12 juin 2026
Mondial 2026 : Pendant que Haïti rêve de buts, deux révoqués marquent en douce dans le but vide du pays
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Mondial 2026 : Pendant que Haïti rêve de buts, deux révoqués marquent en douce dans le but vide du pays

Ah, la belle Haïti ! Ce pays où même la révocation devient une simple formalité administrative, un détail folklorique, presque une blague de salon.

Pendant que le monde s’enflamme pour la Coupe du Monde 2026, que les Grenadiers font vibrer les cœurs (et surtout les réseaux sociaux), et que même les kidnappers en chef semblent avoir accordé une trêve tacite dans certaines zones pour ne pas manquer un penalty, deux champions olympiques de l’entêtement politique haïtien ont décidé de jouer leur propre match : celui du pouvoir sans légitimité.

D’un côté, Uder Antoine, l’homme révoqué, banni, excommunié par une majorité du Conseil Électoral Provisoire. Le CEP avait pourtant été clair : dehors ! Accès interdit, contrat résilié, portes fermées à double tour.

Résultat ? Le gaillard signe aujourd’hui des circulaires officielles avec le cachet de Directeur général, comme si de rien n’était.

Révoqué ? Quel révoqué ? Un simple malentendu, voyons.

Pendant que les conseillers hurlent à l’usurpation, Uder forme tranquillement ses Agents de Registre Électoral, prépare le terrain électoral et envoie des instructions depuis le bureau même où l’on lui avait interdit l’entrée.

C’est du pur surréalisme haïtien : on te vire, tu reviens par la fenêtre gouvernementale et tu fais comme chez toi.

De l’autre côté, Alix Didier Fils-Aimé, le Premier ministre que le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) avait tenté d’écarter à coups de votes, de communiqués venimeux et de lettres recommandées. Révoqué lui aussi, du moins sur le papier.

Mais comme tout bon politicien haïtien qui se respecte, il a attendu que le mandat du CPT rende l’âme, a ramassé les clés du pouvoir exécutif et s’est réinstallé dans le fauteuil comme un locataire refusant de quitter les lieux après son avis d’expulsion.

Expulsé ? Allons donc. Ce n’est qu’une « transition dans la transition dans la transition ».

Le génie du timing

Le génie de l’affaire, c’est le moment choisi.

Ces messieurs semblent avoir compris une vérité fondamentale de la politique haïtienne moderne : quand le peuple regarde le ballon, on peut tranquillement vider le vestiaire.

Pendant que les citoyens débattent passionnément des performances de Duckens Nazon, du maillot « historique » retoqué par la FIFA ou des chances de qualification des Grenadiers, Uder et Alix déplacent leurs pièces sur l’échiquier politique avec la discrétion d’un chat dans une maison vide.

Formation d’agents électoraux par-ci.

Décrets discrets par-là.

Nominations stratégiques un peu partout.

Petits arrêtés qui passent sous le radar.

Tout cela pendant que l’attention nationale est monopolisée par les matchs, les analyses sportives et les mèmes viraux.

C’est d’une efficacité redoutable.

Le peuple est hypnotisé par le Mondial ?

Parfait. Profitons-en pour consolider un processus électoral sous contrôle et un exécutif qui échappe à toute remise en question sérieuse.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit dans cette satire : deux hommes contestés qui occupent de facto deux positions essentielles dans l’architecture du futur scrutin.

Un directeur général dont la légitimité est contestée qui prépare les élections.

Un Premier ministre dont le statut fait débat qui dirige l’État.

Le tout dans une remarquable convergence d’intérêts.

La tragi-comédie institutionnelle

Nous ne sommes plus dans la simple comédie politique.

Nous sommes dans une tragi-comédie institutionnelle version grand-guignol haïtien.

Un théâtre où les acteurs refusent de quitter la scène même lorsque le public réclame le rideau.

Les institutions ?

Des décors en carton-pâte.

Le CEP ?

Un conseil divisé qui peine à exercer son autorité sur sa propre administration.

Le CPT ?

Un organe de transition qui, selon ses critiques, n’a réussi qu’à produire davantage de confusion.

L’Exécutif ?

Un bulldozer politique qui avance coûte que coûte.

Et le peuple ?

Le fidèle supporter qui, entre deux matchs, publie des commentaires enflammés avant de retourner à ses pronostics et à ses espoirs de qualification.

La Coupe du Truquage Électoral

Bravo, messieurs les révoqués.

Vous semblez avoir parfaitement compris l’esprit du moment : en Haïti, le provisoire tend à durer, le révoqué ne s’en va jamais vraiment, et le pouvoir appartient souvent à celui qui reste assis le plus longtemps dans le fauteuil.

Pendant que le pays rêve de Coupe du Monde, vous préparez peut-être déjà ce que vos détracteurs appellent la prochaine Coupe du Truquage Électoral.

Et lorsque le Mondial sera terminé, lorsque les projecteurs se détourneront du football et que la réalité reprendra sa place dans le quotidien des Haïtiens, vous serez probablement encore là.

Bien installés.

Signant.

Décrétant.

Gouvernant.

Parce qu’en définitive, le vrai match en Haïti n’est pas toujours celui qui se joue à la télévision.

C’est celui qui se joue dans les couloirs du pouvoir.

Et dans cette satire politique, ce sont souvent les révoqués qui semblent gagner.

Bienvenue dans la République de l’Absurde

Le score est ouvert.

Le match est loin d’être terminé.

Et malheureusement, il ne s’agit pas d’une rencontre amicale.

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