S’opposer à la présence d’une force étrangère en Haïti afin de mater les gangs est vu par l’historien Georges Michel comme une prime à l’impunité. La liste d’âmes fauchées par la cruauté des gangs, de familles économiquement ruinées par le kidnapping, de citoyens contraints de laisser le pays pour fuir la terreur des caids «Izo», «Lanmò san jou», «Krisla», «Barbecue», «Ti lapli» est infinie.
Mardi 11 octobre 2022 ((rezonodwes.com))–
Une résolution du gouvernement de facto de solliciter le déploiement d’une force étrangère en Haïti provoque déjà des gorges chaudes. Mais, il est d’une vérité de la palisse que la facture des exactions des gangs armés est salée.
Des femmes et enfants assassinés à Martissant, des socioprofessionnels kidnappés et tués, des familles décapitalisées après avoir payé des rançons, des policiers exécutés à Village-de-Dieu, à Laboule, à Croix-des-Bouquets doivent interpeller. Des nourrissons qui meurent dans des hôpitaux faute de carburant doit révolter les consciences. Il souligne les défis pour des entreprises privées de tenir en raison des pertes financières accumulées.
À Torcel, les hommes armés de Vithelomme accélèrent leur offensive meurtrière sur la population civile. Des citoyens sont assassinés, des résidences sont attaquées et pillées, des jeunes se font violer et enlever. Une partie du littoral de Port-au-Prince, de Martissant 23 à Lafiteau, est sous l’emprise des assassins dirigés par «Izo». Le trafic interurbain depuis plus d’un an est inexistant entre l’Ouest et le Grand-Sud en raison des escalades de violence armée entretenues par les gangs, rappelle Georges Michel, dans le cadre d’une interview accordée à radio Kiskeya.
Il n’est plus opportun de brandir un nationaliste «faux semblant» en observant, avec l’âme en peine, la société s’effondrer sous les ordres des hors-la-loi. Pour le médecin, il faut voir le verre à moitié vide et à moitié plein. La Police nationale d’Haïti (PNH), depuis 2020, a toujours été mise en déroute par les gangs, signe que l’autorité de l’État est en berne.
La capitale haïtienne est ceinturée par des groupes criminels qui imposent la terreur, asphyxient l’économie, défient l’ordre public, démantèlent le système judiciaire haïtien. De l’avis de l’historien, le diagnostic des conséquences attribuées au climat de l’insécurité est préoccupant, même s’il reste à défendre l’orgueil d’un peuple libéré au prix du sang.
Mobiliser troupes, ressources humaines et matérielles en faveur d’Haïti pour maitriser les fractions armées qui enlèvent des vies, relève d’une option périlleuse pour l’administration Biden à l’aube des élections mi-mandat, reconnait on, cependant la situation haïtienne frôle une crise humanitaire sans précédent.
Il est inconcevable de continuer à assister à la mort lente d’Haïti, alors qu’il existe des alternatives. Le discours qui désapprouve la présence de forces militaires étrangères pour vaincre les gangs peut se prêter le flanc à l’international réticent à appuyer la PNH sur la base que la situation est moins grave. Le médecin redoute un territoire totalement assiégé par les gangs et qu’il serait plus tard impossible de redresser la barre.
Pour l’heure, l’agenda en instance d’application en Haïti doit être dessiné avec ou non des forces étrangères en première ligne dans le combat contre les gangs. Mettre en déroute les puissances de feu des groupes armés pour rétablir la paix nécessitent des moyens proportionnels.
Hervé Noël
vevenoel@gmail.com

