Haïti aura tout vu avec cette équipe au pouvoir, dépourvue de légitimité électorale : un référendum constitutionnel contesté le 13 décembre, puis, 72 heures plus tard, l’enterrement programmé de la Constitution de 1987, œuvre collective issue de plus d’une année de consultations et de débats publics.
PORT-AU-PRINCE, 23 juillet 2026 (Rezo Nòdwès) — Le calendrier officiel du Conseil électoral provisoire prévoit le référendum constitutionnel le 13 décembre 2026 et la publication des résultats définitifs le 16 décembre. En l’espace de 72 heures, le pouvoir d’Alix Didier Fils-Aimé entend remplacer la Constitution du 29 mars 1987, fruit d’un processus engagé après la chute de la dictature le 7 février 1986 et achevé plus d’une année plus tard à l’issue de consultations, de débats publics et d’une ratification populaire.
Le choix du 16 décembre confère à cette démarche une portée hautement symbolique. Cette date correspond à l’anniversaire des élections du 16 décembre 1990, reconnues comme les premières élections libres, justes et démocratiques de l’histoire contemporaine d’Haïti, organisées sous l’empire de la Constitution de 1987. Trente-six ans plus tard, cette même journée servirait à proclamer les résultats d’un référendum destiné à faire disparaître le texte fondamental qui avait rendu possible cette alternance démocratique.
Le projet continue d’alimenter une vive controverse juridique. L’article 284-3 de la Constitution de 1987 interdit formellement toute consultation populaire visant à modifier la Constitution par référendum. Les opposants soutiennent que le processus engagé viole cette disposition et qu’une autorité de transition dépourvue de mandat électif ne peut exercer un pouvoir constituant. À leurs yeux, l’adoption d’une nouvelle Constitution en trois jours reviendrait à effacer près de quatre décennies d’un ordre institutionnel issu de la volonté populaire exprimée au lendemain de la dictature.
Le 16 décembre 2026 pourrait ainsi devenir une date à double lecture dans l’histoire nationale : celle qui rappelle la naissance de la démocratie électorale en 1990 et celle qui marquerait l’enterrement de la Constitution ayant permis cette avancée. Pour les détracteurs du processus, la rapidité de l’opération — 72 heures entre le scrutin référendaire et la proclamation des résultats — contraste avec les treize mois de travaux, de concertation et de mobilisation qui avaient conduit à l’adoption de la Constitution de 1987.


