Face aux graves accusations de corruption, que doit faire le PM Fils-Aimé s’il n’a rien à cacher ?
Une opération opaque coûtant cher aux deniers publics
Selon plusieurs organes de presse haïtiens et internationaux, l’État haïtien aurait engagé plus de quatre millions de dollars américains dans l’acquisition de droits de retransmission télévisuelle, dans le cadre d’une opération commerciale entachée d’une opacité préoccupante.
Ces révélations, relayées par divers médias, soulèvent de graves interrogations sur la gestion des fonds publics, le respect des règles de transparence dans les marchés de l’État et la bonne gouvernance sous l’autorité du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
Bien que les précisions varient selon les sources, il ressort que ces fonds ont servi à l’achat ou à la négociation de droits de diffusion pour des événements d’envergure, vraisemblablement des compétitions sportives internationales.
Le montant, supérieur à quatre millions de dollars, représente une somme considérable au regard des contraintes budgétaires chroniques d’Haïti, des besoins pressants en matière de services essentiels – santé, éducation, sécurité – et des efforts de redressement national.
L’absence de transparence constitue le principal motif d’indignation : nulle trace apparente d’un appel d’offres public, aucune publication préalable des termes du contrat, aucune communication officielle détaillant les bénéficiaires, les intermédiaires ou la justification économique de cet investissement.
Les citoyens et les observateurs s’interrogent à bon droit sur les modalités exactes de l’opération : qui a conduit les négociations ?
À quel prix unitaire ? Avec quels partenaires ? Y a-t-il eu des surcoûts, des commissions occultes ou des conflits d’intérêts ?
Dans un pays où la corruption a trop souvent miné la confiance publique, de telles pratiques sans contrôle ne peuvent que nourrir les soupçons les plus légitimes.
Rôle des institutions concernées
Le ministère des Sports
Le ministère des Sports occupe une place centrale dans ce type d’opérations. Chargé de la promotion du sport, de la représentation internationale et de la facilitation de la diffusion des manifestations sportives, il lui incombe de veiller à ce que le public haïtien bénéficie d’un accès large et équitable aux compétitions impliquant les athlètes nationaux, tout en optimisant les retombées éducatives, sociales et économiques.
Sa responsabilité dans l’initiative, l’évaluation budgétaire ou l’approbation de ces contrats doit être pleinement élucidée. A-t-il initié la démarche ? A-t-il procédé à une analyse rigoureuse des alternatives, notamment via des partenariats public-privé plus avantageux ?
Le CONATEL
Le CONATEL (Conseil National des Télécommunications), organe régulateur des télécommunications en Haïti, joue un rôle technique et réglementaire essentiel.
En tant qu’autorité administrative indépendante, il supervise le secteur des communications électroniques, garantit la qualité et la couverture des signaux, et encadre les conditions d’exploitation des réseaux de diffusion.
Dans le cadre des droits de retransmission, sa mission consiste à assurer le respect des normes techniques, à prévenir les monopoles injustifiés et à veiller à ce que l’infrastructure nationale serve l’intérêt général.
Toute implication dans la mise en œuvre ou l’autorisation de ces droits doit s’inscrire dans un cadre conventionnel transparent afin d’éviter que les fonds publics ne subventionnent indirectement des intérêts privés sans contrepartie claire pour la collectivité.
Le ministère de l’Économie et des Finances
Le ministère de l’Économie et des Finances assume la garde des deniers publics. Il lui revient d’approuver toute dépense d’importance, de veiller au strict respect des procédures budgétaires et des règles relatives aux marchés publics, et d’évaluer l’efficacité de l’investissement.
A-t-il réalisé une étude préalable des coûts et avantages ? Les crédits ont-ils été inscrits au budget ou proviennent-ils d’une ligne exceptionnelle ?
Le ministère se doit de publier les détails comptables, les justificatifs de paiement et les éventuels audits préalables. Son silence ou son inaction ne pourraient qu’accroître les doutes sur la rigueur de la gestion fiscale.
Ce que doit faire le gouvernement Fils-Aimé s’il n’a rien à cacher
Si le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé n’a rien à se reprocher, il se doit d’adopter une attitude de transparence totale et proactive afin de rétablir la confiance ébranlée.
1. Publication intégrale des documents
Diffusion sans délai des contrats complets (éventuellement anonymisés pour les clauses sensibles), des factures, de la procédure d’acquisition ou de la justification motivée d’urgence, ainsi que des rapports de négociation et autres pièces justificatives.
2. Audit indépendant
Confier à une instance crédible – Cour supérieure des comptes, cabinet d’audit international reconnu ou commission parlementaire bipartite – un contrôle exhaustif de l’opération, avec publication publique des conclusions dans un délai raisonnable de trente à soixante jours.
3. Communication officielle
Organiser une conférence de presse détaillée exposant la justification stratégique de l’investissement, son rapport qualité-prix et les mesures prises pour prévenir la répétition d’opérations opaques.
4. Réformes structurelles
Renforcer le cadre légal des marchés publics concernant les droits médiatiques et sportifs, élever les exigences de transparence et instituer un registre public des contrats de l’État.
5. Association de la société civile
Associer les journalistes, les organisations de lutte contre la corruption et les experts indépendants au suivi de ces dossiers.
De telles mesures témoigneraient d’un engagement sincère en faveur de la bonne gouvernance, en phase avec les exigences démocratiques et les attentes légitimes de la population.
Si rien n’est entrepris : que faut-il conclure ?
L’inaction face à ces allégations serait lourde de signification et autoriserait les conclusions les plus graves :
- Une reconnaissance implicite d’irrégularités ou, à tout le moins, de zones d’ombre que l’on préfère ne pas exposer ;
- La confirmation d’une culture persistante de l’opacité et de l’impunité dans la gestion des affaires publiques ;
- Une perte de crédibilité auprès des partenaires internationaux et des bailleurs de fonds, qui exigent toujours davantage de rigueur et de transparence ;
- Un risque accru de frustration populaire, susceptible d’alimenter les tensions sociales et l’instabilité dans un contexte déjà fragile.
Conclusion
En définitive, cette affaire des droits de retransmission télévisuelle, évaluée à plus de quatre millions de dollars sans transparence suffisante, constitue un test décisif pour le gouvernement Fils-Aimé.
La clarté n’est pas une faveur consentie à l’opinion ; elle est une exigence démocratique et une condition de légitimité.
Agir avec promptitude et fermeté permettrait non seulement de dissiper les soupçons, mais aussi de poser les fondements d’une gouvernance plus responsable.
Le peuple haïtien, trop souvent déçu par des promesses non tenues, attend désormais des actes concrets.
L’heure est venue de la reddition des comptes, non du silence.

