Electricité 24/24 presqu’île du Môle St-Nicolas: Jovenel Moise lâche du lest et remet à Sigora le bateau arbitrairement confisqué

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C’est à la suite de la visite d’un des fils du président Jovenel Moise à la centrale électrique de Sigora à Môle-Saint-Nicolas qu’un bateau destiné à approvisionner la compagnie en carburant a été perquisitionné par un juge de Paix de Mole St-Nicolas et plus tard, remorqué vers Port-au-Prince. Un journaliste de Rezo Nòdwès ayant travaillé pendant 5 ans dans la presqu’île du Nord-Ouest et témoin d’une grande disette en 1995, s’entretient samedi avec 2 responsables de la compagnie Sigora.

Le 2 mars 2020, un bateau a jeté l’ancre dans la rade du Môle Saint Nicolas avec à son bord des étrangers dont on ignore jusqu’à présent leurs nationalité et identité. Ils ont circulé à pied dans le centre ville et l’un des maires a informé les membres de la communauté que les étrangers sont venus pour un projet d’électricité. [Rezo Nòdwès 3 mars 2020]. Cliquer ICI pour le lien original.

Samedi 23 mai 2020 ((rezonodwes.com))–« Rezo Nòdwès nan non mounn O Mòl, yon gran mèsi, grâce à votre article, Sigora des Etats-Unis et la diaspora de Bombarde, de Jean-Rabel et de Môle Saint-Nicolas… ont été au courant de nos difficultés » a confié Exavier Exantus, responsable régional de Sigora, interviewé samedi par le rédacteur en chef de Rezo Nòdwès.

Le président Jovenel Moise a piteusement échoué dans sa tentative d’accaparer le contrôle de la centrale électrique de Sigora pour faire l’une de ses principales réalisations en fin de mandat. Rezo Nòdwès a appris que Jovenel Moise ne cessant de claironner qu’il travaille pour le bonheur du peuple haitien, a conditionné l’importation en franchise douanière de biens et matériels électriques de Sigora. La compagnie aurait proposé l’acceptation de franchise en contrepartie d’une nette réduction du coût du kilowatt-heure consommé.

RN : M. Exantus, un de vos collaborateurs contacté ce matin par Rezo Nòdwès, M. Jean-Pierre, nous a référé pour entendre par votre organe la bonne nouvelle, dit-il, à annoncer aux habitants de Môle-Saint-Nicolas, c’est bien quoi le développement des dernières informations ?

E.E : nous sommes en mesure d’annoncer que le bateau de Sigora remorqué mercredi dernier au crépuscule vers Port-au-Prince, sur ordre du juge de paix du Môle et d’un commissaire de gouvernement, après le passage du président Jovenel Moise dans la zone, nous a été remis et est actuellement en route pour la presqu’île du Môle.

RN : Avant de remonter au début des faits, des informations ont fait état d’une violente protestation des habitants du Môle en apprenant que le président Jovenel Moise a fait confisquer un bateau de Sigora, dites-nous un peu, qu’elle est l’utilité de ce bateau ?

E.E : Pour être plus précis, l’incident est survenu quelque 72 heures de temps après la visite du fils du président à la centrale électrique de Sigora où il a été très bien accueilli. Il est allé jusqu’à nous féliciter d’avoir permis aux habitants de la presqu’île de jouir des bienfaits de l’électricité alors que Port-au-Prince est plongé le soir dans le noir. Comme vous le savez depuis longtemps M. Auguste, l’accès au Môle par voie terrestre est extrêmement difficile, et ce bateau nous sert à faciliter l’approvisionnent rapide des centrales du Môle et de Jean-Rabel en carburant en allant effectuer des achats à Port-au-Prince. A la tombée de la nuit, l’énergie solaire n’étant plus disponible, nous mettons en marche les groupes d’électrogène. Sans ce bateau, Sigora allait être asphyxié.

RN : Venons-en aux principaux faits, que veut exactement le président Jovenel Moise qui s’est rendu plusieurs fois à Môle St-Nicolas, gen yon sab blan sou plaj Reziye ke mwen te renmen anpil ?

