Après le tremblement de terre, les familles de Chardonnières se relèvent à peine.
par Molière Adely
Un tremblement de terre a frappé le sud-ouest d’Haïti le 14 août 2021, laissant près de 2 200 morts, 12 700 blessés, et affectant environ un demi-million d’enfants. Six mois plus tard, l’UNICEF continue d’aider les familles, et surtout les enfants, qui ont été les plus touchés. Dans la région de Chardonnières, et avec le soutien de l’UNICEF, des dizaines de familles reçoivent une formation en matière de santé et de nutrition par le biais de plusieurs « Clubs des Mères ».
« Je lui donne à manger quand je peux. Certains jours, je lui donne juste du pain et du beurre de cacahuète, mais ce n’est pas suffisant », dit Vita Lubin, 53 ans, à propos de sa petite-fille Syndia Célestin. C’est pourquoi elle participe au Club des Mères qui se réunit une fois par mois dans une église de son quartier à Bousquette.
Odena Michel, 46 ans, collaboratrice bénévole et agent de santé communautaire formée, nous explique que ce club a ouvert en 2011, lorsqu’elle a commencé à former les mères et a créé plusieurs groupes.
« Je prépare des activités de formation à l’hygiène et à la nutrition, des démonstrations de cuisine, et j’examine également les filles et les garçons. »
Vita Lubin est membre du Club, et une grand-mère engagée qui assiste régulièrement aux réunions pour améliorer la vie présente et future de sa petite-fille. Un foyer et une étreinte chaleureuse ne suffisent pas toujours. Syndia est devenue orpheline à l’âge de neuf mois à la suite du tremblement de terre dévastateur qui a secoué le sud-ouest d’Haïti en août 2021. Sa mère, malade et alitée, n’a pas pu courir pour se mettre à l’abri et ses jambes ont été écrasées par les débris. Elle est morte quelques mois plus tard.
L’activité de Vita comme vendeuse de nourriture ne suffit pas, et ses économies ont disparu lorsqu’elle a dû faire face à la maladie de sa fille. Elle vit désormais dans un quartier pauvre de Chardonnières avec le bébé et d’autres membres de sa famille. En plus d’être orpheline de mère, Syndia souffre de malnutrition sévère aiguë. Malgré tous ses efforts, Vita ne dispose pas des ressources nécessaires pour répondre aux besoins alimentaires et aux soins de sa petite-fille. Dans une situation où toute aide est la bienvenue, les Clubs des Mères jouent un rôle clé.

Le Club des Mères local avait interrompu ses activités après le tremblement de terre, mais a lentement repris les réunions. L’objectif est de mobiliser les femmes pour améliorer la situation nutritionnelle des enfants de la région.
« Grâce au Club des Mères, ces dernières années, il y a eu moins d’enfants souffrant de malnutrition dans la région », explique Odena.
Il y a actuellement 179 clubs en activité dans la région du Grand Sud et, bien que ces groupes existent depuis des années, ils prolifèrent grâce au soutien de l’UNICEF au Ministère de la Santé.
« L’UNICEF, par le biais du projet de Services de Santé Intégrés pour les Adolescents et les Femmes (SSIAF), a coopéré avec le Ministère pour la formation des ASCP (Agents de Santé Communautaire Polyvalents). Il nous aide également avec les clubs, en soutenant les activités que les mères organisent mensuellement », explique Céline Percy Élysée, coordinatrice de santé infantile du Département de la Santé du Sud. Le projet SSIAF est financé par le Canada et mis en œuvre par l’UNFPA, l’ONUSIDA, l’OPS, l’OMS et l’UNICEF.

