15 septembre 2026
L’urgence et le devoir de sauver Haïti
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L’urgence et le devoir de sauver Haïti

Par Abner Septembre, Sociologue

Jeudi 11 avril 2019 ((rezonodwes.com))– Quels que soient son sexe, son milieu d’origine, sa race, la couleur de sa peau, son niveau économique et intellectuel, son appartenance idéologique et confessionnelle, … toute personne née en Haïti a besoin aujourd’hui de se jeter à l’eau pour se laver, revenir propre, belle et vivace comme cet autre peuple réel ou imaginaire qu’elle chérit ou rêve tant.

Haïti a fait de grandes conquêtes et a connu des moments de gloire, comme l’indépendance, la citadelle Henri Christophe, le rachat de sa souveraineté sur la Banque centrale, l’Exposition internationale du Bicentenaire, l’appui fourni à pas mal de pays sous forme de don, de soutien, de prise de position et de vote, etc.

Durant les quarante dernières années, nous les avons systématiquement souillées à un point tel qu’il paraît difficile de continuer à marcher « la tête altière et haut les fronts », et de telle manière que le regard de l’autre sur Haïti en fait aujourd’hui une chimère.

Il est certain qu’un Bellérophon sommeille en chacun de nous. Pour qu’il s’exerce, il nous faut réveiller le surmoi. C’est notre instinct de crabes, qui nous retient captifs dans le labyrinthe de luttes fratricides et de batailles politiques vindicatives, qui nous met sous la coupe réglée du « diviser pour régner », qui nous enferme dans un univers où les choses ont plus de valeur que les personnes, et qui donne à constater en Haïti une disparité sociale aigue et une ambivalence plurielle improductive.

Le réveil du surmoi agit comme un miroir qui nous fera prendre conscience de la gravité de la situation. C’est lui qui provoquera le déclic du renoncement, lequel sera aussi guidé par une moralité publique, comme l’illustre cette déclaration du président Dumarsais Estimé : « Si bergers du troupeau, nous nous en constituons les loups, si gardien de la maison, nous nous faisons nous-mêmes les voleurs qui la brisent et la pillent, si rebelles au meilleur de nous-mêmes, nous manquons à nos engagements solennels, alors il sera temps d’entrer en jugement avec nous et de nous demander compte ».

C’est par une rédemption collective, chacun à son niveau, et un parti pris pour la production (agricole, agroalimentaire, artisanale, industrielle ou manufacturière, culturelle, artistique, et autre), mettant à contribution autant la science et la technologie que notre propre identité, que cette terre redeviendra « un îlot de verdure dans un océan de prospérité ».

C’est ce miroir-boussole que nous devons avoir à contempler, moyennant un tableau de bord et un système de clignotants. Le sauvetage du pays est donc une vaste entreprise collective de construction d’un nouveau socle, conçu avec des matériaux du civisme, et reflétant au-dehors la beauté d’un changement d’attitude et de système qui prime la justice sociale et qui fait de « l’État un tiers impartial et désintéressé ».

