13 mai 2026
Haïti/Technologies : Quel sera le prix du spectre 700 MHz ?
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Haïti/Technologies : Quel sera le prix du spectre 700 MHz ?

Étant donné l’importance stratégique de la bande des 700 MHz pour les opérateurs historiques haïtiens, Digicel et Natcom, il est hautement probable que ce spectre leur soit attribué avant la fin de l’année 2026, que ce soit via un appel d’offres formel ou par une attribution directe négociée.

Cette bande reste la plus efficace pour améliorer la couverture intérieure, la qualité de service en zones rurales et montagneuses, et préparer le déploiement de la 5G à moindre coût. Face à la pression concurrentielle et aux besoins urgents d’investissement, les deux opérateurs sont prêts à s’engager rapidement.

La présence à la tête de l’État d’un représentant issu du secteur privé, Alix Didier Fils-Aimé, l’ex-PDG de Hainet, renforce cette probabilité : une approche « pragmatique et pro-business » devrait favoriser une résolution rapide du dossier, afin d’éviter de nouveaux retards qui pénaliseraient la connectivité nationale et les recettes fiscales.

Ainsi, avec ou sans appel d’offres public, l’attribution du 700 MHz à Digicel et Natcom apparaît comme l’issue la plus réaliste d’ici fin 2026, sauf coup de théâtre politique majeur (changement de gouvernement, forte instabilité sécuritaire ou pression internationale inattendue).

Cette décision permettrait à Haïti de s’aligner progressivement sur le calendrier dominicain, de réduire les interférences transfrontalières et de capter enfin son dividende numérique.

Cependant, une attribution directe sans transparence pourrait susciter des critiques sur la gouvernance, tandis qu’un appel d’offres bien structuré, même accéléré, offrirait davantage de légitimité et permettrait d’intégrer des obligations de couverture ambitieuses. Le temps presse pour les deux opérateurs comme pour l’État haïtien.

En effet, la bande des 700 MHz demeure l’une des ressources radioélectriques les plus précieuses pour le développement des télécommunications mobiles. Grâce à son excellente propagation, elle permet une couverture étendue à moindre coût, particulièrement dans les zones rurales et montagneuses.

République dominicaine : un appel d’offres structuré

Cependant, en République dominicaine, le régulateur INDOTEL conduit actuellement un appel d’offres international (LPI-001-2026) qui progresse de manière structurée. Ce processus offre un observatoire précieux pour Haïti, qui avance parallèlement sur la libération de cette bande via la migration vers la Télévision Numérique Terrestre (TNT).

État d’avancement du processus en République dominicaine (mi-mai 2026)

Lancé par la Résolution 013-2026, l’appel d’offres porte sur plusieurs bandes complémentaires :

  • Jusqu’à 60 MHz dans le 700 MHz
  • 30 MHz en AWS
  • 100 MHz en 2300-2400 MHz
  • 120 MHz en 3500-3700 MHz

L’objectif est d’attirer des investissements, d’accélérer le déploiement de la 5G/4G et de réduire la fracture numérique.

Calendrier du processus

  • 5 mai 2026 : clôture des inscriptions (paiement non remboursable de 20 000 USD)
  • 7 mai 2026 : fin de la période de questions
  • 21 mai 2026 : publication attendue des réponses et circulaires
  • 26 mai 2026 : atelier avec les participants inscrits
  • 16 juin 2026 : réception des offres techniques et économiques
  • 28 juillet 2026 : ouverture des offres financières
  • Août 2026 : adjudication prévue

À ce stade (mi-mai 2026), aucune liste officielle des participants n’a été publiée et aucune déclaration d’échec n’a été émise. Ce silence est conforme aux pratiques habituelles d’INDOTEL.

Une modification a été publiée en avril 2026 pour aligner le cahier des charges sur le nouveau Plan national d’attribution des fréquences. Le processus représente la troisième tentative après les échecs partiels ou totaux de 2021 et 2023-2024.

