  • Reprises :
    • Rezonòdwès (États-Unis/Canada), 10 décembre 2024
    • Fondas Kréyòl (Martinique), 11 décembre 2024
    • Madinin’Art (Martinique), 11 décembre 2024
    • Médiapart (France), 11 décembre 2024

2. « La « soup joumou » dotée du statut chimérique de « soupe de l’Indépendance » ou l’histoire d’une frauduleuse affabulation dénuée de fondements historiques », par Robert Berrouët-Oriol.

  • Type : Article analytique ciblant l’arnaque historique, les dérives idéologiques et le petit catéchisme identitaire néo-indigéniste, néo-duvaliériste-noiriste et affabulateur
  • Publication : 18 novembre 2024
  • Plateforme : Fondas Kréyòl
  • Diffusion en Haïti : les 17 plateformes régionales du Regroupement des professeurs d’universités d’Haïti (REPUH).

Synthèse analytique des deux articles de Robert Berrouët-Oriol sur la fallacieuse et délictueuse arnaque de la « soup joumou » cuisinée par le cartel politico-mafieux du PHTK néo-duvaliériste

I. Une construction identitaire sans fondements historiques

Les deux articles développent une critique systématique de la manière dont la « soup joumou » a été promue –dans le discours politique de l’Exécutif flanqué de la haute « expertise » de deux éminents « spécialistes » en histoire et patrimoine culturel et docteurs patentés de l’Université Laval–, au rang de « soupe de l’Indépendance ». Pareille forfaiture, pareille construction idéologique biaisée et fallacieuse, ne repose sur aucune source historique primaire, ni sur aucun témoignage contemporain de 1804 : elle constitue une fiction identitaire construite à des fins de propagande politique. Cette fiction s’inscrit dans un contexte où les acteurs institutionnels, médiatiques et politiques cherchent à produire des symboles nationaux faciles, immédiatement mobilisables, mais dépourvus de rigueur historique. La « soup joumou » devient ainsi un objet de mythification, dont la charge symbolique est inversement proportionnelle à la solidité documentaire.

II. La patrimonialisation comme dispositif de brouillage conceptuel

Notre analyse montre que la patrimonialisation contemporaine en Haïti se déploie dans un brouillard conceptuel où les notions de patrimoine, de tradition et d’identité sont utilisées sans cadre méthodologique. La « soup joumou » est fallacieusement présentée comme un héritage ancestral alors qu’aucune archive du XIXᵉ siècle ne lui attribue un rôle rituel ou commémoratif. Nous faisons la démonstration que cette patrimonialisation repose sur une erratique et lourde confusion entre mémoire collective et invention narrative, où l’on projette sur un plat culinaire une fonction historique qu’il n’a jamais eue. Cette confusion est accentuée par l’absence d’une politique culturelle structurée à l’échelle nationale, par la faiblesse des institutions de recherche et par la tendance à substituer des récits affectifs à des analyses fondées sur les sources.

III. Une arnaque identitaire : fabrication d’un récit national fictif

Les deux articles convergent pour montrer que la transformation de la « soup joumou » en symbole de l’Indépendance relève d’une arnaque identitaire, c’est-à-dire d’une opération de manipulation symbolique visant à produire une cohésion nationale artificielle. Les deux articles démontrent que cette arnaque repose sur une affabulation : l’idée selon laquelle les Haïtiens auraient célébré le 1er janvier 1804 en consommant ce plat. Cette narration-affabulation est apparue ces dernières années sur l’étal de propagandistes politiques mués en « spécialistes » et « opérateurs culturels » dans le cadre de discours politiques populistes, aguicheurs et racoleurs cherchant à créer des marqueurs identitaires consensuels. Elle fonctionne comme un raccourci mémoriel, permettant d’éviter les débats complexes sur l’histoire, les fractures sociales et les enjeux de gouvernance culturelle.

IV. La fabulation comme instrument politique et médiatique

Les deux articles convergent et mettent en lumière la manière dont cette fabulation-affabulation est directement concoctée ou reprise et amplifiée par des acteurs politiques, médiatiques et institutionnels. La « soup joumou » devient un objet de marketing identitaire utilisé dans des campagnes de communication, des discours diplomatiques et des initiatives de valorisation culturelle à des fins de propagande politique. Cette instrumentalisation repose sur une rhétorique de l’authenticité, qui masque l’absence de preuves historiques. Nous démontrons que cette fabulation est d’autant plus efficace qu’elle s’inscrit dans un contexte où les institutions haïtiennes peinent à produire des politiques culturelles fondées sur la recherche scientifique, et où les acteurs publics privilégient des symboles faciles plutôt que des analyses rigoureuses.

