Avec l’expression « privilège volant », le Dr Josué Renaud joue sur une double lecture : celle d’un pouvoir qui voyage au-dessus d’un peuple cloué au sol, et celle d’un privilège « volant » aussi les caisses de l’État, sans contrôle public ni reddition des comptes.
À Port-au-Prince, l’aéroport international Toussaint-Louverture demeure pratiquement fermé au trafic commercial régulier vers les États-Unis, sous restrictions de la FAA jusqu’au moins septembre 2026, en raison des menaces armées contre l’aviation civile. Pourtant, le Premier ministre de doublure, Alix Didier Fils-Aimé, « sans gêne et en étant inconscient », affirme le Dr Josué Renaud, multiplie, selon les informations rapportées, les allers-retours vers les États-Unis comme si l’État disposait d’un couloir aérien privé. Pendant ce temps, poursuit-il, « les citoyens ordinaires doivent passer par le Cap-Haïtien, payer des frais d’hélicoptère, des billets à des prix exorbitants et supporter des risques supplémentaires ».
« Le problème n’est pas seulement logistique. Il est moral, juridique, politique », déplore M. Renaud, qui s’interroge : « Comment un chef de gouvernement non élu peut-il décoller ou atterrir à son aise dans un aéroport que son propre peuple ne peut plus utiliser normalement ? Qui lui a donné ce mandat de privilège ? Quelle autorité publique peut justifier qu’un dirigeant s’accorde une mobilité internationale quand les malades, les étudiants, les commerçants, les familles séparées et les voyageurs munis de visas doivent payer au prix fort l’effondrement de l’État ? »
Le même pays où l’on transporte désormais le carburant vers le Sud par bateau, faute de routes sécurisées, voit son chef de gouvernement voyager en avion privé, selon de nombreuses révélations. Le même peuple qui paie l’essence plus cher en province à cause des gangs, des péages armés et des détours maritimes observe un pouvoir qui circule au-dessus du désastre. Le contraste devient un acte d’accusation politique.
Fils-Aimé, « un jouisseur suffocant », parle au nom du peuple, mais ce peuple ne l’a pas élu. Il gouverne sans suffrage, sans légitimité populaire directe, dans un pays où l’espace aérien, les routes, les ports et les institutions semblent fonctionner à deux vitesses : la souffrance pour les citoyens, les privilèges pour le pouvoir.
« Un dirigeant conscient aurait au moins compris l’indécence symbolique. Celui qui ne peut pas rouvrir l’aéroport au pays ne devrait pas l’utiliser comme terminal personnel », conclut le leader des droits humains de la New England Human Rights Organization (NEHRO).
cba

