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Le peuple haïtien incarne une forme pure de l’obstination humaine : une résilience qui dépasse la simple survie pour devenir un acte de foi.
Ce peuple refuse le néant. S’il vivote au gré des tourments quotidiens, il ne recule pas devant le sifflement des balles criminelles, opposant la permanence de sa vie à la gratuité de la violence.
Face au sacrifice cynique de son destin par une classe politique stérile et coupée du destin national, il choisit le mépris souverain. Il ignore l’infamie pour ne se consacrer qu’à la noblesse de son propre horizon.
Chaque matin, les écoliers et les étudiants reprennent le chemin du savoir. C’est un acte d’une profonde absurdité apparente, mais d’une nécessité existentielle : pourquoi structurer son esprit dans un univers social envahi par la médiocrité ?
Dans un pays qui s’effondre, l’étude n’est plus une simple routine, elle devient une dissidence. En empruntant la voie de l’intelligence, les jeunes refusent que le chaos extérieur devienne leur chaos intérieur.
De même, les professionnels de tous horizons continuent d’exercer leur art. Ils travaillent au mépris d’un État défaillant et de dirigeants dont l’incurie est la cause directe du malheur commun. Ce faisant, ils maintiennent l’idée même de la civilisation là où tout invite à la barbarie.
Dans les rues de Pétion-Ville, de Gérald Bataille, de Delmas 32 ou de Carrefour Tifour, les marchands ambulants déploient leur courage à même le sol. Ils cherchent leur subsistance sans un regard pour un pouvoir spectral(fantôme), qui feint de gouverner sur les réseaux sociaux par le truchement d’une cour de professionnels de l’information réduits à la servitude par la faim. Le commerce de survie des uns répond à la comédie virtuelle des autres.
Partout, dans l’urgence du centre-ville comme dans les artères de Delmas, de la Plaine du Cul- de- Sac, de Carrefour les citoyens vaquent à l’essentiel. Même les enfants jouent, préservant l’innocence du présent face à un avenir hypothéqué par l’impéritie des puissants.
Il ne faut pas s’y méprendre : le silence de ce peuple n’est ni une abdication, ni un consentement. C’est le silence d’une conscience en suspens. S’il feint l’aveuglement, ce peuple sait, voit et mesure tout.
Un peuple qui accomplit, en 1791, la plus grande révolution servile de l’histoire et qui, en 1986, se libère de la barbarie duvaliériste après vingt-neuf années de terreur ne saurait être éternellement soumis. Dans l’apparente passivité de son endurance, il opère un tri éthique infaillible : il sait, le moment venu, discerner ses bourreaux de ses véritables bienfaiteurs.
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*Bleck D. Desroses / 27 mai 2026*

