RAPHAEL PAUL GUSTAVE MAGLOIRE
Vendredi 21 janvier 2022 ((rezonodwes.com))–
Ce 12 janvier 2022 marquait le douzième anniversaire du grand séisme qui a frappé le département de l’Ouest du pays et une partie du Sud-est. Rappelons que nous n’étions pas parés à affronter les effets de ce cataclysme, qui fut le plus désastreux de notre histoire. Il a causé la mort de 320,000 personnes au moins, et entraina aussi 1 million au moins de blessés qui portent la marque de ce jour funeste dans leur corps et dans leur cœur. Chacun de nous avait perdu quelqu’un, soit un membre de sa famille, un parent, un ami, ou tout simplement une connaissance. Nous avons tous ressenti cette grande douleur comme une déchirure. Les maisons en bêton construites sans aucun égard pour les règles de l’art s’étaient effondrées comme des châteaux de sable sur une plage frappée par la bourrasque. D’innombrables vies ont été ensevelies vivantes sous les décombres. Les monticules de cadavres étaient partout pendant des jours malgré de grands efforts déployés par nos volontaires et ceux qui étaient venus de loin nous apporter leur aide et du secours. C’était un peu ça le 12 janvier 2010, et bien pire encore dans la mémoire de ceux qui ont été les victimes directes.
Mais, qu’avons-nous fait depuis de différent de ce que nous avons toujours fait avant pour éviter qu’un tel désastre ne se reproduise? Le 14 aout 2021 le Grand-Sud du pays, qui est constitué de 4 départements géographiques, a été frappé par un séisme de magnitude 7.2 aussi. Nous n’avons pas été mieux préparés à l’impact. Malgré la faible densité du bâti en béton dans cette région, 60% des constructions ont été détruites. Nous avons compté plus de 2000 morts et plus d’une dizaine de milliers de blessés. Des spécialistes haïtiens et étrangers, tel que l’ingénieur Claude Prépetit, nous répètent que Haïti est entrée dans une période d’intense activité sismique. Le pays est sillonné de failles. Donc, à n’importe quel moment une faille qui rentre en activité pourrait provoquer un autre cataclysme causant des pertes énormes en vies et en biens. La faille Septentrionale dans la région du Grand-Nord avait provoqué un séisme suivi de tsunami, en 1842, qui détruisit Cap-Haitien, tua la moitié de la population et causé de grands dommages de Fort-Liberté dans le Nord-est, aux Gonaïves dans l’Artibonite. Dans le cas d’un nouveau séisme de grande magnitude accompagné d’un tsunami, la partie basse de la ville du Cap-Haitien risque d’être submergée.
Allons-nous continuer avec nos querelles et zizanie politiques sans nous occuper de nos grandes priorités, tout en gardant l’espoir que les voisins viendront nous secourir à chaque fois que le désastre frappera à notre porte ? Allons-nous arriver à nous mettre vraiment ensemble pour finalement commencer à construire ce beau pays que les patriotes de 1804 nous ont légué au prix du sacrifice de leur sang versé sur les champs de bataille.
Nous vivons maintenant dans un pays ou les trois pouvoirs qui forment l’État sont à plats ventre. Pour l’exécutif, le dernier chef d’État élu, Président Jovenel Moise, dans des élections que des secteurs continuent de contester la validité, a été assassiné chez lui. Oui, la nuit du 6 au 7 juillet 2021, le Président de la République d’Haïti, a été tué chez lui, dans sa chambre, entouré de 25 membres de sa garde personnelle, sans aucun d’eux n’ait été blessé, voir tué. On nous dit, que le Président a été tué par des mercenaires qui sont venus de l’étranger. Mais, après 6 mois personne n’est trop sûr des raisons de son assassinat, ni qui sont ceux qui ont commandité ce régicide. Un vrai imbroglio. Si c’est la justice qui élève un pays, donc nous sommes enfouis sous terre ! Enfin, même le Bâtonnier de l’Ordre des Avocats, Me Monferrier Dorval a été assassine par balle devant la porte de sa maison. La justice n’arrive à dire non plus qui l’a tué et pourquoi.
Tout le système politique du pays ne se porte pas mieux. Il est à terre aussi. Pour mieux comprendre ce problème, au sommet de l’État tout le monde est en position de facto, Sauf pour 10 membres du Sénat qui sont sortis d’élections régulières, mais qui sont en fait une relique de la république. Car, ce vestige est sans utilité réelle. Il n’a pas suffisamment de membres pour siéger avec un quorum légal pouvant lui permettre, par exemple, d’approuver le conseil d’administration de la Banque Centrale du pays. Le pire, personne ne sait quand nous allons avoir les prochaines élections comme dans toute démocratie qui se respecte. Nous ne savons pas non plus sur quelle constitution ces élections pourraient avoir lieu, ni quand, STP.