L’évolution du prix du MHz dans la bande 700 MHz en République dominicaine

  • 2021 : prix de référence élevé à environ 190 000 USD par MHz/an → bande largement déserte
  • 2023 : baisse modérée à environ 165 000 USD/MHz/an → processus encore infructueux
  • 2026 : réduction drastique à 40 000 USD par MHz/an (baisse de près de 80 % par rapport à 2021)

Valeurs des autres bandes en 2026 :

  • AWS : 45 000 USD/MHz/an
  • 2300 MHz : 15 000 USD/MHz/an
  • 3600 MHz : 21 000 USD/MHz/an

Le modèle dominicain inclut également plusieurs flexibilités :

  • Paiement partiel via projets (jusqu’à 30-40 %)
  • Limites de spectre par opérateur

Comparaison : Haïti (CONATEL) vs République dominicaine (INDOTEL)

Haïti – CONATEL (Circulaire Administrative CNT-CIR20250010)

Le système haïtien repose sur des redevances administratives fixes :

  • Fréquences inférieures à 806 MHz (incluant 700 MHz) : 11 500 USD par MHz duplex/an
  • 824-960 MHz : 8 500 USD par MHz duplex/an
  • 1400-2170 MHz : 6 400 USD par MHz duplex/an
  • 2300-2700 MHz et 3300-3800 MHz : 1 580 USD par MHz simplex/an
  • Redevance additionnelle : 1,67 % du chiffre d’affaires annuel

République dominicaine – INDOTEL 2026

Le modèle dominicain repose sur des enchères avec prix plancher :

  • 700 MHz : 40 000 USD par MHz/an
  • AWS : 45 000 USD
  • 2300 MHz : 15 000 USD
  • 3600 MHz : 21 000 USD
  • Durée : jusqu’à 20 ans
  • Compensation partielle possible via projets et obligations de couverture

Tableau comparatif simplifié

BandeHaïti (CONATEL)RD (INDOTEL 2026)Ratio RD/HaïtiObservation
700 MHz11 500 USD40 000 USD~3,5 foisBande stratégique
AWS6 400 USD45 000 USD~7 foisBande moyenne
2300 MHz1 580 USD15 000 USD~9,5 foisBande haute
3500-3700 MHz1 580 USD21 000 USD~13 foisBande 5G

Observations clés

  • Les barèmes haïtiens sont nettement plus bas, adaptés à un marché plus petit, à un pouvoir d’achat limité et à des défis opérationnels importants (sécurité, relief, énergie).
  • Le modèle dominicain est plus élevé car il repose sur des enchères compétitives révélant la valeur marchande réelle du spectre.
  • En Haïti, le coût total inclut un pourcentage du chiffre d’affaires, ce qui rend la charge variable selon la performance des opérateurs.
  • La République dominicaine offre davantage de flexibilité via les projets compensatoires, tandis qu’Haïti privilégie la prévisibilité avec des montants fixes.

Méthodes d’évaluation du prix du spectre

Les régulateurs combinent souvent plusieurs approches recommandées par l’UIT :

  1. Méthode administrative (dominante en Haïti)
    • Barème fixe basé sur les coûts de gestion, la rareté du spectre et la capacité contributive du marché.
  2. Enchères compétitives (utilisées en RD)
    • Prix de réserve + concurrence entre opérateurs.
  3. Modèles économiques
    • Discounted Cash Flow (DCF), benchmarks régionaux et études de demande.
  4. Approche hybride
    • Enchères + obligations de couverture et projets d’investissement.

Pour Haïti, le CONATEL devra équilibrer recettes publiques, attractivité pour les investisseurs et réalités locales.

Quelle sera la décision haïtienne ?

La République dominicaine, en abaissant son prix de référence à 40 000 USD/MHz/an après deux tentatives infructueuses, fournit une référence régionale intéressante.

Haïti, avec ses réalités spécifiques et des barèmes beaucoup plus faibles, devra trouver son propre équilibre.

Le CONATEL fixera-t-il le prix du MHz dans le 700 MHz à un niveau proche des redevances actuelles (environ 11 500 USD/an), via un modèle d’enchères intermédiaire ou un système hybride ?

La réponse déterminera en grande partie la qualité et l’accessibilité des services mobiles en Haïti. Les deux nations de l’île ont tout intérêt à coordonner efficacement leurs politiques afin de valoriser ce spectre critique et connecter davantage de citoyens.

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