La circulaire du CBIM qui pénalise les femmes policières enceintes est une violation flagrante des droits fondamentaux et un recul inadmissible pour l’égalité.
La Police nationale d’Haïti ( PNH) vient de franchir une ligne rouge. Par une simple note interne, le Corps des brigades d’intervention motorisées (CBIM) a décidé d’exclure automatiquement toute femme enceinte dans les 18 mois suivant son intégration, et ce, « sans aucune considération ». Ce texte, d’une brutalité administrative rare, ne se contente pas d’être discriminatoire : il est illégal, inhumain et contre-productif. Il mérite une condamnation sans équivoque.
Une violation manifeste des droits des femmes
Cette mesure est une attaque frontale contre les droits reproductifs des femmes. En quoi une grossesse rend-elle une policière inapte à servir ? Aucune explication médicale ou opérationnelle n’est fournie. Pire : les hommes ne subissent aucune restriction comparable, ce qui prouve bien le caractère sexiste de cette décision.
Haïti a pourtant ratifié des conventions internationales interdisant de telles discriminations (CEDEF, Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels). La Constitution haïtienne elle-même garantit l’égalité entre les sexes (art. 17). Cette circulaire est donc illégale. Mais au-delà du droit, c’est une question de dignité : peut-on accepter qu’une institution publique impose aux femmes de choisir entre leur carrière et leur vie privée ?
Une logique punitive absurde
Le prétexte « opérationnel » avancé par le CBIM ne tient pas. Si la formation ou les missions spécifiques justifiaient des restrictions temporaires, celles-ci devraient être fondées sur des critères médicaux objectifs – et non sur une exclusion automatique. D’autres forces de police dans le monde gèrent des cas similaires sans recourir à de telles mesures rétrogrades.
En outre, cette politique va aggraver les problèmes de la police haïtienne :
– Démotivation des effectifs féminins : pourquoi rejoindre une institution qui vous pénalise pour un choix personnel légitime ?
– Pénurie aggravée : la Police nationale a déjà du mal à recruter et à retenir ses effectifs. Exclure des agentes formées à cause d’une grossesse est un non-sens managérial.
-Image désastreuse : quel message envoie-t-on aux jeunes filles haïtiennes ? Qu’elles doivent renoncer à leur vie familiale pour servir leur pays ?
Un réflexe patriarcal qui doit cesser
Cette circulaire s’inscrit dans une tradition toxique : celle qui considère que la maternité est un « problème » professionnel plutôt qu’un droit fondamental. Elle rappelle les pratiques de certains employeurs privés qui licencient discrètement les femmes enceintes – sauf qu’ici, c’est l’État lui-même qui institutionnalise la discrimination.
Pire encore, le ton de la note (« sans aucune considération ») témoigne d’un mépris glaçant. Comme si une grossesse était une faute professionnelle plutôt qu’un événement naturel et souvent joyeux.
La ministre des Droits des femmes doit réagir
Il est inadmissible que cette circulaire n’ait pas encore été dénoncée par les plus hautes autorités. La ministre à la Condition féminine et aux Droits des femmes doit exiger son retrait immédiat. Les associations de droits des femmes et syndicats au sein de la PNH doivent dénoncer cette note. Quant à la communauté internationale, elle ne peut rester silencieuse face à une violation aussi flagrante des droits humains.
En 2025, il est intolérable qu’une femme doive choisir entre son uniforme et sa maternité. La police haïtienne doit protéger les droits, pas les piétiner.
Marc-Dalème ACCÉUS

