8 juin 2026
« Tous dans le wagon » : l’assassinat de Jovenel Moïse, un « Crime de l’Orient-Express » haïtien
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« Tous dans le wagon » : l’assassinat de Jovenel Moïse, un « Crime de l’Orient-Express » haïtien

Près de cinq ans après l’assassinat du président Jovenel Moïse dans sa résidence de Pèlerin 5, dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, l’instruction judiciaire haïtienne connaît une nouvelle phase active.

Le juge d’instruction Jean Denis Cyprien, désigné par la Cour d’appel de Port-au-Prince fin 2025 pour reprendre le dossier, a multiplié les convocations et auditions ces dernières semaines.

Une série de convocations de haut niveau

Le magistrat, sixième juge à instruire ce dossier sensible, conduit un supplément d’information ordonné par la Cour d’appel.

Parmi les personnalités récemment entendues ou convoquées figurent :

  • L’avocat et figure politique Me André Michel, auditionné le 14 mai 2026 en qualité de témoin.
  • Le directeur exécutif du RNDDH, Pierre Espérance, entendu par le juge.
  • Le journaliste Jean Monard Metellus, convoqué le 5 juin 2026.
  • L’ancien sénateur Nenel Cassy, qui doit comparaître le jeudi 11 juin 2026 devant la chambre d’instruction criminelle.
  • L’ancien président Michel Joseph Martelly, convoqué pour le 18 juin 2026.
  • Le directeur général de la Police nationale d’Haïti, André Jonas Vladimir Paraison, déjà auditionné.

D’autres figures, dont d’anciens responsables politiques et judiciaires, ont également été citées dans cette vague d’auditions.

Ces convocations interviennent alors que la justice américaine a rendu, en mai 2026, un verdict de culpabilité contre quatre accusés dans le procès fédéral de Miami.

Une affaire aux multiples ramifications

Plus de cinquante personnes ont été inculpées à différents stades de l’enquête, incluant des mercenaires colombiens, des membres de la sécurité présidentielle, des policiers, des hommes d’affaires et des acteurs politiques.

Le juge Cyprien cherche à clarifier les rôles respectifs des exécutants, des facilitateurs, des financeurs et des éventuels commanditaires.

Quand la réalité rappelle la fiction : l’analogie avec Le Crime de l’Orient-Express

Cette multiplication des suspects et des complicités présumées fait écho au célèbre roman d’Agatha Christie (Murder on the Orient Express, 1934), adapté au cinéma en 1974 par Sidney Lumet avec un casting prestigieux (Albert Finney dans le rôle d’Hercule Poirot, Lauren Bacall, Sean Connery, Ingrid Bergman, etc.).

Dans l’intrigue, Poirot enquête sur le meurtre d’un passager dans le luxueux Orient-Express bloqué par la neige. Presque tous les voyageurs du wagon deviennent suspects.

L’enquête révèle finalement un crime collectif : une douzaine de personnes ont participé, chacune avec un rôle précis, rendant la responsabilité diluée et la culpabilité partagée.

Plusieurs parallèles frappants apparaissent avec l’assassinat de Jovenel Moïse :

1. Le nombre élevé de personnes impliquées

Comme dans le train de Christie, des dizaines d’acteurs issus de cercles différents (mercenaires étrangers, forces de sécurité, milieux politiques et économiques) sont cités à divers degrés.

2. La trahison au sein du cercle rapproché

Le président a été tué dans sa propre chambre, alors qu’il était protégé par son dispositif de sécurité.

Les portes ont été ouvertes, les caméras désactivées et les renforts retardés — un scénario qui évoque un huis clos où les suspects se connaissent tous.

3. La chaîne de complicités

Certains ont fourni les armes ou les renseignements, d’autres ont assuré la logistique ou fermé les yeux.

Cette dilution des responsabilités rappelle les passagers de l’Orient-Express, chacun pouvant minimiser son rôle.

4. La difficulté à identifier les vrais commanditaires

Cinq ans après les faits, les exécutants sont largement identifiés, mais les cerveaux du complot restent entourés d’opacité.

L’enquête progresse plus nettement aux États-Unis qu’en Haïti, où elle a été ralentie par l’instabilité, les menaces et les changements de juges.

Cette analogie, souvent reprise dans les débats publics haïtiens, illustre un crime qui semble avoir été conçu pour que « tout le monde et personne » ne soit pleinement coupable.

Vers la vérité ?

Les nouvelles auditions menées par le juge Cyprien représentent un effort significatif pour relancer une instruction longtemps entravée.

Reste à savoir si cette phase permettra enfin d’établir l’ensemble des responsabilités dans un dossier qui continue de marquer profondément la vie politique et institutionnelle haïtienne.

La nation observe.

Au-delà des coupables individuels, c’est la crédibilité de la justice haïtienne qui est en jeu dans ce qui reste l’un des crimes les plus retentissants de l’histoire récente du pays.

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