19 mai 2026
Jour du Drapeau | Alix Fils-Aimé : « Nos héros » ou « nos zéros » ? Le passage exact d’une grave ambiguïté phonétique (vidéo)
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Jour du Drapeau | Alix Fils-Aimé : « Nos héros » ou « nos zéros » ? Le passage exact d’une grave ambiguïté phonétique (vidéo)

À l’occasion de la célébration du Jour du Drapeau et de l’Université, une séquence du discours prononcé par le Premier ministre de doublure haitien, M, Alix Didier Fils-Aimé, suscite une vive controverse linguistique, politique et symbolique. Plusieurs auditeurs avertis affirment avoir perçu le mot « zéro » là où le chef du gouvernement évoquait manifestement les « héros » de l’indépendance haïtienne. L’extrait exact désormais au centre des débats est le suivant :

« Aujourd’hui, nous honorons nos héros en prononçant leurs noms comme une prière aux heures décisives de l’histoire. Leur mémoire nous unit et nous engage à porter leur héritage. »

La polémique ne réside pas dans l’intention apparente du texte, mais dans son exécution orale. Sur le plan phonétique, le mot héros constitue un cas particulier de la langue française. Son h est aspiré ; aucune liaison ne doit donc être effectuée avec le déterminant précédent. La norme impose une rupture nette : nos / héros. Contrairement au mot hommes, on ne dit jamais no-z-héros. Lorsque cette séparation disparaît dans une diction rapide, relâchée ou mal projetée au microphone, l’oreille peut entendre une proximité acoustique avec le mot « zéro ».

Cette confusion, dans un discours ordinaire, aurait probablement été interprétée comme une simple maladresse d’élocution. Toutefois, le contexte institutionnel et mémoriel confère à cette séquence une portée autrement plus sensible. Les « héros de l’indépendance » appartiennent au socle fondateur de la République d’Haïti. Dessalines, Christophe, Pétion, Capois-La-Mort et les autres figures de 1804 ne représentent pas uniquement des personnages historiques ; ils incarnent la légitimité même de la souveraineté haïtienne. Une ambiguïté touchant leur désignation atteint ainsi un espace symbolique particulièrement délicat.

La singularité de la situation réside également dans le fait que cette déclaration a été prononcée en direct, face au pays et à l’attention d’un public international, durant la Journée de l’Université, célébration théorique du savoir, de la rigueur intellectuelle et de la maîtrise du langage. L’Université, dans la tradition républicaine, demeure l’institution chargée de former la pensée critique, l’exactitude conceptuelle et la précision du verbe public. Or, dans les démocraties modernes, la parole d’un haut dirigeant ne relève jamais uniquement de l’improvisation ; elle engage l’autorité symbolique de l’État.

Cette séquence rappelle également que la communication politique ne se limite pas au contenu rédactionnel d’un discours. La diction, les pauses, les liaisons, les accentuations et la projection vocale participent pleinement à la construction du sens. Un texte correctement rédigé peut produire un effet inverse lorsque son articulation introduit une ambiguïté sur des notions aussi sensibles que les héros fondateurs de la nation.

La publication du texte intégral officiel du discours apparaît désormais comme le moyen le plus approprié pour dissiper toute équivoque et rétablir avec exactitude la formulation employée. Une telle démarche contribuerait à préserver l’intégrité symbolique attachée à la mémoire des héros de l’indépendance tout en évitant que la controverse ne s’installe durablement dans l’espace public. Dans une République traversée par des crises institutionnelles répétées, la précision du langage public participe pleinement de la responsabilité de gouverner.

La question dépasse ainsi le simple registre du commentaire populaire ou de la polémique partisane. Elle renvoie à une interrogation plus profonde sur le rapport entre pouvoir, langage et mémoire nationale. Un État qui célèbre ses héros fondateurs ne peut se permettre que le doute s’installe sur les mots employés pour les désigner, particulièrement lors d’une cérémonie consacrée simultanément au drapeau, à l’histoire et à l’Université.