Changement d’habitudes
Comme dans le reste des communes du sud d’Haïti, le tremblement de terre a détruit ou endommagé une grande partie des maisons et des bâtiments de Chardonnières. De nombreuses familles se sont retrouvées sans abri, confrontées à l’incertitude, aux pénuries alimentaires et au manque d’accès aux services les plus élémentaires, notamment l’eau potable.
Eveline Dominique Chery, Responsable Santé/Nutrition à UNICEF Cayes, estime que le tremblement de terre a complètement changé la vie des habitants de la Côte-Sud d’Haïti. Les familles ont dû changer leur régime alimentaire : « Il est devenu très difficile pour les gens d’accéder à la nourriture qu’ils avaient l’habitude de consommer. Certaines familles ont même réduit le nombre de repas quotidiens qu’elles donnent à leurs enfants, d’autres ont changé leur façon de cuisiner. Tout cela a eu un impact très fort sur la nutrition des enfants de Chardonnières », explique-t-elle. Six mois plus tard, la situation n’a quasiment pas évolué.
L’UNICEF estime que près d’un demi-million d’enfants ont été affectés par le tremblement de terre, avec peu ou pas d’accès à un abri, à l’eau potable, aux soins médicaux et à la nutrition.
« Le taux global de malnutrition aiguë au niveau national est de 6 %. Dans le sud, il est de 4,7%, mais ce chiffre a probablement augmenté après le tremblement de terre », explique Eveline.

La malnutrition infantile en hausse
Depuis le tremblement de terre, l’UNICEF et le Ministère de la Santé ont fait passer des tests de malnutrition aiguë à 21 800 enfants de moins de cinq ans. Parmi eux, plus de 1 100 enfants ont été traités pour malnutrition aiguë et 3 700 pour malnutrition aiguë modérée. L’UNICEF a disposé d’emblée de fournitures nutritionnelles d’urgence pour prendre en charge 27 000 enfants souffrant de malnutrition aiguë dans les régions des Nippes, du Sud et de la Grand’Anse.
Mantoute Marie Rolande est infirmière au Centre de Santé Sainte Anne à Chardonnières, et l’une des personnes qui gère les services de nutrition et de vaccination des enfants. « Ces derniers mois, nous avons détecté plus d’une dizaine d’enfants souffrant de malnutrition », explique-t-elle.

Le 1er février 2022, elle a accueilli à l’hôpital Syndia Célestin, qui a passé un bilan de santé pour la première fois depuis sa naissance. Après l’avoir examinée, Mantoute a administré plusieurs doses de vaccins au bébé et a donné à sa grand-mère Vita du « Plumpy’Nut » pour qu’elle continue à la nourrir à la maison. Le « Plumpy’Nut » est une pâte à base d’arachide, un aliment thérapeutique prêt à l’emploi, facile à administrer pour le traitement de la malnutrition aiguë sévère.
Vita dit qu’avant de rejoindre le club, elle ne savait pas du tout comment cuisiner sans utiliser des cubes de bouillon dans les repas, « mais maintenant je suis une personne différente. »

Wilnèse Mogène, 31 ans, a vécu une expérience similaire. Elle vit avec sa fille, Wiltana Beaudier St-Cyr, à Lapas 2, un arrondissement de Chardonnières. En 2016, elle a été invitée par Odena à rejoindre le club. « Grâce au Club des Mères, j’ai appris beaucoup de choses. Ils m’ont enseigné les principes d’hygiène et de nutrition. J’ai appris à équilibrer ce que l’on mange à la maison », explique-t-elle.
La formation qu’elle a reçue au sein du club lui a permis de mieux nourrir sa fille de 10 ans.
« Auparavant, ma fille avait souvent des maux de tête. Elle ne comprenait pas ce qu’elle étudiait. Depuis que j’ai commencé à lui servir des repas équilibrés, elle n’a plus de maux de tête. Maintenant, elle étudie bien et retient toutes les leçons », explique Wilnèse.
Wiltana, une élève de cinquième année, dit qu’elle a toujours peur lorsqu’il y a des tremblements de terre, mais cela ne l’empêche pas de rêver à son avenir : « Quand je serai grande, je veux être infirmière pour pouvoir soigner les malades. »
UNICEF

