L’Observatoire Patrimoine et le Salon du Livre et des Arts du Grand Nord annoncent le lancement du Concours National de Lecture«AYITI AP LI », dont les inscriptions s’ouvriront le 23 juin 2026.
Ce concours vise à encourager la lecture chez les jeunes, valoriser la littératurehaïtienne et promouvoir l’art de la parole. Autour du thème “Mete liv nan de menm”, pour cette première édition, les participant·e·s devront soumettre une vidéodetrois minutes maximum dans laquelle ils liront un extrait du roman Gouverneurs dela rosée de Jacques Roumain (pp. 118-119).
Chaque département sera représenté par une école sélectionnée avec l’appui duMinistère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP). Les performances seront évaluées selon l’éloquence, la diction, l’art oratoire, la présencescénique et l’engagement du public.
Le ou la lauréat·e recevra un panier de livres, une tablette, un ordinateur portableet une récompense de 500 000 gourdes.
Calendrier :
• 23 juin 2026 : ouverture des inscriptions
• 23 juillet 2026 : lancement officiel
• 23 décembre 2026 : proclamation des résultats
Par cette initiative, les organisateurs souhaitent faire de la lecture un véritablemouvement national au service de la jeunesse et de la culture haïtienne.
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Critères de participation, primes et autres considérations (concours National AYITI AP LI)
1. Sélection des participant·e·s
Chaque département du pays sera représenté par une école. Le Ministère del’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP) participera àl’identification des participant·e·s à partir des meilleurs résultats obtenus aux examens de la 9e Année Fondamentale.
Proposez une vidéo d’une durée maximale de trois minutes dans laquelle vous lirez un extrait du roman Gouverneurs de la rosée de Jacques Roumain (pp. 118- 119).
2. Critères pour être lauréat·e
L’évaluation des participant·e·s reposera notamment sur les éléments suivants : ⮚ Éloquence
⮚ Diction
⮚ Art oratoire
⮚ Présence scénique
⮚ Engagement du public (nombre de commentaires, de partages et de mentions «J’aime » sous la vidéo publiée sur la page du Salon).
3. Composition du jury
Le jury sera composé de représentant·e·s de plusieurs institutions culturelles et éducatives, notamment :
⮚ École Nationale des Arts (ENARTS)
⮚ Direction Nationale du Livre (DNL)
⮚ Bureau Haïtien du Droit d’Auteur (BHDA)
⮚ Ministère de la Culture et de la Communication (MCC)
⮚ Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP)
4. Récompenses envisagées pour le ou la lauréat·e
Le ou la lauréat·e bénéficiera notamment de :
⮚ Un panier de livres
⮚ Une tablette numérique et un ordinateur (laptop)
⮚ Une récompense financière de 500 000 gourdes (un demi-million de gourdes) 5. Calendrier
⮚ Inscription des participant.e.s: 23 juin 2026
⮚ Lancement du concours : 23 juillet 2026
⮚ Délibérations et proclamation des résultats : 23 décembre 2026
NB: La formation intitulée « Nouvelle Génération de Peintres » se déroulera suivant le même calendrier que le concours. Les établissements scolaires dont les élèves auront été désignés lauréats au niveau départemental seront automatiquement retenus pour participer à ce programme de formation en peinture.
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Dans le cadre du concours « AYITI AP LI », les participants auront à lire unextrait du roman Gouverneurs de la rosée de l’inclassable Jacques ROUMAIN.
Nous parlons de l’un des livres les plus importants de la littérature haïtienne, caribéenne et même mondiale. Publié en 1944, peu après la mort de son auteur, cet ouvrage occupe une place spéciale dans la littérature haïtienne.
Bref aperçu du roman
L’histoire se déroule dans le village paysan de Fonds-Rouge, frappé par la sécheresseet la pauvreté. Les habitants sont divisés par des conflits familiaux et la terre est devenue infertile.
Le personnage principal, Manuel, revient au village après quinze ans de travail à Cubadans les plantations de canne à sucre. Grâce à son expérience et à ses idées nouvelles, il cherche à : réconcilier les habitants divisés, retrouver une source d’eau, et rétablir lacoumbite, c’est-à-dire le travail collectif des paysans.
Manuel devient ainsi un symbole d’espoir et de solidarité pour la communauté. Leroman parle à la fois : d’amour (notamment entre Manuel et Anaïse), de justice sociale, de dignité paysanne, et de l’unité du peuple haïtien face à lamisère.
Importance du livre
C’est un classique, une ode au paysan, et même l’un des premiers romans «écologiques » car il aborde la question de la terre et de l’eau.
BONSUCCÈS!