cba

Mesdames, Messieurs les Ministres,
Monsieur le Président de la Cour de Cassation,
Monsieur le Vice-Président du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire,
Mesdames, Messieurs les Représentants du Corps Diplomatique et du Corps Consulaire,
Monsieur le Président de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif,
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs les Membres du Conseil Électoral Provisoire,
Monsieur le Recteur de l’Université d’État d’Haïti,
Monsieur le Président et les Membres de l’Agence Nationale de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique,
Monsieur le Gouverneur et Membres du Conseil de la Banque de la République d’Haïti,
Messieurs les Membres du Haut État-Major des Forces Armées d’Haïti,
Messieurs les Membres du Haut Commandement de la Police Nationale d’Haïti,
Mesdames, Messieurs les Grands Commis de l’État,
Distingués Invités,
Mesdames, Messieurs les Représentants de la Presse,
Mesdames, Messieurs, en vos rangs, titres, grades et qualités,
Mes chers compatriotes,

Au nom de la patrie reconnaissante, permettez-moi de saluer avec une déférence solennelle les recteurs, les doyens, les professeurs et l’ensemble de la communauté universitaire haïtienne.

Malgré les épreuves, vous avez maintenu vivante la flamme sacrée du savoir. Malgré les douleurs persistantes, vous avez toujours répondu présent. Malgré les difficultés, l’université haïtienne reste debout.

La nation vous dit merci.

Chers compatriotes,

Le 18 mai 1803 à l’Arcahaie, nos ancêtres ont accompli l’un des actes les plus sublimes de l’histoire universelle. Dans la douleur, le courage et la dignité, ils ont uni le bleu et le rouge.

Et de ce geste est né notre drapeau, l’esprit d’un peuple gravé dans le tissu.

C’est pour l’éternité.

Le bleu et le rouge ne sont pas de simples couleurs. Ils portent la mémoire du sacrifice, l’espérance d’un peuple et notre vérité fondatrice : l’union fait la force.

Aujourd’hui, nous honorons nos héros en prononçant leurs noms comme une prière aux heures décisives de l’histoire. Leur mémoire nous unit et nous engage à porter leur héritage.

Hommage à Toussaint Louverture, précurseur de l’indépendance, mort debout loin de sa terre, au Fort de Joux.
Hommage à Jean-Jacques Dessalines, père de l’indépendance, l’épée qui brisa les chaînes.
Hommage à Henri Christophe, le roi citoyen qui dressa la Citadelle comme un poing vers le ciel.
Hommage à Alexandre Pétion, gardien de l’idéal républicain.
Hommage à Capois La Mort qui, mené tambou, refusa de mourir.
Hommage à Augustin Clerveaux, Nicolas Geffrard, Louis Gabart.

Hommage et profond respect à vous, femmes d’éternité : Catherine Flon, Cécile Fatiman, Sanite Bélair, Marie-Jeanne Lamartinière, Marie-Claire Heureuse. Courage, flamme et dignité.

Et avec eux, la patrie s’incline devant l’armée silencieuse des héros anonymes dont le sang vivant coule encore en nous.

Chers compatriotes,

Célébrer cet héritage ne suffit pas. Célébrer cet héritage nous juge ; il nous interroge.

Du fond de l’histoire, nos ancêtres nous interrogent : que faisons-nous aujourd’hui de notre drapeau ?

Respecter le drapeau ne consiste pas à le hisser mécaniquement chaque 18 mai. Respecter le drapeau, c’est honorer l’héritage de nos ancêtres et faire vivre chaque jour les valeurs qui ont fondé la nation : solidarité, dignité, travail, responsabilité et amour de la patrie.

Symbole de notre liberté conquise, il nous rappelle que l’union fait la force et que c’est dans cette unité qu’une nation se construit et grandit.

Ainsi, alors que nous célébrons à la fois le drapeau et l’université, comprenons-le : l’avenir d’Haïti ne se construit ni dans la nostalgie stérile ni dans l’émotion éphémère.

L’avenir de notre pays se bâtira par le savoir, par l’intelligence collective et par l’engagement sacré de chaque fils et de chaque fille de cette nation.

À l’heure où le monde se transforme sous l’effet de l’innovation scientifique et de l’intelligence artificielle, Haïti ne peut rester en marge.

Nous avons besoin d’une université qui forme des esprits libres, des esprits critiques, des esprits créateurs et audacieux.

Car un peuple qui néglige le savoir pactise avec la servitude, et un peuple qui oublie son drapeau renonce à sa souveraineté.

[…]

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