En ce mois de juin 2026, le Conseil Électoral Provisoire (CEP) se trouve au centre d’une crise institutionnelle majeure avec la Primature d’Alix Didier Fils-Aimé.
Composé de neuf (9) membres issus de différents secteurs de la société haïtienne, le CEP est censé garantir l’organisation d’élections crédibles, transparentes et inclusives. Cependant, les tensions autour du décret électoral et de la nomination du Directeur Général ont placé cette institution sous les projecteurs.
Le Président Jacques Desrosiers joue un rôle central dans cette séquence politique. Sa capacité à mobiliser ses collègues, à convaincre l’opinion publique et à rallier des soutiens extérieurs (société civile, partis politiques et communauté internationale) pourrait s’avérer déterminante pour l’avenir du processus électoral.
Qui sont les neuf (9) membres du CEP :
- Jacques Desrosiers – Président (Secteur de la Presse)
Ancien journaliste et ex-secrétaire général de l’Association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH), Jacques Desrosiers a été élu président du CEP en octobre 2025. Homme de communication, il incarne une figure relativement consensuelle au sein de l’institution. Calme, articulé et expérimenté dans le dialogue, Desrosiers mise sur la collégialité et la transparence. Dans la crise actuelle, il multiplie les rencontres, les notes de presse et les initiatives de dialogue avec la Primature. Sa force devrait résider dans sa capacité à parler au peuple via les médias et à maintenir une ligne républicaine ferme sans verser dans la confrontation stérile. Sa réussite dépendra de sa capacité à unir les huit autres conseillers autour d’une position commune et à transformer le CEP en une voix crédible aux yeux de l’opinion publique haïtienne et des partenaires internationaux.
- Me Jaccéus Joseph – Vice-président (Secteur Paysan)
Avocat et représentant des organisations paysannes, Me Jaccéus Joseph est sensé apporter au Conseil une sensibilité aux réalités rurales et à la base populaire. Vice-président du bureau, il est souvent perçu comme un élément stabilisateur. Son expérience juridique peut être précieuse dans les débats sur la constitutionnalité du décret électoral. Il représente un pont important entre le CEP et les masses paysannes, secteur majoritaire du pays.
- Peterson Pierre-Louis – Secrétaire Général (Secteur Protestant)
Représentant des Églises réformées, Peterson Pierre-Louis est connu , selon certains rapports, pour son sérieux et son attachement aux valeurs éthiques. En tant que secrétaire général du bureau, il gère la documentation et la coordination interne. Son profil religieux lui confère une légitimité morale qui peut aider à rallier une partie de l’opinion conservatrice et des communautés de foi, très influentes en Haïti.
- Nemrod Sanon – Trésorier (Secteur Syndical)
Représentant du mouvement syndical, Nemrod Sanon incarne la voix des travailleurs. Son expérience dans la défense des droits sociaux lui permet d’insister sur l’inclusion des couches populaires dans le processus électoral. Il est généralement perçu comme un membre ferme sur les questions de souveraineté et d’indépendance du CEP.
- Yves Marie Édouard (Secteur des Femmes)
Conseillère expérimentée, Yves Marie Édouard représente le secteur féminin. Sa présence renforce la dimension genre au sein du Conseil. Elle est souvent active sur les questions d’inclusion des femmes et de participation citoyenne. Dans la crise actuelle, son soutien au Président Desrosiers sera crucial pour maintenir l’unité du collège.
- Rose Thérèse Magalie Georges (Secteur des Droits Humains)
Représentante des organisations de défense des droits humains, Me Rose Thérèse Magalie Georges apporte une expertise juridique et une vigilance particulière sur les libertés fondamentales et la transparence. Son profil lui permet de sensibiliser sur les risques d’une instrumentalisation du processus électoral.
- Marie Florence Mathieu (Secteur Universitaire)
Issue du monde académique, Marie Florence Mathieu symbolise la jeunesse intellectuelle et l’exigence d’excellence. Elle peut jouer un rôle important dans les aspects techniques et pédagogiques du processus (éducation civique, formation des agents électoraux). Son regard critique est un atout pour la crédibilité du CEP.
- Schnaïda Adely (Secteur Vaudo)
Représentante du secteur vaudou, Schnaïda Adely incarne la diversité culturelle et religieuse haïtienne. Sa présence rappelle que le CEP doit refléter l’ensemble du tissu social du pays, y compris les traditions ancestrales souvent marginalisées. Elle apporte une légitimité populaire auprès de larges secteurs de la société.
- Patrick Saint-Hilaire (Ancien Président, Secteur Catholique)
Bien qu’il ait démissionné de la présidence, Patrick Saint-Hilaire reste membre du CEP en tant que représentant de la Conférence Épiscopale d’Haïti. Son expérience et son poids moral restent des atouts pour l’institution, même s’il joue désormais un rôle plus en retrait.
Enjeux actuels
Face à la triple tutelle imposée par le décret électoral et la nomination contestée de M. Uder Antoine, la cohésion de ces neuf personnalités est primordiale.
Le Président Desrosiers pourrait exploiter les compétences complémentaires de ses collègues : l’expertise juridique (Joseph, Georges), la légitimité morale (Pierre-Louis, Saint-Hilaire), l’ancrage populaire (Sanon, Joseph, Adely) et la technicité (Mathieu, Édouard).
Sa réussite dépendra de sa capacité à transformer cette diversité en une force unie.
S’il parvient à mobiliser l’ensemble du collège, à communiquer efficacement avec le public et à obtenir le soutien de la société civile et de certains partenaires internationaux, le CEP pourra préserver une marge d’autonomie réelle.
Dans le cas contraire, l’institution risque de voir son indépendance considérablement réduite.
Le rôle déterminant du Président Desrosiers
Dans cette période de haute tension, Jacques Desrosiers se retrouve en première ligne. Sa capacité à mobiliser ses collègues autour d’une position unanime face au décret controversé et à la nomination de M. Uder Antoine sera décisive. Un CEP divisé serait affaibli ; un CEP uni peut constituer un véritable contre-pouvoir.
Sa capacité à convaincre l’opinion publique dépend de sa communication : il doit expliquer clairement les enjeux constitutionnels sans apparaître comme un obstacle au processus électoral. Enfin, son aptitude à rallier des soutiens extérieurs (partis politiques, société civile, Églises, secteur privé et communauté internationale) peut faire pencher la balance
Le Président Desrosiers a jusqu’ici privilégié le dialogue et la voie institutionnelle.
Cette approche est-elle la bonne ? Face à un Exécutif qui contrôle le budget et bénéficie d’appuis internationaux, le CEP doit jouer finement : fermeté sur les principes d’indépendance, ouverture au compromis technique, et mobilisation populaire et diplomatique
L’avenir du processus électoral haïtien dépend en grande partie de la cohésion de ces neuf personnalités et surtout du leadership de Jacques Desrosiers. Dans un pays où les institutions sont fragiles, ce CEP représente peut-être l’une des dernières chances de restaurer un minimum de confiance dans la démocratie représentative.
Le peuple haïtien observe.
L’histoire retiendra si ce CEP aura su, grâce aux compétences de ses membres et au leadership de son président, défendre les principes démocratiques fondamentaux ou s’il aura dû céder face aux rapports de force politiques et financiers.
Elle retiendra étaient si le CEP de 2026 aura su résister aux pressions ou s’il aura plié sous le poids des rapports de force.

