COLUMBUS, Ohio — Le gouverneur républicain Mike DeWine a qualifié d’« erreur » le projet de l’administration Trump visant à intensifier les arrestations et les expulsions de ressortissants haïtiens après la fin du TPS. Selon lui, cette politique porterait atteinte à Springfield et à l’économie de l’Ohio, où des milliers d’Haïtiens occupent des emplois demeurés vacants, créent des entreprises et subviennent aux besoins de leurs familles. « Haïti est aujourd’hui un enfer. Vous renverriez des gens… en enfer », a-t-il déclaré à CBS News.
Le qualificatif employé par Mike DeWine renvoie à un pays miné par la corruption, l’impunité et l’affaiblissement prolongé de l’autorité publique. Des responsables politiques sanctionnés ou accusés de relations avec des réseaux criminels continuent d’échapper aux poursuites, tandis que les groupes armés étendent leur influence sur plusieurs régions. Des démarches de médiation ou de négociation attribuées au pouvoir autour de Mirebalais, présentées comme une tentative de pacification, alimentent aussi les interrogations : l’État cherche-t-il à restaurer l’ordre républicain ou à négocier provisoirement avec ceux qui ont pris les armes contre la population ? Les gangs avaient déjà attaqué Mirebalais, incendié des infrastructures publiques et libéré plus de 500 détenus.
La crise ne se limite pas à Port-au-Prince. Près de 1,5 million de personnes ont été déplacées par les violences, certaines vivant dans des sites surpeuplés et précaires, d’autres hébergées par des familles déjà appauvries. Les groupes criminels contrôlent des routes, installent des postes de péage illégaux, taxent les transporteurs et entravent la circulation entre les départements. Plusieurs axes nationaux sont ainsi devenus des couloirs d’extorsion où le droit de circuler dépend du paiement imposé par des hommes armés.
Le Conseil électoral a pourtant fixé au 13 décembre 2026 le premier tour des élections présidentielle et législatives, scrutin déjà confronté à de sérieux doutes sur la sécurité, l’accès aux centres de vote et la participation des déplacés. Comment garantir un vote libre lorsque des territoires restent sous domination criminelle, que des routes sont rançonnées et que des citoyens ont perdu leur domicile ou leurs documents d’identification ? Le renvoi de plus de 300 000 Haïtiens intervient ainsi au moment où l’État haïtien peine encore à garantir la sécurité, la justice et les conditions minimales d’une consultation électorale crédible.