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Les extraits à soumettre: Gouverneurs de la rosée, jacques ROUMAIN(pp118- 119). Éditions LES CLASSIQUES DES SCIENCES SOCIALES CHICOUTIMI, QUÉBEC (version numérique disponible sur:https://classiques.uqam.ca/classiques/roumain_jacques/gouverneurs_de_la_rosee/gouverneurs_de_la_rosee.pd
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Et aujourd’hui, il était devant elle, cet homme si grand, si fort,avec cette lumière sur son front, et qui connaissait le mystèredusommeil de l’eau dans les veines des mornes. Il était près d’elle.Son bras embrassait ses épaules. Il lui demandait : —Tu es contente,maman ? Elle entendit une voix qui répondait, lointaine, lointaine,et c’était pourtant la sienne : — Je suis contente pour nous,jesuis contente pour la terre, je suis contente pour les plantes.Lemonde chavirait autour d’elle : la case, les arbres, le ciel. Elledut s’asseoir. Bienaimé pressait Manuel de questions : —Raconte,mon fi. Où est-elle cette eau ? Comment est-elle ? Et avec unebrusque inquiétude : — C’est pas une petite eau, au moins,uncourant de rien du tout, juste bonne pour le boire ? —Non, ditManuel, c’est une eau conséquente. Faut voir l’endroit : c’est unegrande terrasse de terre blanche comme la craie ; ça boit l’eaufacilement cette qualité de terre, mais l’eau a dû trouver plus loindu dur, du résistant, alors elle a gonflé. Sûr que dans quelquesannées, elle aurait crevé toute seule. Alors, ce qu’il y a à faire,c’est d’abord planter une rangée de poteaux, mais serrés, pour queçatienne la terre, parce que si on commence à fouiller dans le pleindubassin, ce sera comme si on fêlait une jarre et l’eau ira se perdresans direction. Après, on tracera un canal principal, danslatraverse de la plaine et par les bayahondes, et dans chaque jardinchacun tirera son canal à lui, pour son arrosage. Quand le grandcanal et les autres seront prêts, on ouvrira le bassin. Il serait bonaussi de nommer un syndic, avec la confiance de tous les habitants,pour la distribution de l’eau d’après le besoin de chaque nègre,enfin, vous voyez, c’est un gros travail. — Le syndic, ce sera toi,chef, dit Laurélien. C’est tout voté. — Tu l’entends, Délira?s’écria Bienaimé avec un immense orgueil. Il a déjà tout calculé danssa tête et ce qu’il dit, c’est la raison même.
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Mais une pensée sembla aussitôt l’assombrir : —Tu as dit : tous leshabitants. Tu ne comptes pas… les autres. Manuel s’attendaità
5 cette question : — Je peux parler clair, et selon la vérité ? dit-il.Et vous-mêmes, vous m’écoutez, Maman ? Compère Laurélien ? [93]—Nous écoutons, oui, Manuel. — Bon, combien, de notre côté, sommes nous de nègres valides ? Attends. Il compta sur ses doigts :—Quatorze. Et les autres, les héritiers et partisans du défunt Dorisca,ça doit faire à peu près autant. Papa, maman : considérez bien;compère Laurélien, réfléchis. Seuls, nous n’arriverons jamais à boutde ce travail : les poteaux à couper, à transporter, à planter ;uncanal de bonne longueur par la plaine, et le bois à éclaircir pourlefaire passer. Et puis l’eau, c’est pas une propriété, ça ne s’arpentepas, ça ne se marque pas sur le papier du notaire, c’est le biencommun, la bénédiction de la terre. Quel droit aurions-nous…?Bienaimé ne le laissa pas achever. — Le droit que tu l’as trouvée,cria-t-il, le droit que les ennemis n’ont pas de droit. Il fituneffort pour se maîtriser : — Mais dis-moi franc ce que tu veux faire.— Aller trouver les autres. Compères, je dirais, c’est vrai ce qu’onrépète, oui, compères. J’ai trouvé une source qui peut arroser tousles jardins de la plaine, mais pour l’amener jusqu’icitte, fautleconcours de tout le monde, un coumbite général, voilà ce qu’il faut.Ce qu’une main n’est pas capable, deux peuvent le faire. Baillons nous la main. Je viens vous proposer la paix et la réconciliation.Quel avantage avons-nous d’être ennemis ? Si vous avez besoin d’uneréponse, regardez vos enfants, regardez vos plantes : la mort est sureux, la misère et la désolation saccagent Fonds-Rouge. Alors, laissezla raison parler. Le sang a coulé entre nous, je sais ; mais l’eaulavera le sang et la récolte nouvelle poussera sur le passé et mûrirasur l’oubli.

