Derrière un communiqué officiel évoquant une rencontre consacrée à l’organisation des prochaines élections, plusieurs interrogations persistent sur les véritables enjeux des discussions entre le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et le Conseil électoral provisoire (CEP).
La Primature présente un échange institutionnel autour du décret électoral publié le 2 juin 2026 et affirme vouloir garantir un processus « libre, inclusif, transparent et crédible ». Mais selon plusieurs informations rapportées autour du dossier, le chef du gouvernement aurait initialement exigé une rencontre avec seulement trois des neuf membres du CEP. Une démarche qui interroge : pourquoi privilégier un dialogue restreint avec une minorité de conseillers dans une institution où les décisions engagent l’ensemble du Conseil ?
L’absence du président du CEP lors de cette séquence renforce les questionnements. Un CEP divisé peut-il réellement conduire un processus électoral accepté par tous les acteurs politiques ? Dans un pays marqué par une profonde crise institutionnelle, parler de scrutin crédible pendant que la Primature et l’organe électoral affichent leurs désaccords revient, pour certains observateurs, à prendre « les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages ».
La situation est d’autant plus sensible que certains conseillers électoraux, installés en 2025 dans un climat politique controversé sous la transition dirigée par Leslie Voltaire, se retrouvent aujourd’hui face à un choix délicat : défendre l’autonomie constitutionnelle du CEP ou accepter une logique de négociation imposée par l’Exécutif.
Quelques semaines après l’arrivée de Jacques Desrosiers dans la nouvelle configuration administrative du CEP, à la suite du départ contesté de Patrick Saint-Hilaire, l’institution électorale reste traversée par des tensions. Des dénonciations avaient également visé certaines pratiques administratives, notamment autour de missions réalisées en dehors de Port-au-Prince, ajoutant un nouveau facteur de méfiance.
Pour ses critiques, le communiqué de la Primature ressemble davantage à un exercice de communication destiné à rassurer l’opinion qu’à une véritable clarification de la crise. Derrière les déclarations officielles, une question demeure : cette multiplication de rencontres vise-t-elle réellement à préparer des élections ou simplement à gagner du temps ?
À l’approche de 2027, plusieurs voix politiques estiment déjà que le calendrier électoral annoncé pour 2026 devient difficilement réalisable. Comme l’a rappelé un ancien sénateur, le pouvoir continuerait de parler d’élections tout en sachant pertinemment qu’il ne pourra jamais parvenir à l’organisation effective de ce scrutin dans les délais annoncés.

