Dans un contexte où des centaines de milliers de compatriotes haïtiens voient leur statut de protection temporaire (TPS) menacé aux États-Unis, la commentatrice Megyn Kelly a choisi la voie de l’humiliation publique et vulgaire : « Go home! Get out! Go back to fucking Haiti! »
Ce discours méprisant, bien qu’inacceptable dans sa forme, doit servir de puissant électrochoc pour la nation haïtienne. Au lieu de nous enfermer dans une indignation stérile ou une victimisation perpétuelle, nous devons transformer cet affront en un appel historique à la reconquête de notre dignité et de notre souveraineté.
La première et la plus urgente des priorités est celle-ci : les Haïtiens doivent choisir eux-mêmes leurs dirigeants. Nous ne pouvons plus tolérer que des puissances étrangères, des organisations internationales ou des élites locales inféodées désignent, maintiennent ou imposent nos leaders.
La souveraineté commence par le contrôle du pouvoir politique. Tant que cette vérité fondamentale ne sera pas assumée, tous les projets de redressement resteront illusoires.
Aujourd’hui, cette exigence s’adresse directement au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Maintenu et soutenu dans ses fonctions par les États-Unis et certains acteurs internationaux, il incarne précisément le problème structurel que nous dénonçons.
Sa légitimité est contestée parce qu’elle repose largement sur un appui extérieur plutôt que sur une volonté populaire clairement exprimée à travers des élections crédibles.
Dans cette affaire de dignité nationale face aux injures de Megyn Kelly et à la crise migratoire, sa réaction ne doit pas se limiter à un silence diplomatique ou à une posture de gestion technique.
Le Premier ministre Fils-Aimé doit rompre avec l’image d’un dirigeant installé de l’extérieur. Il lui appartient de prendre la parole avec force et clarté : dénoncer publiquement l’humiliation infligée à notre peuple, exiger le respect dû à tout État souverain et, surtout, annoncer un calendrier clair pour des élections authentiquement haïtiennes.
S’il veut entrer dans l’histoire comme un patriote, il doit démontrer qu’il gouverne d’abord pour Haïti et non pour plaire à Washington ou à la communauté internationale.
Maintenu au pouvoir avec l’appui des États-Unis, il a le devoir de prouver son indépendance en plaçant la souveraineté populaire au cœur de son action. Sinon, il ne fera que confirmer le statut de protectorat de fait que subit notre pays.
Haïti n’est pas un pays de damnés. Première République noire indépendante, forgée par la plus grande révolution anticoloniale moderne, notre nation a vaincu les armées napoléoniennes et payé une dette odieuse à la France. Nos ancêtres ont écrit l’une des pages les plus glorieuses de l’histoire de la dignité humaine.
La misère actuelle, les gangs armés, la corruption endémique et l’instabilité chronique ne sont pas une fatalité culturelle, comme le suggèrent les stéréotypes faciles de certains commentateurs américains.
Elles résultent d’un cocktail toxique : une mauvaise gouvernance interne répétée et des ingérences extérieures qui ont souvent préféré une tutelle déguisée à l’accompagnement respectueux d’un État réellement souverain.
Megyn Kelly a tort de nous mépriser collectivement, mais elle touche un point sensible : l’Amérique n’est pas, et ne doit pas être, le destin final de tout Haïtien.
Des dizaines de milliers de nos compatriotes y excellent comme médecins, entrepreneurs, artistes, professeurs et professionnels. Ils portent haut le génie haïtien.
Pourtant, leur présence massive en exil constitue aussi le symptôme tragique d’un État qui n’a pas su offrir sécurité, opportunités et fierté à sa jeunesse. Le retour ne doit pas être une expulsion humiliante, mais une réappropriation volontaire et planifiée.
Projet national « Dignité & Souveraineté 2035 »
C’est sur la base du choix souverain de nos dirigeants que doit se construire le Projet Dignité & Souveraineté 2035, une initiative globale portée par les Haïtiens de l’intérieur et de la diaspora.
Cette proposition repose sur quatre piliers essentiels.
1. Restauration de l’État de droit et de la sécurité
Créer une force nationale professionnelle, recrutée, formée et commandée par des dirigeants légitimes choisis par le peuple.
Développer des partenariats techniques limités dans le temps avec des pays amis, sans aucune forme de tutelle ni de perte de souveraineté.
