28 juillet 2026
28 juillet 1915 – 28 juillet 2026 : cent onze ans plus tard, Haïti revient-elle au même carrefour ?
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28 juillet 1915 – 28 juillet 2026 : cent onze ans plus tard, Haïti revient-elle au même carrefour ?

L’Edito du Rezo

Du 28 juillet 1915 au 28 juillet 2026 : deux transitions, une même interrogation sur la souveraineté

Le 28 juillet 1915, l’État haïtien s’effondra en quelques heures. Le lynchage du président Vilbrun Guillaume Sam précéda le débarquement des marines américains, ouvrant une longue période durant laquelle les principales décisions de l’administration publique furent prises sous une influence étrangère directe. Cent onze ans plus tard, Haïti ne connaît plus une occupation militaire comparable, mais la question de la souveraineté continue d’alimenter le débat. Depuis 2021, le pays évolue sans président élu, sous une transition dont les échéances ont été reportées à plusieurs reprises, tandis que les partenaires internationaux demeurent des acteurs influents du processus politique.

Le parallèle interpelle. En 1915, un Sénat réduit et soumis à de fortes pressions finit par désigner Philippe Sudre Dartiguenave à la présidence. En 2026, le pouvoir exécutif repose sur une architecture institutionnelle exceptionnelle, née après l’assassinat de Jovenel Moïse et profondément remaniée au fil des accords politiques. Les décisions du Conseil présidentiel de transition, les arbitrages internationaux et le maintien d’Alexix Didier Fils-Aimé à la Primature nourrissent les débats sur l’autonomie réelle des institutions haïtiennes.

Une autre interrogation concerne le droit constitutionnel. L’histoire d’Haïti montre que chaque fois que la Constitution est reléguée au second plan, la crise institutionnelle s’aggrave. Les autorités annoncent aujourd’hui un référendum et des élections présentés comme complémentaires, alors que la Constitution de 1987 interdit explicitement sa révision par voie référendaire à l’article 284-3. Cette controverse ne relève pas seulement d’une lecture politique ; elle engage la hiérarchie des normes, la sécurité juridique et la légitimité des institutions qui émergeraient d’un tel processus.

L’armée constitue également un fil conducteur entre ces deux époques. La force publique restructurée durant l’occupation américaine devint, après 1934, un acteur central de la vie politique nationale. Les décennies suivantes furent marquées par des interventions militaires répétées, des gouvernements provisoires et plusieurs coups d’État, jusqu’à la profonde transformation de l’institution sous François Duvalier. Reconstituées plusieurs décennies plus tard, les Forces armées d’Haïti évoluent désormais dans un environnement dominé par les défis sécuritaires et la lutte contre les groupes armés, tout en cherchant à définir leur place dans l’organisation de l’État.

L’histoire n’offre jamais des répétitions parfaites. Pourtant, elle invite à comparer les moments où les institutions cessent d’inspirer confiance. En 1915, l’effondrement du pouvoir ouvrit la porte à une intervention étrangère directe. En 2026, les interrogations portent sur la capacité de l’État à organiser des élections reconnues par l’ensemble des acteurs politiques et de la société. Les réponses appartiennent désormais aux institutions haïtiennes, aux forces politiques et aux citoyens. Une question demeure toutefois entière : un État peut-il durablement restaurer sa légitimité lorsque les règles constitutionnelles qui fondent son autorité font elles-mêmes l’objet de contestations aussi profondes ?

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