Par Delmondo Charlemagne
Petit-Goâve est devenue un point stratégique pour l’approvisionnement du Grand Sud. Construit en 2015, le wharf de la ville s’est imposé comme une alternative importante pour le transport des marchandises depuis que l’insécurité complique la circulation à Martissant et à Mariani. Chaque jour, des bateaux arrivent de Port-au-Prince avec des matériaux de construction, du carburant, des produits alimentaires et d’autres biens destinés à plusieurs communes du pays.
Cette dynamique commerciale permet de maintenir les échanges dans une période difficile. Mais elle a aussi un coût que les habitants connaissent trop bien.
Pour accéder au wharf, des dizaines de poids lourds empruntent les rues de la commune. Ces voies n’ont jamais été conçues pour supporter un trafic aussi intense. Les conséquences sont visibles partout : routes dégradées, circulation difficile, risques d’accidents et infrastructures fragilisées.
Dans plusieurs secteurs, circuler devient un véritable défi. Certaines rues sont aujourd’hui presque impraticables, notamment la Grand-Rue, dont plusieurs portions restent fortement endommagées et difficilement accessibles. À certains endroits, les conducteurs sont obligés de ralentir considérablement pour éviter les nombreux trous qui jalonnent la chaussée.
Cette semaine encore, un camion a heurté des installations électriques, rappelant les dangers liés à cette situation. Malgré les plaintes répétées de la population, les réponses tardent à venir.
La question est pourtant simple : où sont les responsables ?
La mairie, la police de la circulation et les institutions concernées ne peuvent pas prétendre ignorer ce problème. Depuis des mois, les poids lourds traversent la ville et les dégâts s’accumulent. Pourquoi aucun circuit réservé n’a-t-il été mis en place ? Pourquoi ne pas limiter les heures de circulation ? Pourquoi attendre que les routes soient complètement dégradées avant d’agir ?
Les activités autour du wharf génèrent d’importants revenus. Des millions de gourdes sont générés par cette activité devenue essentielle pour la région. Alors pourquoi la ville semble-t-elle recevoir si peu en retour ? Pourquoi les infrastructures continuent-elles de se détériorer alors que cette activité prend de plus en plus d’ampleur ?
Beaucoup de citoyens se demandent si les autorités sont simplement dépassées par la situation ou si les intérêts économiques en jeu expliquent leur silence. Sans explication claire, le doute s’installe et les questions se multiplient.
Pourtant, des solutions existent. La création d’un circuit réservé aux poids lourds, l’aménagement d’espaces de stationnement adaptés, une meilleure gestion de la circulation et la réhabilitation des rues les plus affectées permettraient déjà d’améliorer la situation.
Le problème n’est pas le wharf. Le problème n’est pas le commerce. Le véritable problème est l’absence de planification.
Petit-Goâve ne refuse pas le développement. La ville ne refuse pas le progrès. Mais elle ne doit pas être condamnée à supporter seule les conséquences d’une activité qui profite à toute une région.
Le développement économique ne peut être présenté comme une réussite lorsque les routes s’effondrent, que les citoyens se plaignent et que les autorités gardent le silence.
Aujourd’hui, une chose est certaine : pendant que des millions circulent autour du wharf, Petit-Goâve continue de payer le prix fort.