E.E : Sigora a existé bien avant l’accession de M. Jovenel Moise au pouvoir, et la compagnie a beaucoup lutté pour élever le visage des communes de Jean-Rabel, de Bombardopolis et de Môle Saint-Nicolas en permettant aux habitants de joui 24/24 les bénéfices du courant électrique, tout en restant loin de la politique. Jusque-là, tout allait doucement et tranquillement. Cependant, pour produire de l’électricité en Haïti, les coûts sont élevés et il faut de temps à autre remplacer des pièces ou les réparer. La compagnie ne bénéficie d’aucune assistance de l’Etat mais nous avons toujours souhaité qu’une franchise serait bienvenue et ce pour faciliter le prix du kilowatt-heure vendu aux clients.

Pour le président, je n’ai pas eu directement accès aux discussions, mais je peux vous dire que des collègues contactés et également des habitants du Môle ont admis qu’il y a certaines interférences pour le contrôle de la compagnie par le président Jovenel Moise.

RN : Question à M. Jean-Pierre – Durant la semaine écoulée, à Bombarde par exemple, le service de perception – [clients avec leurs cartes de recharge d’électricité – (pay per use pricing)] – n’était pas en mesure d’honorer les demandes de recharges des cartes, à quoi cela est-il dû ?

Huguens Jn-Pierre : c’est simple. Ce serait irresponsable de notre part de percevoir de l’argent pour un service sans avoir la certitude que la demande sera agréée. Sigora fournit un service 24/24, mais avec le bateau saisi [NDLR : qui était fait confisquer par Jovenel Moise] et l’issue de l’affaire qui se déroule en haut lieu, était incertaine, il nous serait très difficile de tenir 24/24 pendant longtemps sans réserve de carburant. C’est la raison pour laquelle, à Bombarde, nous avons suspendu la recharge des cartes mais tout va entrer dans l’ordre dès que nous aurons la première cargaison de carburants en provenance de Port-au-Prince.

RN : M. Jean-Pierre, nous avons appris l’intervention des avocats de la compagnie pour forcer le pouvoir autoritaire de Jovenel Moise à remettre le bateau confisqué. N’aviez-vous pas eu aucune crainte pour votre vie à un certain moment. Ou wè sak rive Sogener. Et comment s’étaient déroulées les négociations ?

Huguens Jn-Pierre : Tout est bien qui finit bien. Le bateau est en route pour le Môle et moi je longe la Nationale 1. Les avocats ont pris part aux pourparlers à la plus grande satisfaction des habitants de la presqu’île du Môle.

RN : Revenons à M. Exantus pour une ou deux dernières questions. Quel est le ou les motifs soulevés par le juge de paix du Môle St-Nicolas le poussant à perquisitionner le bateau ?

E.E : dois-je vous avouer M. Auguste qu’au départ, je pensais que le bateau a laissé le port sans l’autorisation de la Semanah, pour aller faire l’acquisition de carburants à Port-au-Prince. Aucune question du genre nous a été posée. Non plus, une copie du procès-verbal nous a été remise. Cependant, nous avons appris qu’on était à la recherche de stupéfiants et que le bateau revenait d’un autre pays avec du ciment et du carburant en contrebande.

RN : Vrai ou faux ?

E.E : absolument faux. Le bateau de Sigora ne connaît qu’une seule trajectoire, le quai du Môle à celui de la capitale pour l’approvisionnement en carburants pour les centrales du môle et de Jean-Rabel.

RN : Le mot de la fin ?

E.E : nous avons été contactés tout au long de cette semaine par plusieurs organes de presse, mais ce n’est seulement ce matin, après avoir entré en possession de notre bateau et en mesure de continuer à servir la population de la presqu’île, que nous avons accepté de parler à Rezo Nòdwès qui fait un excellent travail sur le terrain. A mes concitoyens du Môle, nous sommes en mesure de dire que le service d’électricité 24/24 continue sans relâche et merci de leur support.

propos recueillis par cba

Soulignons que le Môle-Saint-Nicolas devait en 1899 servir de dépotoir aux américains, mais le ministre des Affaires Etrangères de l’époque, l’intellectuel Anténor Firmin, l’unique Chancelier de cet état que le pays n’ait jamais connu depuis lors, avait formellement opposé à la vente du territoire en partie ou en tout. Déçus, les américains lui ont barré la route à la présidence d’Haïti en décembre 1902 et signé un bail à Cuba pour la province de Guantanamo. De jolies plages naturelles surplombent la baie profonde du Môle Saint-Nicolas, le port d’entrée de Christophe Colomb, le 5 décembre 1492 qui a ouvert la voie à l’esclavage dans le Nouveau-Monde.

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