19 avril 2026
1er mai en Haïti : et si l’agriculture devenait enfin une priorité nationale ?
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1er mai en Haïti : et si l’agriculture devenait enfin une priorité nationale ?

En 2026, l’agriculture et le travail ne peuvent plus être pensés sans reconnaître celles et ceux qui les portent au quotidien. Les Nations Unies ont ainsi proclamé 2026 Année internationale de la femme agricultrice, une décision stratégique visant à mettre en lumière le rôle déterminant des femmes dans les systèmes agroalimentaires mondiaux. Production, transformation, commercialisation : partout, les femmes sont au cœur de l’économie agricole, malgré des obstacles persistants liés à l’accès à la terre, au financement et aux technologies.

Dans plusieurs pays, cette orientation internationale se traduit déjà par des initiatives concrètes. En France, par exemple, le Salon de l’Agriculture 2026 adopte le thème « Générations Solutions », mettant en avant les acteurs qui construisent l’agriculture de demain. Chaque nation, à sa manière, adapte ces orientations pour renforcer son secteur agricole et valoriser le travail rural.

Mais en Haïti, le constat est préoccupant. Depuis de nombreuses années, la Journée internationale de l’Agriculture et du Travail, célébrée le 1er mai, reste largement symbolique ou une lettre à la poste. Peu d’initiatives structurantes, peu d’actions visibles pour valoriser la production nationale, encore moins d’efforts pour mettre en avant les femmes agricultrices ou soutenir concrètement les producteurs. Ni foires gastronomiques d’envergure, ni campagnes nationales de promotion des produits locaux, ni politiques publiques fortes alignées sur les enjeux internationaux.

Pourtant, l’urgence est là. L’agriculture constitue un pilier fondamental de la sécurité alimentaire et de l’économie rurale haïtienne. Elle fait vivre une grande partie de la population, mais reste sous-financée, sous-valorisée et insuffisamment structurée. Dans un contexte marqué par l’inflation, l’insécurité alimentaire et l’instabilité économique, continuer à traiter le 1er mai comme une simple commémoration serait une erreur stratégique majeure.

C’est dans ce contexte que ALLO AGRO / PROMODEV lance un appel clair et sans équivoque au Premier Ministre : il est temps d’agir, et d’agir maintenant.

Transformer le 1er mai en point de départ d’une relance agricole. La proposition est à la fois simple et ambitieuse : décréter le 1er mai comme le lancement officiel d’un « Programme national de relance agricole et de valorisation du travail paysan ». Une telle décision enverrait un message fort à la population, aux producteurs et aux partenaires internationaux : Haïti choisit de faire de son agriculture une priorité nationale. Car les défis sont connus : 

  • Une dépendance alimentaire croissante qui fragilise la souveraineté nationale. 
  • Un travail paysan insuffisamment reconnu malgré son rôle stratégique
  • Des producteurs confrontés à des contraintes majeures (accès aux intrants, financement, infrastructures)

Face à ces réalités, il ne suffit plus de diagnostiquer. Il faut engager des actions concrètes, visibles et mesurables. Ainsi, ALLO AGRO / PROMODEV recommande cinq axes pour une action immédiate et structurante :

  • Premièrement, le lancement d’une campagne nationale « Manje Lokal, Travay Lokal » permettrait de mobiliser l’ensemble de la société autour de la consommation de produits locaux. Médias, écoles, institutions publiques et collectivités territoriales pourraient être impliqués pour créer un véritable mouvement national.
  • Deuxièmement, des mesures de soutien immédiates aux producteurs doivent être annoncées : subventions ciblées pour les intrants, facilitation de l’accès au crédit agricole, appui structuré aux coopératives. Sans ces leviers, la relance restera théorique.
  • Troisièmement, il est indispensable d’investir dans des infrastructures agricoles visibles et utiles : réhabilitation des périmètres irrigués, amélioration des routes agricoles, création d’espaces de stockage et de marchés structurés. Ces investissements sont essentiels pour renforcer la productivité et réduire les pertes.
  • Quatrièmement, la valorisation du travail agricole doit devenir une priorité. Il s’agit de reconnaître officiellement le rôle des agriculteurs, de mettre en avant des modèles de réussite et d’encourager l’engagement des jeunes dans l’entrepreneuriat agricole. Dans cette dynamique, une attention particulière doit être accordée aux femmes agricultrices, en cohérence avec les orientations internationales de 2026.

Enfin, l’institutionnalisation d’un « Mois de l’Agriculture » en mai offrirait un cadre structurant pour organiser des forums, des formations et des espaces de dialogue entre l’État, les producteurs, des organisations de la société civile, les corps de métier et le secteur privé. Des initiatives comme le Forum Agricole ALLO AGRO – Université du Samedi Soir pourraient y jouer un rôle central.

Consacrons un moment politique décisif. Le 1er mai 2026 représente une opportunité historique. Lors de son discours, le Premier Ministre pourrait poser des jalons clairs :

  • Affirmer que l’agriculture est une priorité nationale de sécurité et de souveraineté
  • Annoncer une feuille de route agricole sur 12 mois
  • Lancer un appel à la mobilisation nationale autour de la production locale

Mais au-delà des discours, l’essentiel réside dans l’action. Sans mesures concrètes, cette journée risque de renforcer la méfiance des producteurs et d’accentuer le décalage entre les annonces et la réalité. À l’inverse, des décisions immédiates, même limitées mais ciblées, pourraient enclencher une dynamique positive et restaurer la confiance.

Saisissons une occasion à ne pas manquer. Le 1er mai n’est pas une date ordinaire. Il symbolise le travail, la dignité, la production. En Haïti, il peut devenir bien plus : le point de départ d’une nouvelle vision agricole.

Repenser cette journée, c’est reconnecter agriculture et travail, redonner de la valeur au monde rural, et poser les bases d’une souveraineté alimentaire durable.

Le choix appartient désormais aux décideurs. Mais une chose est certaine : le pays ne peut plus attendre.

Talot Bertrand, Ing-Agr. M.Sc

Spécialiste en éducation relative à l’environnement

Téléphone : +50937335953E-mail : promodevhaiti@gmail.com

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