V. Déconstruction historique : une fiction sans sources

En toute rigueur, les deux articles procèdent à une déconstruction méthodique du récit-affabulation. Nous avons examiné les archives disponibles, les récits contemporains de l’Indépendance, les travaux d’historiens crédibles, et nous avons montré qu’aucune source ne mentionne la « soup joumou » comme ayant été un élément fondamental ou un rituel ou une symbolique du 1er janvier 1804. Nous avons exposé que les pratiques culinaires de l’époque ne correspondent pas à la narration contemporaine et que la symbolique attribuée à ce plat est une projection rétrospective construite au XXᵉ et XXIᵉ siècles. Notre démonstration repose sur une méthodologie rigoureuse : critique des sources, contextualisation historique, analyse des discours contemporains.

VI. Le rôle des institutions dans la légitimation de la fiction

Notre analyse souligne le fait que la diffusion de cette fiction identitaire est facilitée par des institutions qui reprennent le récit sans vérification : ministères, organismes culturels, médias, et par organisations internationales –dans le cas qui nous occupe, il s’agit de l’UNESCO. Les deux articles consignent une lecture critique de la manière dont certains acteurs institutionnels contribuent à légitimer la narration-affabulation de la « soup joumou » en la présentant comme un fait historique, alors qu’elle relève de la mythification contemporaine. Cette légitimation institutionnelle renforce la confusion entre patrimoine authentique et patrimoine inventé, et contribue à la consolidation d’un récit national artificiel.

VII. Enjeux sociopolitiques : légitimation, cohésion artificielle et manipulation symbolique

Les deux articles mettent en lumière les enjeux sociopolitiques de cette affabulation identitariste et mystificatrice. La « soup joumou » devient un outil de légitimation politique, permettant à certains acteurs de se présenter comme gardiens de l’identité nationale. Elle sert également de vecteur de cohésion artificielle, dans un contexte où les fractures sociales et politiques sont profondes. Les deux articles démontrent que cette fabulation culinaire fonctionne comme un instrument de manipulation symbolique, qui détourne l’attention des véritables enjeux de gouvernance culturelle, éducative et institutionnelle.

VIII. Conclusion : pour une politique culturelle fondée sur la recherche dans l’édification de l’État de droit

Les deux articles concluent en appelant à une politique culturelle nationale fondée sur la recherche historique, la rigueur méthodologique et la transparence institutionnelle dans la perspective constitutionnelle de l’édification de l’État de droit en Haïti.  Nous inistons sur la nécessité de distinguer entre patrimoine authentique et patrimoine inventé afin d’éviter les dérives identitaires et les manipulations symboliques-politiques propagandistes. La savoureuse « soup joumou » doit être reconnue comme une composante importante de la gastronomie haïtienne mais non comme un symbole historique de l’Indépendance. La déconstruction de cette fallacieuse et délictueuse affabulation est essentielle pour construire une politique culturelle crédible, respectueuse de l’histoire et capable de résister aux instrumentalisations.

En guise de conclusion générale : l’Unesco mobilise des schémas discursifs récurrents, des cadres narratifs standardisés et des formules institutionnelles stéréotypées dans plusieurs régions du Sud global, y compris en Afrique et dans la Caraïbe

I. Schémas discursifs récurrents : exemples authentifiés

1. Le narratif de « résilience communautaire »

Ce narratif apparaît dans les communications UNESCO en Afrique, en Haïti et dans la Caraïbe.

  • Afrique (Mali, 2013) – Communiqué UNESCO sur Tombouctou : « Les communautés locales ont démontré une résilience remarquable dans la préservation de leur patrimoine culturel. »
  • Haïti (post-séisme 2010) – Rapport UNESCO : « La résilience des communautés haïtiennes constitue un levier essentiel pour la reconstruction culturelle et éducative. »
  • Caraïbe (Dominique, post-ouragan Maria, 2017) – UNESCO : « Les communautés ont fait preuve d’une résilience exemplaire dans la sauvegarde de leur patrimoine immatériel. »

Schéma récurrent : la « résilience » est systématiquement mobilisée pour décrire des populations du Sud global confrontées à des crises, indépendamment des contextes historiques ou sociopolitiques.

