14 septembre 2026
La PNH à travers ses nuits avec l’ennemi
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La PNH à travers ses nuits avec l’ennemi

par José Jacques

Mardi 5 février 2019 ((rezonodwes.com))– Au mois de juillet dernier, lors de l’audition au parlement du directeur général de la police sur les événements du 6,7,8, tandis que tout le monde, je suppose, concentrait leur attention sur les justificatifs qu’allait apporter ce dernier sur l’absence quasi totale de la police pendant ces trois jours où la zone métropolitaine était complètement livrée à elle-même, je me suis moi-même surpris á me focaliser sur une image : celle du directeur flanqué,  de gauche à droite, de l’inspecteur général en chef et de son chef de cabinet…

J’avais beau essayer d’échapper à cette redoutable impression que me suggérait cette image, mais hélas! c’était en vain; si bien que je finis par capituler et lire sur les visages de ces hauts cadres accompagnant le directeur ce plaisir malsain de l’autre assistant à la disgrâce de son rival. En fait, cette image suscita en moi la dure réalité de cette ambiance de rivalités sourdes qui empoisonnent notre jeune institution.

Je me souviens encore de ces jours difficiles en l’année 96, où nos jeunes policiers, fraichement sortis de l’académie, au lieu d’être dans les rues á appliquer ce qu’ils y avaient appris, se retrouvèrent plutôt à faire face à une situation complètement étrangère à leur formation et à leur mission : l’agressivité aveugle de militaires démobilisés.

Dans ce conflit mettant aux prises ces derniers avec l’État, ils nous identifiaient avec celui-ci et nous considéraient comme le principal obstacle à leur revendication.

Il nous fallait braver le danger, même pour le strict minimum que celui d’avoir un local pour être logés. Au bâtiment du corps des pompiers, nous vivions alors sous la menace constante d’une éventuelle invasion des anciens occupants. A cette époque-là, je me retranchais dans mon petit coin et observais tristement ma police.

Elle me paraissait comme une enfant non désirée, née de la folie d’une nuit, dont les parents n’avaient ni la maturité, ni les ressources matérielles nécessaires à sa prise en charge. Ce n’était pas un corps… C’était tout au moins un ensemble hétérogène de petits organes autonomes, rebelles aux exigences d’interdépendance et de soumission nécessaires à la constitution d’un corps.

Il est vrai que, depuis lors, beaucoup de progrès ont été réalisés. Aujourd’hui, la PNH peut fièrement se dire, en dépit de ses regrettables imperfections, être malgré tout l’une des rares institutions dignes de porter ce nom dans le pays. Hommage, donc, entre autres, aux différents cadres de la police qui se sont évertué, d’une façon ou d’une autre, á cette tâche.

Cependant, constamment entachés par la puérilité d’un État irresponsable, ces progrès n’ont pas empêché  ce corps d’être encore l’objet de séquelles d’une naissance désordonnée et tourmentée. Les rivalités de camps et de clans, découlant de l’histoire même de la création de ce corps, ne se sont jamais estompées.

Et l’avènement de l’arrivée d’un fils de la Grande Première Promotion de 95 de l’académie á la tête de l’institution n’aura fait que raviver les ambitions et les jalousies. Ainsi, la crise sociale actuelle, où la société fait face à ses propres monstres qu’elle a elle-même créés, offre un terrain idéal pour les manœuvres les plus subversives…

Il suffit de substituer la Police à l’État, de rendre subtilement, aux yeux des gens, la Police responsable de la mauvaise gouvernance de l’État pour prouver l’incompétence du directeur général et, du même coup, celle des officiers de Police des premières promotions de l’académie á prendre une fois pour toutes le commandement de l’institution.

Toutefois, au grand dam de nos détracteurs, je dirai que non seulement c’est un fait qu’un élément de la Grande Première Promotion de 95 soit aujourd’hui à la tête de la PNH, mais, mieux encore, mon plaidoyer est que cet événement majeur et révolutionnaire dans l’histoire de l’institution soit irréversible :

<<Que désormais les rênes du commandement général de l’institution soient tenues par un fils ou une fille originaire  des premières promotions de l’académie>>. Ce plaidoyer ne relève pas de la fantaisie mais de la simple logique. Il y va de l’avenir même de l’institution, ne serait-ce que pour une seule raison. Et celle-ci est fondamentale : le redressement de la hiérarchie au sein de la PNH, et, par-là, le rétablissement de la légitimité de l’autorité.

Cette décision doit pouvoir s’inscrire comme principe de base à tout plan visant à s’attaquer à ce vaste désordre, aussi vieux que l’institution elle-même, que celui de la distribution et de l’obtention des grades dans la PNH. S’attaquer à ce malaise mettant à mal presqu’irrémédiablement le commandement de la PNH, jusque dans ses plus hauts lieux, et faire fi de cette résolution fondamentale équivaudrait à tourner en rond; car il faut définitivement faire place. Le processus de la relève est impératif… Pa gen wout pa bwa.

Il est inconcevable qu’un programme de croissance de l’effectif de la PNH soit initié depuis belle lurette, ainsi qu’un programme de formation de cadres au niveau de l’académie nationale de police et á l’étranger, et que, parallèlement, un plan de relève de l’état-major ne se soit pas clairement élaboré.

Tout récemment, suite à son investiture, le DG actuel de la PNH, constatant le gonflement de la ceinture de la pyramide de la hiérarchie, composée pour la plupart d’agents IV et III, et le rétrécissement de la base, formée d’agents I et II, ce qui lui faisait apparenter à une sorte de toupie, entreprît la tentative louable de redresser la barre en faisant passer notamment presque tous les agents IV, bloqués dans leur ascension depuis près d’une dizaine d’années et retranchés dans un avenir incertain, au grade d’inspecteur municipal.

Comme vous pouvez le deviner, en faisant passer cette colonie d’agents IV au grade d’inspecteur de police l’on ne faisait tout au moins que déplacer la tumeur d’un endroit à un autre. L’initiative était nécessaire mais pas suffisante. Et ce blocage structurel persistera aussi longtemps que le problème est abordé sous le mode seul d’une pyramide à redresser et non simultanément d’un conduit congestionné à décongestionner. Lequel décongestionnement, pour être efficace, doit nécessairement s’opérer à la sortie du conduit, donc par la tête. Ce qui signifie au niveau même de l’état-major.

A l’heure où la PNH s’achemine vers sa trentième promotion, de l’assassinat de Christine Jeune aux deux derniers policiers morts calcinés lors des événements du mois de novembre dernier, le bébé a grandi; et l’adulte qu’il est devenu a pratiquement payé à lui seul et paie encore aujourd’hui de son sang et de la fraîcheur de sa jeunesse les fréquentes mésaventures sociopolitiques dont a dû et doit encore faire face notre corps de police. Leurs gallons, ils les ont bien gagnés sur le champ de bataille.

Aujourd’hui, la PNH compte à son actif plus d’une vingtaine de promotions, fruits de l’école et de l’académie de police. Elles représentent l’Avenir de l’institution. Et l’avènement du DG actuel, en tant que fils des toutes premières promotions de l’académie, doit s’instituer en acte fondateur de la garantie de cet Avenir.

José Jacques dit Vèvèl

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