Le Premier ministre Fils-Aimé doit démontrer qu’il accélère la reconstitution d’une Police nationale d’Haïti forte et d’une armée républicaine, tout en refusant toute prolongation indéfinie de missions étrangères.
2. Développement économique endogène et autosuffisance
Mobiliser massivement les compétences et les capitaux de la diaspora — plus de quatre milliards de dollars de transferts annuels — au moyen d’un fonds souverain haïtien transparent et audité.
Accorder une priorité absolue à l’agriculture moderne, au tourisme durable, aux énergies renouvelables, à l’industrie légère et à la transformation locale des ressources.
Haïti regorge d’atouts exceptionnels : des sols fertiles, un littoral magnifique, une position géostratégique et une jeunesse dynamique. Il ne manque qu’une gouvernance sérieuse, patriotique et responsable pour les valoriser pleinement.
3. Éducation, reconstruction culturelle et fierté nationale
Mettre en œuvre un vaste programme national d’éducation civique et patriotique obligatoire, valorisant notre histoire révolutionnaire ainsi que le créole comme langue de savoir, d’administration et d’excellence scientifique.
Créer des universités d’élite en partenariat avec les talents haïtiano-américains.
La dignité se nourrit d’une fierté retrouvée : nous ne sommes pas des mendiants perpétuels du monde, mais les héritiers de Toussaint Louverture, Jean-Jacques Dessalines et de tous ceux qui ont osé défier l’ordre colonial.
4. Retour planifié, volontaire et digne
Négocier avec les États-Unis, le Canada et les autres pays d’accueil un programme structuré de retour sur cinq à dix ans.
Ce programme inclurait une formation professionnelle adaptée aux besoins prioritaires du pays, des mesures d’installation (terrain, logement de base, capital de démarrage), des microcrédits productifs ainsi que la création de pôles de développement sécurisés dans plusieurs régions (Nord, Plateau Central, Artibonite et Sud).
Le retour doit devenir un acte de contribution nationale et non une déportation subie.
Aux Haïtiens de la diaspora : arrêtons de financer indirectement le chaos par des transferts mal orientés.
Canalisons cet argent vital vers des projets structurants, transparents et contrôlés par des institutions haïtiennes légitimes.
Aux jeunes restés au pays : refusez la résignation, la violence des gangs et la culture de la dépendance.
Exigez des comptes de vos dirigeants, participez activement au choix de ceux qui vous gouverneront et engagez-vous dans la reconstruction.
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé se trouve à un tournant décisif.
Maintenu en place avec le soutien visible des États-Unis, il doit choisir : soit il incarne la transition vers une souveraineté réelle en organisant rapidement des élections crédibles et en plaçant l’intérêt national au-dessus de tout, soit il restera perçu comme le gestionnaire d’une transition prolongée sous influence extérieure. Dans ce cas, il devra partir sans délai.
Sa réaction face à l’humiliation collective infligée par des voix comme celle de Megyn Kelly doit être ferme, patriotique et mobilisatrice.
Le peuple attend de lui qu’il parle en chef d’État souverain, et non en administrateur d’un pays sous perfusion internationale.
Megyn Kelly et tous ceux qui partagent son mépris nous rendent, paradoxalement, un service : ils nous rappellent cruellement que nulle part ailleurs on ne nous respectera davantage que chez nous, à condition que nous sachions reconstruire ce « chez nous ».
La dignité ne se mendie pas ; elle se conquiert. La souveraineté n’est pas un slogan ; elle est le travail quotidien d’un État sérieux, de citoyens responsables et de dirigeants intègres choisis par le peuple.
Haïti n’a besoin ni de la pitié du monde ni de sauveurs extérieurs.
Elle a besoin de retrouver sa propre volonté collective. Le moment est venu de passer de la colère légitime à l’action organisée et structurée.
Que chaque Haïtien, où qu’il se trouve, se pose cette question fondamentale :
« Suis-je prêt à exiger, à choisir et à soutenir des dirigeants dignes de notre glorieuse histoire ? »
L’heure n’est plus aux lamentations, aux transitions indéfinies ni aux ingérences déguisées.
Elle est à la reconquête pleine et entière de notre destin.
Ayiti se lèvera quand ses fils et ses filles décideront enfin, véritablement, de reprendre en main leur souveraineté politique, économique et culturelle.
Vive Haïti libre, souveraine, digne et prospère !
M. M.

