Haïti | Cité Soleil : des centaines d’habitants déplacés par une nouvelle flambée de violences armées
Port-au-Prince, 13 mai 2026 — Des centaines d’habitants de Cité Soleil, vaste commune populaire de la capitale haïtienne, ont été contraints d’abandonner leurs maisons après une nouvelle poussée de violences armées survenue durant le week-end, rapporte Al Jazeera English, dans une galerie photo fondée sur des informations de l’Associated Press. Mardi, des résidents sont descendus dans les rues pour réclamer la protection de l’État, alors que les affrontements entre groupes armés continuent de paralyser la zone et d’aggraver la crise humanitaire.
Selon Al Jazeera, des manifestants ont affirmé avoir vu des personnes tuées à Cité Soleil au cours des derniers jours. Les autorités haïtiennes n’avaient toutefois pas encore communiqué de bilan officiel des victimes. Une image particulièrement forte montre un habitant agenouillé devant un véhicule blindé de la police, demandant aux forces de l’ordre d’aller combattre les gangs qui contrôlent le quartier. D’autres clichés montrent des habitants fuyant les affrontements, des véhicules incendiés et des déplacés cherchant refuge dans un commissariat de Port-au-Prince.
La crise touche également les services médicaux. Médecins Sans Frontières a indiqué avoir évacué son hôpital de Cité Soleil après d’intenses affrontements survenus dimanche. Le Centre hospitalier de Fontaine, autre établissement desservant la zone, a également suspendu ses activités mardi en raison de l’insécurité, après avoir évacué tous ses patients, dont onze nouveau-nés. Cette fermeture temporaire fragilise davantage l’accès aux soins dans un secteur déjà exposé à la violence, aux déplacements forcés et à l’effondrement progressif des services publics.
Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021, les groupes armés ont renforcé leur emprise sur Port-au-Prince. Selon la police citée par Al Jazeera, ils contrôleraient environ 70 % de la capitale, contre 90 % au plus fort de leur expansion. Leurs activités se sont étendues au pillage, aux enlèvements, aux violences sexuelles et à certaines zones rurales. Le pays, privé de président depuis 2021, reste engagé dans une transition institutionnelle prolongée, sur fond d’effondrement sécuritaire.
Cette nouvelle dégradation intervient alors qu’une mission internationale de sécurité, appuyée par l’ONU, commence à se déployer. Le Conseil de sécurité avait approuvé, fin septembre, le principe d’une force de 5 550 membres, mais l’ensemble du contingent n’est pas encore arrivé. Des troupes venues du Tchad ont déjà été déployées, selon Al Jazeera, sans que leur nombre soit précisé. La crise des gangs a déjà provoqué des déplacements massifs : l’Organisation internationale pour les migrations estime à plus de 1,4 million le nombre de personnes déplacées en Haïti, dont environ 200 000 vivant dans des sites surpeuplés et sous-financés dans la capitale.

