Ni Nike, ni Adidas : Saeta, la marque colombienne qui habillera les Grenadiers
Le retour d’Haïti en Coupe du monde après 52 ans d’absence aura aussi une signature textile inattendue : celle de Saeta, marque colombienne fondée il y a plus de quatre décennies, qui habillera les Grenadiers au Mondial 2026. Derrière le maillot haïtien, il n’y a donc ni Nike, ni Adidas, ni Puma, mais une entreprise familiale colombienne ayant construit, depuis treize ans, une relation patiente avec la sélection nationale haïtienne.
L’histoire remonte à 2013, lorsque Haïti cherchait des uniformes pour deux matchs amicaux contre l’Espagne et l’Italie avant le Mondial 2014. La Fédération haïtienne, confrontée à de fortes contraintes financières, ne disposait pas même d’un stock suffisant de maillots pour permettre aux joueurs d’en échanger après les rencontres. Saeta accepte alors de soutenir les Grenadiers, non pas parce qu’Haïti représentait déjà un marché majeur, mais parce que la marque voyait dans la Concacaf une porte d’entrée vers les Caraïbes et l’Amérique du Nord.
Treize ans plus tard, ce pari prend une dimension mondiale. La qualification haïtienne du 18 novembre 2025, obtenue dans un scénario presque improbable, a transformé le partenariat en vitrine internationale. Cette date, qui coïncide avec l’anniversaire de la bataille de Vertières, donne au maillot une valeur symbolique particulière : il ne s’agit plus seulement d’un équipement sportif, mais d’un vêtement de mémoire, de fierté et de représentation nationale.
Saeta affirme avoir conçu une tunique inspirée de l’identité haïtienne : montagnes, palmiers, références autochtones, présence du mot « Ayiti », nuances de bleu évoquant la mer et le ciel, rouge associé à la passion et à la joie. Le maillot mondialiste devient ainsi une forme de récit visuel : celui d’un pays souvent ramené à ses crises, mais qui revient sur la scène sportive internationale avec ses symboles, son histoire et sa diaspora.
La fabrication, selon l’entreprise, demeure entièrement colombienne. Les tissus sont développés en Colombie, la confection y est assurée, et Saeta dit avoir refusé de transférer la production en Chine malgré les délais serrés après la qualification. Ce choix permet à la marque de défendre un argument de qualité face aux grandes multinationales du sport, tout en revendiquant une identité industrielle latino-américaine.
La diaspora haïtienne représente désormais l’un des principaux moteurs de la demande. Les maillots sont expédiés vers les États-Unis, la France, le Canada, le Royaume-Uni, le Mexique, le Brésil, l’Australie, la Corée et plusieurs autres pays. Pour Saeta, le Mondial 2026 n’est donc pas seulement un événement sportif ; c’est un accélérateur commercial, un test logistique et une occasion rare d’exister face aux mastodontes du secteur.
Le prix annoncé du maillot, 119 dollars, est présenté par l’entreprise comme l’un des plus accessibles du tournoi. Mais pour de nombreux supporteurs haïtiens, l’enjeu dépasse le coût : porter cette tunique, c’est afficher une appartenance, célébrer un retour attendu depuis 1974 et rappeler que, même au cœur des fractures nationales, le football peut encore produire un langage commun.