Dans ce cas, cinq niveaux du paysage sociopolitique doivent être remodelés selon les types idéaux ou profils suivants :
 Si j’étais président de la république, je me comporterais comme un citoyen à l’écoute, respectueux tant des lois, des droits et libertés que des valeurs morales et éthiques ; comme un protecteur des biens publics et privés ; comme un leader progressiste qui fera renaître l’autorité de l’état et la confiance dans nos institutions, qui défendra la souveraineté nationale, qui conduira une diplomatie d’affaires, valorisera la science et la technologie, luttera contre la corruption, dotera le pays d’un système financier et économique basé sur la fiscalité, la production et le tourisme durable, d’un système de transport moderne diversifié, d’un accès juste et équitable aux services sociaux, de loisirs et de sports, de mesures de protection des écosystèmes d’altitude et d’amélioration des conditions de vie de leurs habitants, d’un fonctionnement décentralisé capable d’assurer pleinement la protection des frontières terrestre, maritime et aérienne ; comme un rassembleur au dessus de la mêlée et de tout soupçon pour faciliter un dialogue purgatif et constructif capable de faire émerger une communauté d’intérêt et de prospérité pour un développement durable ;  Si j’étais parlementaire, je serais un progressiste et m’évertuerais à légiférer, à contrôler et à sanctionner de manière responsable le travail de l’exécutif, à me comporter comme un serviteur sobre, à représenter dignement ma circonscription, à être un ambassadeur, un citoyen honnête et respectueux du principe de « la séparation des pouvoirs » dans la cogestion de la souveraineté nationale : « il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir » (Montesquieu) ;
 Si j’étais un membre du pouvoir judiciaire, je respecterais les lois de la république, les lois et conventions internationales auxquelles Haïti est liée ; je rendrais justice à qui elle est due, selon le principe « la loi est une pour tous » ; j’arrêterais les dérives qui risquent de mettre en péril la souveraineté de la nation ; j’agirais selon le principe de « l’équilibre des pouvoirs » ou la notion américaine de « checks and balances ». N’est-ce pas le Chevalier Jean de Codt qui a dit : « Quel respect donner à un État qui marchande sa fonction la plus archaïque, qui est de rendre la Justice ? […] Cet État n’est plus un État de droit, mais un État voyou » ;
 Si j’étais un leader avéré (sur le plan politique, commercial, financier, organisationnel, intellectuel, religieux, médiatique), je chercherais à respecter les règles du jeu dans ma profession, je me comporterais en bon citoyen qui paie les taxes et contribue activement au bien-être et au progrès dans mon pays ; je me battrais pour une constitution progressiste et inclusive, qui promeut un régime électoral et politique plus réaliste, moins budgétivore et sans primature ; je lutterais pour la décentralisation et un système financier moderne qui appuie activement la production nationale pour un essor économique vigoureux et diversifié, à impact direct sur l’emploi et le développement réel et durable du pays ;
 Si j’étais un simple citoyen je cultiverais l’amour du pays, le respect du bien public et privé ; j’endosserais comme valeur le travail, dans le respect des normes et de l’éthique professionnelle.

Des raisons d’espérer

Depuis ces 40 dernières années, à l’appel de leaders de l’opposition, nous avons passé beaucoup de temps dans la rue. Mais, il s’agit en fait d’une lutte sans véritable idéologie qui va, en gros, d’échec en échec, avec beaucoup de casses matérielles et de pertes en vie humaine. Le statu quo reste entier et la fracture sociale s’aggrave. C’est Machiavel qui disait : « La meilleure citadelle qui soit, c’est de n’être point haï du peuple ». Ce dernier est pourtant essoufflé, désespéré et se sent même trahi.

Pourtant, notre histoire nous a enseignés que tous ensembles, rien ne pourrait être au-dessus de nos forces. Notre indépendance de la France esclavagiste, en 1804, et la libération financière du pays de l’empire américain, en 1947, sont des exemples d’unité, de solidarité et d’engagement citoyen. Nous avons donc besoin de leaders stratèges ayant l’étoffe d’un Toussaint, vaillants et braves comme Dessalines et Capois Lamort, bâtisseurs à la dimension d’un Christophe, visionnaires comme Dumarsais Estimé, libérateurs comme Pétion, valeureuses comme Sanite Bélair, Henriette Saint-Marc, ou Marie Jeanne, pour faire voir la lumière au bout du tunnel.

Le développement et la prospérité d’un pays, n’est-ce pas avant tout une question de vision, de leadership, de ressources humaines, et de praxis ? Nous avons des cadres dans le pays et suffisamment à l’étranger. Pour être efficaces, ils doivent s’ériger en une vraie équipe compacte dotée d’un autre conditionnement mental, c’est-à-dire une sorte de complicité et une attitude positive qui feront toute la différence. Suite aux événements politiques qui ont fortement secoué le pays, au mois de février, plusieurs foyers de réflexion citoyenne ont vu le jour. Il sera salutaire qu’ils se constituent en un grand bloc représentatif de la société civile, à structurer et à renforcer pour être un véritable interlocuteur et servir autrement de trait d’union entre la population et les politiques.

Il faut définitivement de nouveaux leaders qui émergent, qui rapatrient la souveraineté nationale, qui changent à jamais le destin d’Haïti et le rendent apte à entretenir un dialogue équilibré et respectueux avec le reste du monde.

Abner Septembre,
Sociologue @ Vallue, avril 2019

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