LE RÉSULTAT DES LÉGISLATIVES AMÉRICAINES : SIGNE DE LA FIN DU TRUMPISME?
Par Ducasse Alcin
Le raz-de-marée rouge qu’espéraient tant les républicains ne s’est pas produit. La montagne n’a en fait accouché que d’une souris. Cinq jours après le déroulement du scrutin, le dépouillement des bulletins n’a permis aux candidats républicains de grappiller que quelques sièges en plus au niveau de la chambre des représentants. L’incertitude plane toujours sur le fait de savoir qui aura la majorité. La chance est à ex æquo. Quant au Sénat, chez les démocrates l’ambiance est plutôt jubilatoire puisqu’ils viennent d’en avoir le contrôle grâce à leur victoire au Névada. Ils n’ont plus besoin de la Georgie pour obtenir la majorité.
Pourtant, cela relève d’une réalité proverbiale aux Etats-Unis que le parti détenant la présidence se fasse tabasser aux élections de mi-mandat. Les deux seules fois où cela n’a pas été possible remontent à 1935 et 2002. En 2018 par exemple, les républicains en ont pris pour leur grade quand les démocrates ont raflé les mi-mandat.
Qu’est-ce qui est différent cette fois? Pourquoi certains républicains rendent-ils l’ancien président responsable de cette déconfiture? Se pourrait-il que cette situation constitue l’écriture sur le mur pour le trumpisme ? Ce sont là autant d’interrogations qui méritent d’être élucidées.
On dira ce qu’on dira, Donald Trump peut se targuer d’avoir pu maintenir une emprise constrictrice sur son parti durant les six dernières années. En un rien de temps, l’électorat républicain l’a acclamé comme un messie, en dépit de sa rhétorique vénéneuse qui contribue largement à polariser la société américaine. Mais les élections du 8 novembre dernier semblent avoir laissé apparaître une certaine craquelure dans la popularité de l’ancien président.
En effet, fort de son influence au sein de son parti, Donald Trump a aliéné tout potentiel concurrent qui pourrait se mettre sur son chemin, piaffant tout seul sur le champ de jeu. Ne se fiant qu’à son instinct il a délibérément ignoré les suggestions des stratèges du parti qui l’encouragaient à se tenir à carreau. Étant quelqu’un qui crève d’attention, l’ancien chef d’état prit sur lui de choisir lui-même les candidats dans des États revêtant une importance capitale pour les républicains.
Guidé par un égo maladif doublé d’un narcissisme dérangeant, au cours primaires, par exemple, ceux qui ont eu la chance de décrocher la timbale sont ceux qui se sont abaissés pour baiser sa bague.
Avec Trump c’est l’ineptocratie. Pas besoin d’être un pédigrée en politique pour bénéficier de l’imposition de ses mains. La condition sine qua non est celle-ci : le candidat doit embrasser toutes ses conneries et adhérer aux théories du complot les plus farfelues auxquelles il ajoute foi lui-même.
En conséquence, les candidats qui auraient pu aider les républicains à combler le déficit ont tous été mis sur le banc de touche pour frayer le chemin aux flagorneurs de monsieur Trump. Le leader de la minorité du Sénat, Mitch McConnell avait des mois à l’avance prédit cette débâcle quand il disait que si son parti perdait les élections de mi-mandat, la faute serait imputable à ces candidats incompétents approuvés par l’ancien occupant de la maison blanche. Une façon doigtée de critiquer le mogul de l’immobilier.
Le succès d’une campagne électorale repose non seulement sur la qualité des candidats mais aussi et surtout sur le genre de message dont ils sont porteurs de manière à séduire les électeurs.
L’objectif poursuivi par les stratèges du parti républicain était simple : présenter les élections comme un référendum sur les deux années de gestion de Biden. Donald Trump a tout galvaudé par sa présence écrasante dans la campagne électorale, oubliant qu’il traîne derrière lui une pile de linges sales. Donc, au lieu de placer les projecteurs sur Biden, Trump a volé la vedette pour être au cœur des débats.
Cette piteuse performance des candidats républicains le 8 novembre dernier a valu une avalanche de critiques à l’endroit de Donald Trump. Les plus cinglantes viennent de l’aile la plus conservatrice du parti, des gens qui ont toujours été à tu et à toi avec lui. On citera en autres Laura Ingraham de Fox News, Peggy Noonan de Wall street journal, sans mentionner d’autres éditorialistes de renom appartenant à des magazines aussi prestigieux que le New York Post et le Daily mail.
Parlant de Wall street journal justement, le titre de son magazine du vendredi se lit comme suit : « Trump est le plus grand loser de cette élection « . Sous la plume de son éditorialiste légendaire Peggy Noonan, on pouvait lire » par sa perte épique, Donald Trump est devenu un poison violent pour son propre mouvement ».
Le Daily mail a pour sa part déclaré que l’ancien président a « enfoncé le dernier clou de son cercueil politique », allant jusqu’à dire qu’il est temps que Donald Trump jette l’éponge. Même Newt Gingrinch, un admirateur de première loge de l’ancien locataire de la Maison blanche l’a subtilement encouragé à s’écarter pour laisser apparaître des visages frais. Mais tout le monde sait que l’ancien chef d’état n’en fait qu’à sa tête. Lui demander de tirer sa révérence est comme lui demander de remplir les tonneaux des Danaïdes. Il n’est pas assez grand pour faire ce geste gracieux.
Si l’on en croit les prédictions des experts, les résultats prouvent que le trumpisme serait sur le point de se désagréger. Même les plus fervents suppôts de ce mouvement ayant contribué à son édification commencent à mettre les pieds sur terre et réclament une alternative à monsieur Donald Trump. Cette alternative ils croient la trouver dans la personne du gouverneur de la Floride, Ron de Santis, qui, propulsé par son écrasante victoire en Floride devient la coqueluche de la droite. Ce qui, à n’en pas douter, rend Trump fou de rage !
Toutefois il faut reconnaître qu’il est trop tôt pour savoir si oui ou non ces élections vont vraiment avoir un impact négatif sur la cote de popularité de Donald Trump au sein des républicains. Car, en dépit de tout, un pan considérable du parti continue de voir en lui son champion pouvant tailler des croupières aux démocrates. Le trumpisme transcende Trump, il ne se limite pas seulement à lui. Decapitez-le, comme l’hydre de lerne il repoussera à travers d’autres embranchements tels que le Gouverneur de la Floride mentionné plus haut qui est en un produit brut.
Ducasse Alcin

