Par Kerlens Tilus
Extrait du livre Des Réflexions au-delà de la Censure, Novembre 2012
“La culture de la corruption est un mal endémique qui gangrène la société Haïtienne”.
Jeudi 21 janvier 2021 ((rezonodwes.com))– On est unanime à reconnaître qu’Haïti est l’un des pays les plus corrompus au monde. L’éminent professeur Samuel Pierre, dans le 2ème numéro de Haïti Perspectives “État et Gouvernance” écrit ceci: “La première manifestation concrète de cette volonté politique devrait être une lutte exemplaire contre la corruption, en commençant par le sommet de l’État et les dirigeants qui incarnent les trois grands pouvoirs: exécutif, législatif et judiciaire. Une lutte contre la corruption qui repose sur la règle de droit et le respect des institutions”. Suivant la pensée du prof. Samuel Pierre, la culture de la corruption est un mal endémique qui gangrène la Société Haïtienne. Est-ce que la corruption va se dissiper comme la fumée? Est-ce qu’il y aura une volonté politique réelle de combattre la corruption étatisée en Haïti?
Le Transparency International définit la corruption comme: « L’abus de pouvoir (de confiance) pour des intérêts personnels. Ça fait mal à tous ceux qui dépendent de l’intégrité des personnes en position d’autorité. » Tenant compte de cette définition, la corruption n’est pas seulement une affaire d’État. La question fondamentale qu’on doit se poser est: peut-on éliminer la corruption de la psyché des individus, leaders, professionnels en Haïti? À considérer le Nazisme, le communisme où le conditionnement a été le fer de lance dans le cleansing mental, on pourrait utiliser ce dernier dans le nettoyage du cerveau en Haïti; mais l’arbitraire d’une telle action susciterait une vague de protestation. Le seul recours qu’on a, c’est une justice à la fois indépendante et efficace (Samuel Pierre).
On est à même de comprendre aujourd’hui pourquoi tous les efforts qui ont été consentis depuis 2005 pour arriver à une réforme de la justice ont été boycottés par des hommes de loi, des officiels de l’État, des ministres de la justice parce que la corruption et l’État de droit sont incompatibles. Et, la plupart de ces messieurs sont de grands corrompus et corrupteurs. Donc, l’État Haïtien doit être prudent pour ne pas gaspiller ces maigres ressources dans l’organisation des colloques, des séminaires de formation sans des mesures d’accompagnement adéquates.
En Haïti, l’ULCC est l’organisme chargé de combattre la corruption. Quelle est la mission effective de l’ULCC? L’ULCC, a-t-elle les moyens pour mener à bien sa mission? Quelle est la sécurité d’emplois des agents, investigateurs de l’ULCC? À qui l’ULCC doit rendre des comptes? Si on dit que l’État Haïtien est la gardienne de la corruption, comment l’État peut-il mener une lutte exemplaire contre la corruption?
Dans cet imbroglio, il s’avère nécessaire de monter un Task Force indépendant du pouvoir exécutif, judiciaire et législatif. La presse jouerait un rôle important au sein de cette structure. Il faut encourager le journalisme d’investigation, scruter la vie privée de nos dirigeants, de nos leaders pour savoir comment ils vivent. Est-ce qu’ils sont exposés à des malfrats? Est-ce que l’État les rémunère de façon à ce qu’ils soient immunisés contre la corruption? À défaut d’avoir un système de sécurité sociale pour tous les Haïtiens, on peut établir un tel système et commencer par offrir des services aux employés de la fonction publique, aux agents du Task Force anti-corruption. Quand un dealeur de drogue ou un kidnappeur offre 200,000 dollars U.S. à un juge, ce qui représente 10 ans de salaire et que ce juge est amovible; il est fort difficile que ce dernier décline cette offre plus qu’alléchante. La fonction publique dans tout pays au monde est un sacerdoce comme le pastorat, l’éducation, l’armée, la police etc.
