Lundi 10 octobre 2022 ((rezonodwes.com))–
Si l’on en croit Joe Biden, un cataclysme nucléaire se dessine à l’horizon. Dans un dîner de levée de fonds pour le parti Démocrate jeudi dernier, Il n’y est pas allé par quatre chemins pour avertir le monde du danger. Voici en quels termes il s’est exprimé: « Nous n’avons pas été confrontés à la perspective d’une apocalypse depuis Kennedy et la crise des missiles cubains »
Plus loin, dans cette même intervention, le président américain enchaîna : » Nous avons affaire à un homme que je connais très bien et je peux vous dire que Vladimir Poutine ne plaisante pas quand il parle d’un usage potentiel d’armes nucléaires tactiques ou d’armes biologiques ou chimiques, car son armée, on pourrait le dire, est très peu performante »
De nombreux observateurs se disent stupéfaits par l’aspect sinistre de tels propos et voici la raison : ce n’est pas le ton habituel de Biden. Tout au long du conflit, il a toujours su garder une approche mesurée de manière à ne pas susciter le courroux du chef du Kremlin.
L’objectif est d’aider l’Ukraine tout en évitant de jeter de l’huile sur le feu. Car à Washington on se met en tête que Poutine est un irascible qu’il faut prendre avec les pincettes.
Comment donc décrypter les propos de Biden? S’agit-il d’un lapsus d’un homme arrosé par le vin puisqu’il les a prononcés lors d’un banquet, ou il y a-t-il péril en la demeure ?
Même si le président américain est connu comme une machine à gaffes, tout semble indiquer que le ton dramatique de cette déclaration a été délibéré. Quelque chose qu’il laissait échapper non pas dans la presse mais en circuit fermé. Pour ceux qui sont dubitatifs des propos du chef de la Maison Blanche ils doivent se rappeler que par le truchement de la CIA, Biden dispose des informations de première main, inaccessibles aux non-initiés. Il vit dans le secret des dieux. Il se peut qu’il ait des antennes au sein même du Kremlin qui l’informent de tout ce qui se dit.
D’ailleurs, il n’en est pas à son coup d’essai. On se rappelle que le 18 février écoulé, il avait prédit avec exactitude l’imminence de la guerre en Ukraine. Même quand Poutine essayait de berner tout le monde en prétendant qu’il s’agissait de simples manœuvres militaires, le président américain se disait « convaincu » que le sort en était jeté pour la Russie de lancer les assauts. Et quelques jours plus tard tout se passait comme les services de renseignement américains l’avaient prédit.
Ce qui ajoute encore plus aux appréhensions est lié aux rumeurs persistantes faisant croire que Poutine aurait déjà ordonné à ses armes nucléaires tactiques de mettre le cap vers les eaux territoriales de l’Ukraine.
Les interventions de Karine Jean-Pierre n’auront pas suffi à dissiper cette crainte. Faisant montre d’un léger décalage par rapport à son patron, au cours d’un de ses briefings quotidiens, elle se voulait rassurante pour dire que l’administration n’est pas au courant d’un quelconque mouvement d’armes de ce genre dans la région.
Un conseiller de la Maison Blanche a abondé dans le même sens que la Secrétaire de presse pour démentir ces rumeurs selon lesquelles la Russie serait prête à lancer l’offensive atomique.
Mais, on notera qu’au prélude de cette déclaration de Joe Biden, soit le mercredi écoulé, le chef d’État polonais Andrzej Duda avait formulé une requête auprès du gouvernement américain qui montre tous les sous-jacents de cette crise. Son objectif : convaincre les Américains à installer des missiles nucléaires sur son territoire, en vue de contrer la menace russe.
À rappeler que durant la guerre froide, la Pologne a été le théâtre d’un pareil bras de fer nucléaire lorsque L’URSS décidait d’installer ces genres d’obus ur son sol. En représailles, les Américains ont fait de même en Allemagne de l’Ouest.
Pourquoi la Pologne soumettrait-elle une pareille demande au gouvernement américain si elle ne se savait pas en danger imminent? S’agirait-il d’une simple question de prévention ?
Quoi qu’on en dise la menace est bien palpable. Les observateurs affirment qu’à travers ses propos le chef d’État américain visait trois objectifs : avertir le peuple américain du danger, dans le même temps singulariser le caractère cabochard de Poutine et enfin le mettre en garde contre le danger qu’une telle action entraînerait comme conséquence.
Biden a aussi pointé du doigt les raisons qui pousseraient le leader russe à se retrancher derrière une position si radicale quand il dit que « l’armée russe est très peu performante » sur le terrain.
Le président américain n’est pas le seul à souscrire à ce postulat. Des experts militaires américains et étrangers ainsi que les journalistes présents sur le terrain font écho à ce point de vue. Pour eux le chef du Kremlin se retrouve le dos au mur. Toutes ses options ayant déjà été épuisées, il ne lui reste que l’alternative nucléaire.
Pris entre deux feux, Poutine cherche une porte de sortie honorable. Pour lui il est hors de question de capituler. Mais la réalité du terrain le gifle de plein fouet au visage. Car chaque fois que l’Ukraine fait des avancées importantes dans la guerre, la morale de ses troupes en ressort galvanisée.
Les difficultés de Poutine ne viennent pas seulement de l’extérieur, elles sont internes aussi. Il est en butte à d’intenses pressions venant notamment des ultra-orthodoxes de la ligne d’extrême droite de son régime. Ils le pressent pour une approche plus musclée en Ukraine quitte à la rayer de la carte ! L’un d’eux est un colonel qui a combattu dans la guerre en Tchétchénie. Il a même qualifié Poutine de « Clown » en raison du délitement ostensible de ses troupes dans cette guerre.
Un autre détail important : lorsque le président américain évoque l’hypothèse de l’apocalypse, c’est une façon de faire comprendre à Poutine que son armée ne s’en sortirait pas indemne au cas où il passerait à l’action.
La grande question maintenant est de savoir en quoi consisterait la réponse des Américains devant un tel scénario. Adopteraient-ils l’approche de la loi du talion pour venger l’Ukraine ?
On s’en doute ! Car les Yankees ne semblent pas vouloir aller aussi loin pour lancer une attaque nucléaire contre la Russie. Car ils savent que ce serait suicidaire. La Russie n’est ni l’Irak ni l’Afghanistan. Ils opteraient plutôt pour une réponse d’ordre conventionnel.
C’est ce qu’a déclaré le général retraité David Petraeus (ancien directeur du service d’intelligence américaine) lors d’une interview accordée à la chaîne de télévision CBS. Il expliquait qu’en cas d’attaque nucléaire en Ukraine, l’armée russe en sortirait édentée puisque L’O.T.A.N en profiterait pour détruire sa flotte maritime dans la mer noire, sans parler des pertes incommensurables qu’elle enregistrerait sur le terrain.
Mais il a écarté l’option nucléaire. La grande inconnue de l’équation la voici : quelle serait la réponse de Poutine si les troupes américaines participaient directement dans la guerre? Irait-il jusqu’à lancer des missiles intercontinentaux nucléaires sur les États-Unis? Comme l’a dit don Rodrigue dans le Cid : des deux côtés le mal est infini. La troisième guerre mondiale semble être à seulement quelques coudées de nos portes!
Ducasse Alcin