Sur le plan économique, nous marchons à reculons. La production Intérieure du pays, en effet, a recule de 5% en 3 ans ; 80% de la population est devenu plus pauvre et le prix des produits que le peuple consomme chaque jour augmente très vite avec un taux d’inflation au-dessus de 20%. N’était-ce la solidarité internationale qui donne de moins en moins après chaque séisme, sècheresse et cyclone, et nos compatriotes qui vivent à l’étranger, bon nombre de nos frères et sœurs n’auraient que des pierres en terre à se mettre sous les dents. C’était arrivé une fois, comme dans un conte d’horreur propre à effrayer les enfants de tous âges.
C’est une population qui chante encore, mais les fêtes de fin d’année sont maintenant des époques très tristes. Beaucoup d’enfants vont grandir, si cela continue comme ça, sans jamais connaitre l’ère de l’électricité et tout le plaisir que cela donnait de sortir un verre d’eau glacée de son réfrigérateur. Il y a tellement à dire et à écrire sur notre misère collective que nous sommes devenus les grands gagnants des prix littéraires. Bien sûr, cela ne suffira pas pour envoyer à l’école les 500.000 enfants qui n’ont pas été cette année.
On est devenu aussi le pays où on se souhaite Bon Combat, en lieu et place de Bonne Année. Car, nous sommes entrés en guerre avec nous-mêmes. Quand on sort de chez soi, on appel sa famille pour dire qu’on est arrivé à destination, afin que nos proches cessent de s’inquiéter. Nous avons toujours eu des bandits dans le pays. C’est une longue tradition. Mais, nous vivons aujourd’hui dans une situation ou les bandes armées ont plus de pouvoir que ceux qui dirigent nos institutions d’État. Des centaines de personnes, des véhicules privées et de transport public sont séquestrés pour demande de rançons. Après plus de 9 mois la route de Martissant est encore bloquée par des bandits lourdement armés qui tirent et assassinent qui ils veulent, quand ils veulent, sans considération pour l’âge et le sexe. Une enfant de 7 ans qui revenait de l’école en tenant la main de son père a été tuée d’une balle à la tête, un jour avant la date de son anniversaire de naissance. Une infirmière a été tuée dans l’ambulance qui l’emmenait chercher un malade. Une femme enceinte a reçu un projectile qui a tué son enfant avant sa naissance. Ces pauvres malheureux sont tués avec une très grande cruauté par des armes puissantes tirées à distance. Des dizaines d’autres passants sont tombées sous les feux des gangs armées. Quand les parents n’ont pas pu payer pour récupérer leur corps, les cadavres sont restés à décomposés sur le sol ou dans la boue où ils sont dévorés par les cochons et les chiens. Nous vivons un cauchemar affreux.
La Route Nationale #2 qui traverse la zone de Martissant, (une zone autrefois très calme), conduit à 4 départements géographiques où vit environ 18% de la population du pays. Ainsi, ce sont près de 3.6 millions de personnes dans la région du Grand-Sud qui sont piégés par la folie meurtrière des bandits armés. Ceux qui gouvernent le pays disent qu’ils cherchent encore à trouver la bonne formule pour déloger ces bandits et mettre fin à ce massacre. Car, ils veulent éviter de faire des dommages collatéraux. C’est de la pure barbarie !
Le pays vit sous le règne des bandits armés. Les victimes se comptent autant parmi les haïtiens que des étrangers qui ont le malheur de traverser une zone de non-droit. Des professionnels comme des religieux sont kidnappés par les bandits pour la demande de rançons exorbitants qui ruinent les familles. La situation c’est tellement détériorée que chacun de nous, dans le secret de son cœur, doit se poser la triste question, à savoir, combien de temps encore avant que ce soit moi ? Au pire, combien de temps encore avant que le pays cesse d’exister en tant qu’État indépendant ?
La crise Haïtienne. Peut-on arrêter la descente aux enfers ?
Cliquez sur le lien ci-dessous pour écouter un excepte de l’analyse de l’économiste Pierre-Marie Boisson, dans une entrevue avec Kesner Pharel.
La crise Haïtienne_Comment peut-on sortir de cette crise ? – YouTube
Le renforcement des forces de sécurité pour combattre le banditisme qui se répand partout ne peut être une mesure isolée. La vie s’est considérablement appauvrie dans le pays. Toutes les sphères de la société se sont dégradées par la conjonction de la mauvaise gouvernance et des désastres naturels, cyclones, sècheresses, inondations et les tremblements de terre qui ont frappés le pays avec une grande rage. Les gens sont en chômage avec peu d’espoir de trouver un travail qui leur permettrait de vivre décemment. Ce n’est pas la misère qui est responsable pour le banditisme. La cause est beaucoup plus profonde. Car, des gens très pauvres ne choisiront jamais le banditisme comme solution à leurs problèmes. Mais, un peu de bien-être encourage à pratiquer la vertu. Une grande partie de la population n’arrive pas à manger à leur faim. L’espoir de quitter le pays par n’importe quelle façon s’amenuise de plus en plus. Car, les pays voisins ont peur d’être envahis et considèrent les haïtiens comme des pestiférés dans cette époque difficile pour tout le monde avec le Coronavirus. Même les pays autrefois plus ou moins accueillants chassent les haïtiens et les refoulent en masse. Ainsi, toute une série de mesures devraient être adoptées pour permettre à la population, surtout à nos jeunes, de garder l’espoir et de reprendre confiance que demain pourrait s’améliorer pour Haïti.