On doit établir ce Task Force avec nos ressources haïtiennes limitées car, les étrangers qui parlent de la corruption en Haïti sont les principaux corrupteurs. Quand ces blancs débarquent dans les pays du Tiers-Monde, ils deviennent des tiers-mondistes avec tout ce que cela implique. Grande fut ma surprise cette semaine de voir qu’une compagnie de construction avait fui le Québec pour s’établir à Alberta, Canada pour éviter des représailles de la mafia dans le domaine de la construction. D’Alberta, Toronto, Ottawa, à Montréal, les grands dossiers de la presse sont la lutte contre la corruption. La France, les États-Unis sont des pays corrompus par excellence; mais ils ont un système judiciaire fiable qui garantit une justice indépendante et efficace. Tout récemment, je fus sidéré de voir que des hommes de lois, des propagandistes du pouvoir en place monter au créneau pour proférer des menaces voilées contre deux jeunes avocats qui ont pris leur mâle courage à deux mains pour dénoncer la corruption au niveau de l’exécutif en Haïti.
Durant le 2ème mandat de Barack Hussein Obama, Haïti pourra lancer une lutte exemplaire contre la corruption si et seulement les citoyens de la société civile qui ne vivent pas de la corruption, les membres conséquents du pouvoir législatif, les juges inamovibles non-corrompus le veulent. Nous devons dénoncer les dirigeants américains qui donnent carte blanche à nos leaders corrompus pour continuer à perpétuer la culture de la corruption. Il faut engager le Transparency International dans un dialogue franc et sincère. Il ne faut pas avoir peur de récuser leurs rapports sur Haïti comme l’a fait le compatriote, l’économiste chevronné Nesmy Manigat dans les colonnes du journal Le Nouvelliste le 28 Septembre 2007 avec son article:
“Transparency International: Je récuse.” Nous devons mettre fin à l’impunité dont jouissent les corrupteurs et corrompus de l’international qui bossent sur Haïti et en Haïti. Ne soyons pas étonnés si un bon matin nous apprenons que des blancs en Haïti ont un réseau de corruption bien souché dans des ambassades étrangères. Le proverbe créole stipule: “Si pa gen sitirè, pa gen volè”. Regardons en amont, et dénonçons les blancs qui tiennent les ficelles des grands corrompus en Haïti. Descendons dans la marre pour “amarrer” nos grands voleurs, nos grands corrupteurs et corrompus en Haïti. Cette lutte doit être menée dans toutes les sphères de la vie nationale puisque la corruption s’établit à tous les niveaux de la société: pouvoir local, pouvoir régional, gouvernement national, société civile, pouvoir judiciaire, pouvoir législatif, petites, moyennes et grandes entreprises, l’église, la presse, les écoles, l’université, les organisations non-gouvernementales etc. Nous ne devons pas être naïfs ; les blancs donneurs de leçons, sont les véritables agents corrupteurs. Ce qu’ils ne font pas chez, ils le font en Haïti. Posez-vous la question : Où sont passés tous ces fonds que les pays du CORE GROUP donnent à Haïti chaque comme subventions budgétaires, etc. ? Pourquoi ces pays ne demandent jamais des rapports et évaluent les projets et programmes qu’ils disent financer et poursuivre en justice les dilapidateurs de fonds publics ? Parce qu’ils participent eux-mêmes dans cette grande machine de la corruption et de détournement de fonds.
Aux grands maux, les grands remèdes. Quand un président de la république en Haïti aura la décence d’aborder dans une conférence de presse une accusation portée contre sa femme, son fils qui sont accusés de dilapider le trésor public, là on aura des signaux clairs que l’État Haïtien veut mener une lutte exemplaire contre la corruption. À l’attente d’un Task Force pour commencer la lutte efficace pour enrayer ce mal endémique qui gangrène la société Haïtienne, continuons à dénoncer, à plaidoyer pour une presse libre, un système judiciaire non vicié par la corruption, à plaidoyer pour des cellules familiales qui font la promotion des valeurs morales. Tout le monde ne peut pas être des corrupteurs et des corrompus en Haïti. Que la justice et l’État de droit élèvent la nation Haïtienne.
Kerlens Tilus
Tel : 631-639-0844


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