26 octobre 2026
Repose en paix Madame Amédée!
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Repose en paix Madame Amédée!

Mercredi 28 avril 2021 ((rezonodwes.com))–

Il faisait si beau avant hier Samedi matin que je m’attendais pas du tout à recevoir de mauvaises nouvelles. Pourtant, le ciel m’est tombé quand j’ai appris que Marcelle Denise Sylvestre Amédée est décédé le 20 avril dernier. Madame Amédée (comme on l’appelait affectueusement) a dedié sa vie à la promotion des  droits des femmes et des filles via le Ministère à la Condition Féminine. Son départ représente une perte pour le Ministère, la fonction publique haïtenne et le pays en général.

J’ai rencontré Marcelle Denise Sylvestre Amédée pour la première fois en août 2007. J’étais l’une des trois recrues du Ministère à la Condition Féminine. De son côté, elle était directrice de Promotion et de défense des droits des femmes au sein dudit Ministère. À ce titre, elle devait nous initier à l’élaboration, le pilotage et l’évaluation de politiques publiques relatives aux droits des femmes et des filles.

Denise Sylvestre Amédée s’est acquitée de cette tâche d’initiation (comme toutes les autres qui lui on été confiées, comme j’ai pu le constater par la suite) avec patience et sens de responsabilité. Par exemple, lors des réunions heddomadaires, elle prenait un soin fou à nous expliquer la mission du Ministère, sa structure, mais aussi son évolution. Elle s’étalait longuement sur les enjeux liés à la création de la jeune institution, son positionnement au sein de la fonction publique haïtienne et dans le champ politique haitien plus largement. Ce qui nous a permis (moi en tout cas) d’avoir une vue plus ou moins claire du travail qui nous attendait. Mais surtout de comprendre que nous prenions part à quelque chose d’important et de plus grand que nous.

Si Denise Amedée connait si bien l’histoire du MCFDF, c’est que cette histoire a démarré avec elle. En effet, elle a intégré le Ministère à sa création en 1994 pour y consacrer sa vie. Elle a débuté comme cheffe de service des ressources Humaines. Lorsque l’institution va se consolider dans les années 2004 – avec une loi organique et des règles de fonctionnement plus claires – Madame Amédée sera promue directrice de Promotion et de défense des droits des femmes, pour devenir par la suite directrice de la prise en compte du Genre. Par ailleurs, elle a souvent été designée directrice Générale par interim lorsque les titulaires partaient en vacance ou en mission. Son travail n’était pas toujours visible et visibilisé, mais il était essentiel aux politiques publiques de genre de ces 20 dernières années.

Je fais partie de celles qui pensent que l’Etat haïtien aurait dû couronner sa belle carrière en la nommant Directrice Générale ou Ministre à la Condition Feminine. J’en ai parlé avec elle ouvertement. Mais, j’ai realisé par la suite que ce n’était pas quelque chose qui l’empêchait de dormir. Elle était assez mature et rodée à la chose publique pour comprendre que les nominations politiques ne répondent pas toujours aux critères de compétence, d’ancienneté et de parité.

Vu son attachement au MCFDF – qui était l’histoire d’amour de toute une vie – Madame Amédée a mal vécu l’instrumentalisation de ladite institution. En effet, depuis plusieurs années des hommes politiques (parlementaires, président de la republique, etc) tentent systématiquement de dévoyer le MCFDF de sa mission, de le vider de son potentiel de transformation des rapports sociaux de sexe inégaux. Pour en faire une structure étatique rabougrie, uniquement apte qu’à distribuer de l’aide alimentaire et financière aux femmes pauvres ou bien commémorer quelques dates symboliques des luttes feminists ou encore un outil pour encenser des Premières dames dont l’unique mérite est d’être première. Denise Amédée détestait également le fait d’utiliser le MCFDF pour instrumentaliser les associations de femmes à des fins électoralistes . Ces oppositions ont valu à Madame Amédée bien des animosités de la part de certains acteur-e-s de l’instution plus enclin-e-s aux jeux du pouvoir. Mais Madame Amédée avait un tel niveau de sagesse qu’elle a pû cohabiter avec ces acteur-e-s en toute serenité sans renier ces oppositions de départ.

Sur le plan personnel, on dit souvent qu’on mesure le caractère profond d’une personne par sa capacité à donner et à se soucier des autres sans attendre de glorification en échange. Denise Amedée aimait offrir des cadeaux. J’ai plein de sacs et de coliers que j’ai reçus d’elle. Lorsque  les cyclônes frappaient Port-au-Prince de plein fouet, elle me téléphonait (comme à d’autres employeés du MCFDF d’ailleurs) pour s’assurer que j’allais bien. Un des détails marquants que j’ai gardé de Madame Amédée remonte à 2012 lors du décès de son époux. Ma meilleure amie Souvenire Clerveau et moi nous nous sommes rendues au veillée funèbre. Alors Madame Amédée devait composer avec son chagrin et gérer la foule venue render un dernier hommage à son mari, elle s’est assurée que Souvenire et moi avions regagné nos maisons respectives sain et sauf en nous appelant au téléphone tard dans la soirée. Souvenire a alors fait une remarque que je n’ai jamais oublié et qui parlait éloquemment en faveur de Denise Amédée. Elle a dit « tu sais qu’une personne est vraiment généreuse, lorsqu’elle continue de se soucier des autres alors qu’elle gère le décès de son conjoint ».

Denise Amédée est morte a 66 ans, cependant elle a conservé quelque chose de frais. Ce qui dévoilait à travers son amour pour la mode, la peinture, la décoration, les belles choses en général, mais plus par sa sensibilité (sans jugement ni volonté de contrôle) par rapport aux experiences des femmes plus jeunes. De sorte que même lorsqu’on était dans un rapport professionnel et hiérarchique avec elle, on pouvait sans crainte se confier à elle.

Pour finir, je présente mes sincères condoléances à la famille de Denise Sylvestre Amédée. En particulier sa fille Docteure Aglaë Amedée et ses deux fils Olivier et Roméo. J’imagin leur chagrin actuellement ! Mais, je pense qu’avoir eu Madame Amedée comme maman n’a été que joie et bénediction et que souvenir des merveilleux moments passés avec elle les aideront à trouver paix et sérénité.

Je présente aussi mes condoléances à ses collègues et ami-e-s du MCFDF. Je crois que tout au long de ces 26 belles années, en dépit des conditions organisationnelles difficiles, Denise Amedée ne leur a inspiré que de l’amour, de l’admiration et du respect. C’est ce qu’ils-elles vont garder d’elle.

Repose en paix Madame Amedée!

                                                                                                                        Natacha Clergé

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