Lettre ouverte au Premier ministre de facto d’Haïti, Dr Ariel Henry
Boston, le 14 octobre 2022
Etats-Unis d’Amérique
Docteur Ariel Henry,
Premier ministre de facto d’Haïti
En ses bureaux. –
Monsieur le premier ministre de facto ;
Je prends acte de la résolution adoptée en conseil des ministres et publiée dans le journal officiel Le Moniteur # 29 du 07 octobre 2022 vous autorisant à solliciter et obtenir de la Communauté internationale le déploiement d’une force étrangère armée sur le sol national. Selon le document produit, cette décision a pour justificatif l’insécurité qui sévit sévèrement dans les villes et provinces d’Haïti consécutive à la prolifération des gangs armés, la réapparition de l’épidémie du choléra.
Je formule sans réserve ma désapprobation face à une telle décision pour les raisons que voici :
D’abord, cette résolution ainsi que toute autre décision du même genre par le passé sont, dans la forme et le fond, contre nature aux principes institutionnels de base de la création et du fonctionnement de l’Etat d’Haïti en sa qualité d’Etat souverain et indépendant ;
Ensuite, elle ne définit pas les termes, conditions et la durée devant constituer les tenants et aboutissants de cette éventuelle mission/intervention militaire étrangère dans le pays. Car, si les gangs peuvent être dénombrés, localisés, il n’en est pas ainsi pour les membres qui sont éparpillés dans la nature, or, l’étranger occupant derrière son fusil ne fera pas de quartier à tout ce qui bouge dans un pays assiégé, occupé militairement. Cela dit, une intervention militaire étrangère en Haïti ne fera que plonger le pays dans le plus profond désarroi sécuritaire. D’ailleurs, l’expérience des récentes occupations militaires étrangères d’Haïti inscrites ou non dans des missions de l’Organisation des Nations -unies (ONU) n’a jamais aidé Haïti à sortir du cycle des escalades. Tant s’en faut !
En revanche, face à la grave crise de l’insécurité qui met les forces publiques en déroute, les familles haïtiennes aux abois, je vous suggérais d’obtenir dans le cadre d’une coopération productive et sincère avec des nations sœurs ayant elles-mêmes fait l’expérience de la même problématique de l’insécurité une assistance technique et logistique aux Forces Armées d’Haïti (FAD’H) pour permettre à celles-ci de conduire des opérations tactiques face au phénomène des gangs armés dans le pays, eu égard à sa mission constitutionnelle de Sécurité du territoire national et de Protection des vies et des biens ,puis alternativement renforcer la Commission Nationale de Désarmement ,Démantèlement et Réinsertion (CNDDR) en lui dotant de l’expertise nécessaire pour de meilleurs résultats à ses programmes.
Monsieur le Premier ministre de facto, la gestion et la Sécurité du territoire, la Protection des vies et des biens relèvent de la responsabilité régalienne. On ne les confie pas à des tiers.
La présence de troupes militaires étrangères en Haïti au même titre que l’existence de groupes armés qui assiègent les villes et provinces haïtiennes sont en violation flagrante de l’article 263-1 de la Constitution haïtienne du 29 mars 1987 amendée. A ce titre, la résolution du Moniteur #29 doit être rapportée et considérée comme nulle et non avenue.
Salut et Respect !
Me Jodel Coupet
Avocat