II. Cadres narratifs standardisés : exemples authentifiés

2. Le narratif de « valorisation du patrimoine immatériel »

Il est utilisé dans les fiches d’inscription au registre du patrimoine immatériel de l’UNESCO

  • Sénégal – Kankurang (2005) : « Le Kankurang joue un rôle essentiel dans la cohésion sociale et la transmission des valeurs. »
  • Jamaïque – Reggae (2018) : « Le reggae contribue à la cohésion sociale et à la promotion de la diversité culturelle. »
  • Haïti – Soup joumou (2024) : « La soup joumou est un symbole de cohésion, de solidarité et de diversité culturelle. »

Cadre narratif standardisé : Quel que soit l’objet culturel, l’UNESCO mobilise les mêmes catégories : cohésion sociale, diversité culturelle, transmission des valeurs, solidarité.

III. Formules institutionnelles stéréotypées : exemples authentifiés

3. Le lexique stéréotypé de l’UNESCO : « renforcer », « accompagner », « promouvoir »

Ces verbes apparaissent dans presque tous les documents de l’UNESCO concernant le Sud global.

  • Afrique (Burkina Faso, éducation) : « L’UNESCO accompagne les autorités pour renforcer les capacités des enseignants. »
  • Haïti (alphabétisation) : « L’UNESCO soutient les efforts nationaux pour promouvoir une éducation inclusive. »
  • Caraïbe (Saint-Lucie, patrimoine) : « L’UNESCO travaille avec les communautés pour renforcer la sauvegarde du patrimoine immatériel. »

Formule stéréotypée : Le triptyque accompagner / renforcer / promouvoir est omniprésent, quel que soit le pays ou le domaine.

IV. Exemples authentifiés de répétition de cadres conceptuels

4. Le narratif de « communautés vulnérables mais inspirantes »

  • Afrique (Mozambique) – UNESCO : « Les communautés vulnérables jouent un rôle inspirant dans la préservation de leur culture. »
  • Haïti (post-séisme) – UNESCO : « Les communautés vulnérables d’Haïti démontrent une capacité inspirante à préserver leur patrimoine. »
  • Caraïbe (Haïti, Jamaïque) – UNESCO : « Les communautés vulnérables sont au cœur de la transmission des traditions. »

Cadre récurrent : Les populations du Sud global sont systématiquement décrites comme vulnérables mais inspirantes, dans une rhétorique paternaliste ouvertement assumée.

V. Exemples authentifiés de “patrimonialisation affective”

5. Le narratif des « traditions vivantes »

  • Afrique (Éthiopie – Gada) : « Le système Gada est une tradition vivante qui structure la société. »
  • Caraïbe (Trinidad – Steelpan) : « Le steelpan est une tradition vivante au cœur de l’identité culturelle. »
  • Haïti (Soup joumou) : « La soup joumou est une tradition vivante célébrant la liberté et l’unité. »

Cadre standardisé : Le concept de « tradition vivante » est appliqué uniformément, même lorsque la documentation historique est faible ou contestée.

VI. Exemples authentifiés de « discours de cohésion sociale »

6. La cohésion sociale comme catégorie universelle

  • Afrique (Kenya – Isukuti) : « Les danses Isukuti renforcent la cohésion sociale. »
  • Caraïbe (Cuba – Tumba francesa) : « La tumba francesa contribue à la cohésion sociale et à la diversité culturelle. »
  • Haïti (Soup joumou) : « La soup joumou est un symbole de cohésion sociale. »

Cadre récurrent : La cohésion sociale est invoquée systématiquement, même lorsque l’objet culturel n’a jamais eu cette fonction historiquement.

VII. Conclusion : un langage global appliqué localement 

Ces exemples authentifiés montrent que l’UNESCO utilise :

  • les mêmes schémas discursifs (résilience, vulnérabilité, cohésion),
  • les mêmes cadres narratifs (patrimoine immatériel, traditions vivantes, diversité culturelle),
  • les mêmes formules institutionnelles (renforcer, accompagner, promouvoir),

dans plusieurs régions du Sud global, y compris Afrique, Caraïbe, Haïti.

Ce n’est pas une coïncidence : c’est une grammaire institutionnelle globale assortie d’un lexique fixatif, une grammaire opérationnelle appliquée avec des variations superficielles selon les contextes mais qui, pour l’essentiel, met en action la langue de bois de l’enfumage politique que nous avons mentionnée au début de cet article. 

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