Montréal | TPS, gangs et élections : le pasteur Roche dénonce « l’ingratitude » de Washington et les déclarations de Raina Forbin
Version reprise sans « vivement » :
MONTRÉAL, 25 juillet 2026 (Rezo Nòdwès) — Le pasteur Binse Roche, de la Maison de Prière de Radio Emmanuel à Montréal, a dénoncé samedi la politique des États-Unis à l’égard des ressortissants haïtiens menacés de perdre leur Statut de Protection Temporaire (TPS) d’ici lundi. Il a également contesté les déclarations de Raina Forbin devant le Conseil de sécurité des Nations unies, notamment ses affirmations relatives à de supposés progrès sécuritaires en Haïti.
Au cours de son homélie, le responsable religieux a inscrit la question du TPS dans une lecture historique des relations entre Haïti et les États-Unis. Il a rappelé la participation, en 1779, de combattants venus de Saint-Domingue au siège de Savannah, durant la guerre d’indépendance américaine.
« Les Haïtiens ont contribué à la liberté des États-Unis. Aujourd’hui, leur récompense consiste à être expulsés vers un pays livré aux gangs », a déclaré le pasteur Roche, dénonçant ce qu’il qualifie d’« ingratitude historique » de Washington.
Selon lui, les États-Unis ont longtemps utilisé Haïti en fonction de leurs intérêts politiques et géostratégiques, avant d’abandonner les citoyens haïtiens aux conséquences d’une crise institutionnelle dont les puissances étrangères ne peuvent, à ses yeux, se déclarer entièrement étrangères.
« Ils ont utilisé Haïti, ils ont contribué à nous placer dans cette situation et, maintenant, ils nous demandent d’avaler une pilule amère », a-t-il poursuivi, en référence aux expulsions annoncées et à la précarité juridique de centaines de milliers de bénéficiaires haïtiens du TPS.
Le prédicateur a invité les Haïtiens établis au Canada à manifester leur solidarité envers leurs compatriotes vivant aux États-Unis. Il les a également appelés à la vigilance, estimant que le durcissement des politiques migratoires peut progressivement atteindre d’autres communautés de la diaspora.
« Haïtiens du Canada, faites attention. Ce qui arrive aujourd’hui à nos frères et sœurs aux États-Unis peut également venir jusqu’à vous », a-t-il averti.
Le pasteur Roche a décrit Haïti comme un territoire matériellement incapable d’accueillir un nombre important de personnes expulsées. Il a cité Port-au-Prince, largement contrôlée par les groupes armés, ainsi que Cap-Haïtien et Les Cayes, villes soumises, selon lui, à une forte pression démographique et à des capacités d’accueil limitées.
« Port-au-Prince est occupée par les gangs. Le Cap-Haïtien est saturé. Les Cayes sont saturées. Où veut-on envoyer ces femmes, ces hommes et ces enfants ? », s’est-il interrogé.
Originaire des Cayes, le pasteur a affirmé connaître directement les difficultés auxquelles fait face la métropole du Sud. La ville avait notamment été secouée par de graves violences politiques durant la période électorale de 2010-2011, lorsque Michel Martelly, convaincu de bénéficier de l’appui de plusieurs chancelleries occidentales, refusait d’accepter son exclusion initiale du second tour.
Son intervention s’est ensuite concentrée sur les déclarations de Raina Forbin devant le Conseil de Sécurité. La représentante haïtienne de facto avait affirmé que des progrès avaient été accomplis en matière de sécurité et que la reconquête territoriale se poursuivait.
« Je n’arrive pas à comprendre comment Raina Forbin peut parler de progrès lorsque les gangs contrôlent encore près de 80 % de Port-au-Prince », a déclaré le pasteur Roche.
Il a affirmé qu’aucun des principaux chefs des groupes armés n’avait été neutralisé ou traduit devant la justice, malgré les opérations annoncées par les autorités et leurs partenaires internationaux.
« Jusqu’à présent, aucun des 26 chefs de gangs armés n’a été maîtrisé ni conduit devant un tribunal. De quels progrès parle-t-on ? », a-t-il demandé.
Le pasteur a qualifié les déclarations de Raina Forbin de maladroites et de déconnectées du quotidien des populations déplacées, des familles contraintes d’abandonner leurs maisons et des citoyens incapables de circuler librement sur plusieurs axes routiers.
Il a aussi accusé les dirigeants haïtiens de tolérer les groupes criminels et de maintenir un système de gouvernance incapable de restaurer l’autorité de l’État. « Comment allons-nous regagner Haïti si nos propres dirigeants tolèrent les gangs ? », a-t-il interrogé.
Le pasteur Roche a directement mis en cause le « régime de doublure d’Alix Didier Fils-Aimé », auquel il reproche de laisser les groupes armés imposer leur loi à une partie de la population. Selon lui, l’absence d’arrestations significatives nourrit le soupçon d’accommodements politiques entre certains responsables et les structures criminelles.
Cette insécurité rend également impossible, selon le prédicateur, l’organisation d’élections libres, inclusives et crédibles. Il a rappelé que des centaines de milliers de citoyens déplacés ne vivent plus dans leurs communes d’origine, tandis que plusieurs centres de vote potentiels se trouvent dans des zones contrôlées ou menacées par les gangs.
« Comment organiser des élections lorsque les électeurs ne peuvent pas rentrer chez eux, lorsque des quartiers entiers échappent à l’État et lorsque des hommes armés décident qui peut circuler, vivre ou voter ? », a-t-il demandé.
Pour le pasteur Roche, un scrutin organisé sous une telle emprise ne pourrait garantir ni la liberté du vote, ni l’égalité entre les candidats, ni la sincérité du processus électoral. La préparation d’élections, a-t-il soutenu, ne saurait se limiter à la publication d’un calendrier, sans restauration préalable de la sécurité et de l’autorité judiciaire.
Le responsable religieux a finalement appelé ses fidèles à ne pas céder au découragement, malgré la précarité migratoire, l’insécurité et l’affaiblissement institutionnel d’Haïti.
« Il n’existe aucune souffrance sur cette terre qui soit sans fin, ni aucune douleur qui demeure sans remède », a-t-il déclaré.
« L’obscurité peut durer, mais elle ne peut pas abolir le jour. Cette période prendra fin », a conclu le pasteur Roche devant les fidèles de la Maison de Prière de Radio Emmanuel à Montréal.
cba

