De nouvelles orientations politiques incorporant des personnalités intègres et compétentes s’érigeraient comme la planche de salut pour sortir Haïti de cette crise incessante de l’insécurité aiguë qui dévalise, décapitalise et crispe le bien-être de toute une population. Repeindre un décor serein nécessite le renforcement du système judiciaire, le recrutement de juges honnêtes, la récupération de l’intégrité et de l’autorité de la PNH, malheureusement infiltrée par des gangsters, postule Willio Louis.
Jeudi 19 mars 2021 ((rezonodwes.com))– Ce ne sont pas tant l’intelligence et l’expertise qui manquent à la force de l’ordre ; mais surtout des incitations et des moyens adéquats aux membres de ce corps prestigieux : des moyens logistiques, des équipements modernes, des avantages sociaux à travers des cartes de santé, le logement et un accès garanti à des services hospitaliers. L’ancien inspecteur mobilisé à l’Aéroport International Toussaint Louverture, qui a vécu la grande turbulence GNB-RPK, regrette de constater que d’anciens policiers perdent le sens de l’honneur en se joignant plutôt à gangs armés, car plus rentables financièrement.
En raison de la trahison et des coups bas ordonnés par des politiciens de mauvaise foi, de courageux policiers ont été aussi livrés à des bandits pour être lynchés, à cause de leur ferme conviction d’empêcher la prolifération de gangs dans certains endroits. En urgence, il doit venir le temps où la PNH devrait être assainie en se débarrassant des ivraies. La politisation de la police nationale, contraire à sa noble mission impartiale, représente un poison létal qui sape la confiance essentielle à l’autorité et à l’honorabilité de l’institution.
Intervenant sur la plateforme Savoir-Faire, à la Radio Télé Bijou et bien d’autres débats entre compatriotes concernés par la stabilité et le développement du pays, Willio Louis entraine toujours son audience dans la sidération à la suite des informations et analyses approfondies entretenues sur l’insécurité en Haïti, notamment sur le kidnapping fou qui aggrave le contexte de vie. L’expert en sécurité et en sureté publique, aujourd’hui engagé dans la sécurité bancaire aux Etats-Unis, prône souvent l’unité dans la diversité sans écarter la vigilance des institutions à sévir contre les bras armés et les cerveaux du crime. Sans se dresser de manière verticale contre l’appui de la communauté internationale, l’ancien cadre de la PNH y exprime un scepticisme dans la volonté de ces « amis » à véritablement aider Haïti. L’acte de l’indépendance jugé comme une gifle encaissée par l’occident ainsi que l’intérêt de tels acteurs dans la cacophonie politique qui facilite des négociations déloyales sont les deux principales raisons évoquées par Willio pour asseoir son doute sur les partenaires étrangers à juguler la crise.
La sécurité fragilisée par de multiples acteurs
L’ancien responsable de brigade d’intervention de la Police Nationale d’Haïti qui observe les turbulences politiques et sociales depuis plus d’une vingtaine d’années, n’y va par quatre chemins pour pointer du doigt le pouvoir en place, l’opposition et des contrebandiers affairistes comme les responsables du chaos. L’ancien policier fustige le comportement insouciant du gouvernement qui ose fédérer des gangs, qui devaient plutôt croupir dans la prison. Selon Willio Louis, la lutte contre l’insécurité est particulièrement déstabilisée par la connivence de ceux qui détiennent les leviers politiques avec les bandits notoires. Pour corroborer son point, l’ancien cadre de la PNH a repris les propos de l’ancien général du Zaïre, Mahele Bokungu Lieko : «Quand les services de sécurité n’arrivent pas à mettre fin à la criminalité, c’est que les criminels se cachent dans les services de sécurité».
D’ailleurs, lors de son discours de sortie, l’ancien DG de la PNH, Michael Gédéon, choquait : « Les véritables criminels sont plutôt les hommes à cravate, les nantis de l’élite crasseuse, les parlementaires et les dignitaires du couloir officiel qui fournissent des armes et des munitions aux bandits opérant dans les rues et les bidonvilles. N’est-ce-pas que les récents cas de kidnapping où des véhicules impliqués, des corps du délit, sont visiblement identifiés aux immatricules OF et SE. Ce ne sont pas des mesures hâtives de la déteinte des vitres – au détriment d’une couche pendant que corps consulaires et corps diplomatiques, envahis par des financeurs de campagnes et des consuls mercantilistes qui bénéficient de franchise et de protection qui les habilitent à fonctionner sous une certaine immunité – qui apporteront des réponses soutenables à cette crise du kidnapping.
