Président votre silence était mieux!
par Jean Ronel SISTANIS
Jeudi 21 février 2019 ((rezonodwes.com))– Le président a parlé. Point barre. Son message est tombé comme un coup de tonnerre. Il vient de commettre la même erreur. Il n’a pas su mesurer l’ampleur de la crise qui prévaut et jette de l’huile sur un feu ardent.
Le président ne transcende pas, tranche, répond directement à ses adversaires. Il n’intervient pas à la dimension d’un homme d’Etat. C’est un orgueilleux.
Depuis huit jours, la population exprime son ras-le-bol à travers un ensemble de mouvements dans les dix départements du pays. Des mouvements qui sont peut-être exploités, orientés par des membres de l’opposition politique mais qui n’ont rien à voir avec la politique.
La population a faim. Elle n’a point d’eau, d’électricité, de soins de santé, de logements, vit dans des situations infrahumaines et appelle le pouvoir à ses responsabilités. Le constat est alarmant. On n’a pas besoin d’être de l’opposition pour comprendre la gravité de la situation. La montée vertigineuse de l’inflation et la dépréciation effrénée de la gourde augmentent chaque jour la misère. C’est de cela qu’il s’agit.
On s’attendait à un discours qui pourrait calmer la colère des manifestants mais pas un message considéré comme une déclaration de guerre. Une parole douce calme la fureur une parole blessante augmente la colère.
Le président a enfoncé le poignard dans la plaie. Il ne rassure, n’assume pas. Il n’est pas ce qu’il devrait être, un bon père de famille. Imagine un père qui était parti à la cueillette et qu’on attendait impatiemment depuis plusieurs jours et qui est revenu avec les mains vides. Voilà une totale désolation dans la famille.
Son intervention est teintée de haine et de mépris. Il a raté toutes les occasions qui lui permettraient de refaire une santé politique. Il n’entend pas enterrer la hache de guerre, s’appuie sur l’international pour régler son compte avec l’opposition, pour assurer sa sécurité et nie totalement les gens qui meurent.
La crise est économique et engendre un nouvel acteur. Le peuple. Le peuple dans son ensemble et sectorisé. Les chauffeurs de Taxi moto. Les cireurs de chaussures. Les marchands ambulants. Les petro challengers. Le Président au lieu de prononcer un discours sur la crise a fait plutôt un discours de crise. Et voilà Port-au-Prince qui connait aujourd’hui la journée la plus sombre. Une pareille intervention devrait définir un cadre, préconiser les solutions et anticiper les conséquences.
En communication de crise chaque mot compte. Le président Jovenel MOISE n’a pas observé cette méthodologie. Il banalise l’ampleur de la crise, ne tire aucune expérience de l’histoire du pays et justifie qu’il n’est pas à la hauteur de ses responsabilités.
Me. Jean Ronel SISTANIS,
Avocat, Spécialiste en Droit International des droits de l’homme
Coordonnateur général de l’Observatoire Haïtien des Droits Humains


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