Ainsi, en 2004, toute une gamme de mesures avaient été adoptées pour accompagner les mesures de sécurité. Le gouvernement intérimaire à travers le Ministère de l’Intérieur et des Collectivités, (MICT) avait adopté une stratégie systémique. Elle fut développée autour d’un programme majeur de déconcentration de Port-au-Prince, la capitale du pays. Ce programme, en fait résidait à l’Unité de Déconcentration du MICT, mais était en pratique un programme pivot autour duquel devait se réaliser des projets d’envergure en collaboration avec un nombre important d’institutions du pays. Telles que :
La Banque de la République d’Haïti, (BRH),
L’Université d’État d’Haïti (UEH)
Le Ministère des Finances (MEF)
Le Ministère du Plan et de la Coopération Externe (MPCE)
Le Ministère des Travaux Publics (MTPTC)
Le Ministère de la Condition Féminine (MCF)
Le Ministère de l’Éducation Nationale (MENJS)
Le Ministère de l’Environnement
Le Ministère des Affaires Sociales (MASS)
Le Ministère de l’Agriculture et des Ressources Naturelles
Le Conseil Électoral Provisoire (CEP)
La Commission de Garantie Electorale
La Commission sur le Désarmement et la Réintégration
L’Électricité d’Haïti (EDH) »
La CAMEP
Les projets étaient financés par les fonds du Cadre de Coopération Intérimaire (CCI), coordonnée par le Ministère du Plan. Le MICT apportait les fonds collatéraux, et contribuait aussi en personnel, de supervision selon les vœux du protocole d’entente qui était signé avec le partenaire institutionnel. Ces projets étaient traités en tenant compte du Décret du 4 Décembre 2004 relatif aux procédures de passation de marchés publics. Les projets qui étaient en cours de réalisation à la fin du mandat du gouvernement intérimaire étaient les suivantes.
Le projet signé avec le BRH pour la mise en œuvre d’un Réseau Télématique National visant à interconnecte toute l’administration de l’État par satellite, en temps réel, qui visait surtout à rendre les transactions financières, (dépôts et transferts) plus efficients; fournir le service internet gratis ou à prix réduit dans toutes les places publiques, les écoles et les universités, Ce grand projet avait établit les préliminaires pour le vote électoral électronique dans le pays…
Le projet lancé avec le Ministère des Finances pour la construction dans les 9 chefs-lieux départementaux de complexes administratifs visait à accommoder un appareil d’État décentralisé et moderne…
Un certain nombre de projets ont été lancé avec le MTPTC, tels que la construction de la route de Cap-Haitien à Ouanaminthe ; la modernisation de l’aéroport du Cap-Haitien et celle de Port-de-Paix, et la réhabilitation de routes nationales et de ponts…
La signature d’un protocole avec le Ministère de l’Agriculture pour la protection des 32 bassins versants du pays…
La signature du protocole avec le Rectorat de l’Université de l’État Haïtien et le choix du terrain fournit par le MICT pour la création de l’Université du Nord…
Un projet de garde-forestier avec le Ministère de l’Environnement pour la protection des pactes forestiers…
Et ainsi de suite…
Nous devons signaler que tous ces projets ont été conçus pour donner de l’espoir, redresser la situation économique du pays, créer du travail, améliorer les conditions de vie de la population, rehausser l’image de l’administration publique, offrir des services de qualité aux administrés et envoyer une nouvelle image de l’État Haïtien dans la perspective d’un pays engagé dans un processus de démocratisation.
Le mandat du gouvernement était limité sur deux années. Mais, les bailleurs de fonds internationaux, la Banque Mondiale, la Banque Internationale de Développements, Union Européenne, USAÏD, par exemple, nous avaient fait confiance en allouant au gouvernement intérimaire un crédit financier, dans l’ordre, de $360 millions, avec des exigences de résultats, Ce qui exigeait une gestion saine et transparente. Donc, il fallait faire vite et bien, comme on dit. Un aéropage de talents et de techniciens avec des expertises pointues dans leurs domaines fut rassemblé pour se mettre à la tâche. Des résultats ont été obtenus assez vite avec un maximum d’efficacité et d’efficience, sans magouilles ni coulages. Chacun de nous savait qu’il devait donner le meilleur de lui-même, ou risquait d’être désavoué et sanctionné. On ne priorisait ni le clan, ni la camaraderie, mais Haïti. On devait se rappeler que la vraie obligation de ceux qui dirigeaient étaient de chercher à vivre en bon citoyen, en dignité et en servant le pays. Nous parlons très peu de tout cela ces temps-ci.
Tout n’est pas perdu. Nous devons y revenir. Je vous dis à un autre soleil !
Le développement est un choix. Ce n’est pas le fait du hasard. Nous pouvons faire ce choix et gagner le pari!

