Primature | Énième communiqué sécuritaire : Alix Fils-Aimé “accélère” encore, pendant que les victimes s’accumulent
Port-au-Prince, 13 mai 2026 — La Primature annonce une nouvelle “mobilisation contre les gangs”. Depuis novembre 2024, les communiqués se succèdent, les verbes d’autorité reviennent — accélérer, intensifier, neutraliser, restaurer — mais, sur le terrain, Haïti continue de compter ses morts, ses déplacés, ses quartiers barricadés et ses hôpitaux fermés. Selon le communiqué publié mercredi, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé s’est rendu à la base de la Force de suppression des gangs, à Tabarre, pour discuter du déploiement de nouvelles unités avec Jack Christofidies, représentant spécial de la FSG, Daniela Kroslak, cheffe du BINUH, et Vladimir Paraison, directeur général de la PNH.
État-pompier : toujours après les faits, jamais dans la prévention
Le décor officiel est désormais connu : visite stratégique, inspection d’installations, message aux contingents étrangers, promesse de “résultats concrets”. Le communiqué affirme que le chef du gouvernement a exhorté les soldats tchadiens, salvadoriens et guatémaltèques à produire des effets visibles dans le rétablissement de la sécurité. Mais l’énoncé administratif se heurte à une réalité plus brutale : en trois mois, plus de 1 600 personnes auraient été tuées ou blessées dans les violences armées, tandis que les zones populaires, de Cité Soleil à l’Artibonite, restent livrées à la peur, aux déplacements forcés et à la suspension de services vitaux.
La mise en scène des blindés, exhibés au public comme signes d’autorité retrouvée, reprend une mécanique déjà engagée depuis novembre 2024. Même sous Gary Conille, la stratégie de communication avait emprunté les mêmes codes : inspection de matériels, images de chars, déplacements officiels, promesses de reprise en main — jusque dans des séquences extérieures, notamment en Arabie saoudite. Le pouvoir change de visage, mais la grammaire demeure : annoncer, visiter, photographier, communiquer. Puis attendre que la tragédie suivante impose un nouveau communiqué.
À Cité Soleil, au même moment, des habitants suppliaient la police d’intervenir, des familles fuyaient les affrontements et des structures médicales suspendaient leurs activités. L’écart devient politiquement accablant entre la scénographie d’un État qui communique et la condition d’une population qui cherche refuge. La question n’est plus seulement de savoir combien de communiqués la Primature peut produire ; elle est de savoir combien de victimes supplémentaires seront nécessaires avant que la rhétorique sécuritaire cesse de tenir lieu de bilan.
Le gouvernement de doublure promet encore la “reconquête totale du territoire national” et la création des conditions nécessaires à des élections libres, honnêtes et crédibles. Mais sans contrôle effectif des axes routiers, sans protection durable des quartiers, sans chaîne de commandement lisible et sans reddition de comptes sur les résultats opérationnels, cette promesse risque de rejoindre la longue bibliothèque des annonces solennelles, publiées au nom de l’État, puis démenties par la rue. En Haïti, le communiqué n’arrête pas les balles ; il ne rouvre pas les hôpitaux ; il ne ramène pas les déplacés chez eux. Au final, malgré les blindés, les visites et les formules administratives, Haïti continue de compter ses morts.