Faiblesse du cachet visible de la sécurité dans la mesure où la présence des policiers à des sites ne dissuade pas trop les criminels puisque ces derniers circulent en toute impunité, sous le jupon de parlementaires et d’officiels qui leur servent de boucliers, l’expert en sureté publique doutait également des planifications invisibles et audio-visuelles de la production de la sécurité. S’agissant de l’aspect invisible, Willio Louis fait référence aux services d’intelligence qui sont d’une importance capitale dans l’éradication de la méfiance provoquée par l’insécurité. Cependant, l’ancien cadre de la PNH reconnait que ce ne sont pas les clans ANI et BESAP, au chevet du régime en place qui sauront répondre adéquatement aux attributions d’un service secret au profit de la société.
L’approche audio-visuelle serait d’autant plus utile que la technologie facilite la géolocalisation de certains sites spécifiques susceptibles d’être sous la visière de la force de maintien de l’ordre. Malheureusement, même l’électricité n’est pas garantie pour faire fonctionner régulièrement des caméras et des drones à des axes stratégiques. Même avant d’être de facto, l’électricité 24/24 restait un vœu pieux ; des promesses creuses d’une présidence inculte qui capitalise son pouvoir uniquement sur le mensonge. Pourtant, le mensonge nourrit une forte corrélation négative avec la confiance reconnue fondamentale dans la production de la sécurité.
Un système de justice prostitué et mercantilisé
La justice élève une nation. Par contre, par les temps qui courent, la justice en Haïti est cette femme aux yeux bandés qui voit de toutes les couleurs. Willio Louis fait remarquer qu’un brigand qui ne purge pas sa peine en prison après son arrestation, représente une énorme menace pour les honnêtes agents de police et juges qui le mettraient « anba kòd ». Malheureusement pour le juge ou le policier mobilisés, si le coupable a du bois derrière sa banane ; c’est-à-dire de l’argent ou des connexions avec les responsables du chaos, sa garde à vue se vit juste comme une promenade de santé, un moment de loisir pour passer saluer des commissaires et des inspecteurs avant le coup de fil de libération à venir d’en haut. Désordre total !
Willio a également étalé que le rôle de la DCPJ, véritable auxiliaire de la justice, a été affaiblie au cours de ces dernières années d’une légèreté spectaculaire dans les affaires de la république. Tellement de véreux politiciens ayant pignon sur rue épinglés en des actes odieux que les dossiers ne sont plus traités dans l’impartialité. Depuis le départ du courageux directeur Ramil Normeau à la tête de cette prestigieuse institution, les bandits ne sont pas traqués avec la même ardeur, articule Willio Louis lors de son intervention à SFUS.
Au cours des trois dernières années, la capitale est pourrie par un kidnapping en flèche de nature « ingénieurs », quand il est connu à l’avance ; « antenne », quand il est indiqué par un informateur ; et « rabòday », lorsqu’il s’opère à l’improviste. Aujourd’hui, pas uniquement Port-au-Prince, d’autres régions à proximité dont Léogane anciennement paisibles, font les frais de ce phénomène pervers qui a perdu la tête. Par exemple, le nommé Peterson Benjamin, un gang de la base 5-Segond intercepté par la DCPJ, aurait vendu la mèche à travers des kidnappings ciblés à Léogane. Des 20 cas de kidnapping perpétrés par ce bandit qui opérait au profit du gang du Village de Dieu, 17 seraient de type « ingénieurs », a informé l’ancien spécialiste de sécurité publique en Haïti.
Fort de son expérience de 13 ans à la PNH, Willio Louis se questionne de cette mesure de la fédération des gangs, totalement contraire aux normes de sécurité et de la sureté d’une nation. La couverture des potentielles élections par les gangs seraient le motif principal de la connivence avec le couloir officiel. Tout ce projet entraine aussi du nivellement par le bas puisque Willio Louis doute de la compétence du directeur général et du ministre de la justice, limogés en raison de leur incapacité à produire des résultats, maintenant promus à des postes plus décisifs.
Dans ce climat de méfiance généralisée amplifiée par le mensonge, la corruption, les malversations, les projets infructueux de la caravane, les promesses creuses, les commérages sur les secrets d’Etat, Willio Louis s’oppose aux projets vides du référendum de la constitution et des élections qui plongeraient le pays encore plus fonds dans le labyrinthe. Les dirigeants impliqués dans les crimes financiers et autres seraient prêts à tout pour empêcher lumière et justice sur les forfaits qu’ils ont commis. Willio Louis y perçoit un mobile caché de la présidence de facto, dans l’intérêt d’accorder amnistie à sa chapelle qui leurre de nuire dans la sphère officielle pour l’éternité.
JeanDo, cela fait deux décennies que tu nous alertais en tes œuvres anthumes que « Les assassins sont dans la rue ». Regrettable de te signaler dans une communication posthume que dans notre modèle actualisé, calqué au tiens, « non seulement les assassins sont dans la rue, mais aussi ils roulent en véhicules blindés, immatriculés SE et OF ». Le pays est en lambeau. Gravissime !
Carly Dollin
carlydollin@gmail.com

