par Vitalème ACCEUS
Jeudi 27 juin 2019 ((rezonodwes.com))–En moins d’une année la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA) a publié deux rapports sur la gestion des fonds Petro Caribe. La Cour exige la mise en place des mécanismes de récupération des fonds PetroCaribe, un prêt du gouvernement vénézuélien estimé à 4,2 milliards de dollars américains selon le dernier rapport. Un tel prêt qui a été donné sous forme d’aide à Haïti que de hauts dignitaires de l’État, dont le président Jovenel Moïse, des anciens premiers ministres et ministres, d’anciens directeurs généraux et des responsables de firmes de constructions sont indexés dans la mauvaise gestion de ces fonds PetroCaribe.
Plus qu’une simple histoire de fraude
financière, cette affaire est un exemple de l’effet de la corruption sur une
démocratie, lorsque les élites ne pensent qu’à s’enrichir et menacent la
population lorsque celle-ci réclame des réformes.
Ces dernières années, en effet, la corruption a
atteint un taux record en Haïti. Dans le même temps, la démocratie y est
devenue un mythe. De nouveaux signes d’autoritarisme ont ainsi émergé, tant et
si bien que, début de ce mois de Juin la population est massivement descendue
dans les rues contre le président Jovenel Moise.
La légitimité de ce dernier a d’ailleurs, été
remise en cause par les opposants au régime Tèt Kale, les groupes organisés de
la société civile ainsi que les petro-challengers. Cette situation est-elle
spécifique à Haïti, ou bien la corruption a-t-elle la capacité intrinsèque de
détruire la démocratie haïtienne?
Haïti n’est pas le seul pays à avoir vu son
indice de corruption augmenter et, en conséquence, sa démocratie se fragiliser
de jour en jour. Le rapport de Transparency International sur l’indice de perception
de la corruption pour l’année 2018 montre clairement l’ampleur du phénomène :
sur 180 pays étudiés, les pays les moins corrompus sont tous des démocraties de
longue date.
De nombreuses raisons expliquent pourquoi la
corruption porte si gravement atteinte au système démocratique en Haïti. Plus
que, les élites sont extrêmement corrompues, elles ne se soucient pas
vraiment du reste de la population, ni même de leur propre pays. En effet, la
corruption se définit en général comme un abus de pouvoir à des fins
personnelles. La corruption brise le lien entre la prise de décision collective
et la capacité du peuple à influer sur ces décisions (normalement par son vote
et sa participation). Or c’est ce lien qui définit la démocratie.
De plus, pour qu’Haïti soit démocratique, il
faut un minimum de services publics. Sans un système éducatif suffisant, une
bonne situation sanitaire et un environnement relativement sûr et aussi, la
participation du peuple aux débats politiques est accrue au maximum.
Il est clair que la corruption implique une
défaillance des services publics dans la mesure où les pots-de-vin et le
clientélisme (les formes les plus courantes de corruption) conduisent à
une mauvaise répartition des ressources, les décisionnaires étant davantage soucieux
d’obtenir le pot-de-vin le plus important que de faire le meilleur choix.
Pour couronner le tout, la corruption augmente
le coût des services publics. Par conséquent, les pays corrompus investissent
de moins en moins et s’appauvrissent.
En outre, en Haïti la hausse du taux de corruption conduit à une profonde défiance du peuple envers les élites et le gouvernement. Dans un pays fortement corrompu comme le notre, la population n’a pas de confiance dans ses politiciens ni dans ses fonctionnaires. Si les citoyens éprouvent de la méfiance ou même de la peur vis-à-vis de leurs élites, ils ne vont pas participer aux votes, ce qui explique le faible taux de participation de la population dans les dernières élections en Haïti. En plus, la population ne s’implique pas dans la société civile, ni ne participe pas aux débats publics. De ce fait, la culture de la démocratie s’effrite.
Enfin, le pire scénario est la mainmise des dirigeants sur le système, en d’autre terme, sur l’appareil d’Etat, qui peut aboutir à une totale tyrannie au niveau des trois pouvoirs. Toutefois, quand la population haïtienne s’est mise à réclamer des réformes après des années de déclin économique et de corruption galopante, la réaction des élites est d’exercer des répressions. À titre d’exemple on peut citer plusieurs massacres qui ont été faits sur la population dans les quartiers populaires (La Saline, Tokyo, Carrefour-feuille) en vue de contrer les soulèvements populaires. Les élites dirigeantes choisissent d’employer la violence comme moyen de coercition, et d’isoler de plus en plus le peuple dans les affaires politiques. Cependant, elles oublient toujours que la violence n’est jamais une solution, mais c’est un autre problème. Elles préfèrent de financier les problèmes à travers la violence au lieu de financier les solutions.
Les deux derniers rapports de la cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA) devraient nous inciter à prêter attention aux effets dramatiques de ce type de crime sur le fonctionnement interne de notre démocratie.
Vitalème ACCEUS
Antroposociologue /Éducateur en Droits Humains
E-mail: acceus2009@gmail.com


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