24 juin 2026
PRA. CE QUE JE PENSE : LE DOUBLE JEU ATTENTATOIRE DE L’ONU EN HAÏTI
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PRA. CE QUE JE PENSE : LE DOUBLE JEU ATTENTATOIRE DE L’ONU EN HAÏTI

LE DOUBLE JEU ATTENTATOIRE DE L’ONU EN HAÏTI

Par Pierre Robert Auguste

L’organisation est fondée sur le principe de l’égalité souveraine de tous ses Membres. (Art. 2, 1)

À la conférence zoom hebdomadaire du Groupe de Réflexion sur Haïti ( GRH ) , principal intervenant, j’ai soutenu hier dimanche 21 juin 2026 le double jeu en Haïti de l’ONU, attentatoire au droit de l’Etat national de disposer de lui-même et à la capacité éditoriale de la société prise par un préjugé excentrique comme une bande d’insignifiants. Comme sur l’adage connu en droit civil  » donner et retenir ne vaut », j’interprète l’action de l’ONU en Haïti comme étant de travestir, contourner les principes statutaires pour ne valoir que violer ses obligations envers un État membre. Pas n’importe lequel, Haïti, membre fondateur, créateur historique du droit étatique de disposer de soi-même, fondement principal universel de la souveraineté égale reconnue aux 193 membres actuels de l’organisation.

Organisation des Nations-Unies et ses Membres,dans la poursuite des buts énoncés à l’Article 1, doivent conformément aux principes suivants:

 » L’organisation est fondée sur le principe de l’égalité souveraine de tous ses Membres.( Art. 2, 1)
 » Aucune disposition de la présente Charte n’autorise les Nations Unies à intervenir dans des affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d’un État ni n’oblige les membres à soumettre des affaires de ce genre à une procédure de règlement aux termes de la présente Charte, ce principe ne porte en rien atteinte à l’application des mesures de coercition prévues au Chapitre VII. » ( art 2,7) de la Charte de l’ONU.

Et voilà depuis 33 ans, plus que les 25 ans du Gouvernement de Boyer, plus que les 29 ans du régime des Duvalier, l’ONU a superposé une supra-gouvernance dont le seul souci est de se maintenir à la faveur de désordres et de crises provoqués et savamment entretenus. L’application du Chapitre VII est née d’un défaut de confusion. La crise haitienne est un conflit interne qui ne pouvait menacer la paix et la sécurité internationales. Si elle recouvert les interventions onusiennes d’une apparente légalité, on doit avouer honnêtement qu’elle est bien illicite. Il n’y a paix de maintien de la paix en Haïti. Il y a maintien de l’ONU. Si l’on n’y prend pas garde de manière responsable et patriotique, elle perdurera jusqu’en 2040 sur nos malheurs consentis.

Une oeuvre ne vaut que par son utilité. Qu’ en est-il de la supra-gouvernance trentenaire de l’ONU en Haïti ?
Les crises se succèdent comme des expériences d’un laboratoire malfaisant. La croissance économique résiduelle dans un premier temps tend vers la négativité accélérée. Les misères sociales prolifèrent et plafonnent en 2026 à plus de 6 millions de personnes en insécurité alimentaire. Port-au-Prince est devenue un cimetière de morts vivants en errance tolérée.

Pour construire et maintenir cette domination, il faut s’approprier le pouvoir de nomination suprême, de dicter sa volonté, de la faire interpréter. Pendant ces 25 dernières, aucun dirigeant haïtien ( président et premier ministre) ne peut récuser d’avoir l’onction de l’ONU à la demande du Core Group mené par les américains. Un seul moment, on a pu voir une intelligence haïtienne tenter rapatrier le pouvoir de décision, par ce qu’elle était composée de compétences valables ayant un sens élevé de l’Etat, une certaine maîtrise des relations internationales,des us et coutumes diplomatiques. C’est le temps de Boniface Alexandre-Gerard Latortue auquel il faut joindre le nom de Henri ( Ricot ) Bazin que j’ai connu personnellement comme un cerveau politique discret malgré ses dehors technocratiques. Il en avait l’art et la tradition.

A partir de 2006, c’est la descente aux enfers de l’hypocrisie , de la maladresse, de la lésion, du dol, engendrant avidité du pouvoir et cupidité prédatrice. L’enjeu c’est le changement de la Constitution de 1987 ou du moins son adaptation aux réalités économiques. Il s’ensuit une théorie de la normalisation de la constitution. Celle-ci,par gaucherie, se présente paradoxale dans le cadre d’un plan de retour à la démocratie et au régime de droit dont l’interprétation stricte renverrait toujours au respect du texte fondamental qu’on veut transformer.

Le piège se referme sur ses auteurs. Tel est pris qui croyait prendre. Le droit n’est plus la force. La force est le droit… Dilemme. De gouvernement subordonné à gouvernement plus subordonné. De l’assassinat de Jovenel Moise à Ariel Henri. De Ariel Henri au CPT. De CPT à Didier Fils Aimé. Les portes de l’enfer ne s’ouvrent pas pour dégager les apprentis satans. Qui, Président de la République, convoquera le peuple dans ses comices pour élire les nouveaux dirigeants? Quand les élections ?

Binuh, le principal législateur de l’Haiti d’aujourd’hui ne semble pas connaître la réponse.

Or, l’ONU joue son destin en Haïti sans le savoir. Organisation emblématique du multilatéralisme, de plus en plus vulnérable aux fourches caudines des néolibéraux dont l’ imprévisible Trump, Haïti, relevée à sa grandeur, doit sur la scène mondiale prendre la défense de la société internationale civilisée d’après 1945 et incarnée par l’ONU elle-même. Haiti aura besoin que son université de tire de la léthargie, mène des études sur les actions de l’ONU en Haiti, défende le principe doctrinal qu’ un état n’est pas indépendant ni souverain s’il est en situation de dépendance vis-à-vis d’un autre Etat, qui peut lui dicter ses volontés ». Haiti aura besoin que sa diaspora reconnaisse le devoir d’union,de solidarité, de synergie qui lui incombent pour agir envers la normalisation de son pays auprès des 15 membres du Conseil de Sécurité de l’ONU, pour agir envers la création et la distribution équitables de la richesse dans ses milieux d’origine.

A aucune autre époque, Haïti n’a de moyens physiques,intellectuels, économiques qu’aujourd’hui pour être elle-même le moteur de sa propre transformation et le garant de sa propre personnalité internationale. Il suffit de renoncer à mal faire ce qu’on doit faire, en tout premier lieu accepter de mauvais dirigeants parachutés, des prédateurs,des indignes. La règle est l’immédiateté, aujourd’hui, maintenant.

Gonaïves le 22 juin 2026
Pierre Robert Auguste

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