6 mai 2026
Haïti : le travail au prix du chômage
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Haïti : le travail au prix du chômage

Le Gouvernement haïtien vient d’ajuster le salaire minimum à 1 000 gourdes( 5.57 US) pour une journée de huit heures à raison de 125 gourdes ( 0,94 US) par heure. Une décision dite de compromis mais en Haïti, c’est simple : avoir un emploi, c’est juste une autre façon d’être au chômage, avec un horaire fixe.

Après des semaines de négociations, les syndicats, qui exigeaient 3 000 gourdes, se heurtent à la muraille érigée par les maitres du système. En face, l’État et le patronat parlent de « réalisme économique » dans un contexte de crise. Mais de quel réalisme s’agit-il lorsque le fruit d’une journée entière de travail ne permet même pas de se nourrir dignement ?

Ce salaire est loin d’être un revenu : c’est une ration de survie octroyée à des indigents. Il ne peut leur permettre de satisfaire leurs besoins, de prendre soin de leur famille. Déjà, Karl Marx avertissait : « le travailleur devient d’autant plus pauvre qu’il produit plus de richesse ». En Haïti, cette formule trouve sa parfaite consécration. L’ouvrier produit, mais ne consomme pas ; il travaille, mais ne vit pas. Il végète dans cercle vicieux de la pauvreté.

Ce que révèle ce salaire minimum, ce n’est pas seulement une faiblesse économique, mais une structure d’exploitation assumée. Car, comme l’écrit Marx, « la plus-value est le travail non payé du travailleur ». Chaque gourde non versée correspond à une richesse captée ailleurs : dans les marges des entreprises, dans les circuits du capital national ou transnational, dans un système où une classe d’hommes est soumise à la dégradation matérielle et morale.

L’État, loin d’arbitrer dans cette éternelle opposition entre protonat et salariés, s’inscrit dans cette mécanique. Il ne corrige pas les exploitations, il les structure. Il ne protège pas le travailleur, il garantit les conditions de son exploitation. Derrière le discours technocratique de la bande à Fils-Aimé au pouvoir se cache une réalité plus crue : le pouvoir public cautionne l’exploitation outrancière de la classe ouvrière.​

Pour Marx, le salaire a une fonction minimale : assurer la reproduction de la force de travail. « Le salaire n’est que le moyen de maintenir le travailleur en vie comme travailleur ». Mais que reste-t-il lorsque même cette fonction n’est plus remplie ? Lorsque se nourrir, se loger, se soigner deviennent inaccessibles. En Haïti sous le gouvernement de facto de Didier Fils-Aimé, le système ne permet plus de reproduire la force de travail, il l’anéantit face à un taux d’inflation de 20,6% consécutif à l’augmentation des prix du carburant le mois dernier.

Le salaire minimum haïtien n’est donc pas simplement insuffisant, il est révélateur d’un ordre économique où l’ouvrier est condamné à produire sans jamais sortir de la survie. Il est révélateur d’un contrat social rompu, où travailler ne signifie plus vivre, mais seulement retarder la mort par la faim.​

Dans un contexte électoral, ce débat devrait être passionnant mais la classe politique fait silence. Les acteurs politiques se taisent. Les potentiels candidats esquivent cette scène hideuse et tournent leurs regards vers d’autres horizons. Où sont les partis qui se disent proches des masses ? Où sont les partis qui prétendent être de la gauche ? Si ceux qui sollicitent nos voix refusent de défendre notre pain, que valent leurs promesses une fois au pouvoir ?
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Bleck D. Desroses / 6 mai 2026

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