Après 120 jours de chaos, de corruption présumée, d’impunité armée et d’effondrement sécuritaire, la Primature tente encore d’habiller la crise haïtienne avec les mots policés de la diplomatie. La visite du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, est présentée par le pouvoir comme un moment d’« engagement renouvelé » pour la stabilité et la paix durable. Mais sur le terrain, le pays compte ses morts, ses déplacés, ses disparus et ses territoires abandonnés aux groupes armés.
Le régime parle de sécurité. Les citoyens, eux, voient les gangs avancer. Aucun des 26 « gros » chefs de gangs annoncés comme cibles prioritaires n’a été publiquement arrêté, neutralisé par drones ou traduit devant une juridiction compétente. Cette absence de résultat transforme les communiqués officiels en opération de propagande. L’État promet ; les gangs imposent leur loi. Le pouvoir communique ; les familles fuient.
Face à ce désastre, l’ONU décrit l’urgence humanitaire : près de 1,5 million de déplacés internes, plus de cinq millions de personnes en insécurité alimentaire aiguë, des milliers de morts et une violence qui dévore les quartiers populaires. La Primature, elle, déroule son récit de stabilité comme si les massacres, les enlèvements et les corps sans sépulture pouvaient être effacés par une formule administrative.
Alix Didier Fils-Aimé avait l’obligation politique de produire des résultats. Il a échoué. Échec sécuritaire, échec institutionnel, échec judiciaire. L’impunité demeure intacte, les gangs ne reculent pas, les victimes n’obtiennent ni protection ni justice. Dans ce contexte, parler de « paix durable » sans territoires repris, sans arrestations majeures et sans reddition de comptes revient à vendre au pays une fiction d’État.
La visite de Guterres devient alors un miroir impitoyable. D’un côté, l’ONU vient constater une crise profonde ; de l’autre, la Primature tente de convertir une tragédie nationale en vitrine diplomatique. Mais Haïti ne se gouverne pas par communiqués. Après 120 jours d’annonces et de promesses, le verdict populaire paraît déjà écrit : propagande sur toute la ligne, résultats introuvables.

