29 mai 2026
L’intersection des Mutuelles de Solidarité et des problèmes sociaux en Haïti
Actualités Société

L’intersection des Mutuelles de Solidarité et des problèmes sociaux en Haïti

par Kensly Carl Olibrice

Mercredi 12 décembre 2018 ((rezonodwes.com))– La difficulté de cohabitation des projets sociaux divergents à travers un front commun de d’émancipation globale et l’utilisation détournée des ressources de tout acabit du pays se confluent pour compliquer davantage la situation vitale en Haïti. Un carcan qui ne date pas d’hier.

Les conditions matérielles d’existence, tant en milieu rural et urbain, se détériorent au rythme de l’absence d’utopie collective des élites dirigeantes du pays. La population est à la merci de sa capacité inventive au quotidien pour contrecarrer la possibilité de mort lente qu’elle porte sur son épaule à chaque pas.

Des actions revendicatives au travail collectif d’entraide, la population miséreuse tâtonne différents outils solidaires d’organisation pour démasquer l’aveuglement hermétique des dirigeants marqué par le mépris de l’intelligence populaire disponible comme force motrice de progrès socio-économique et de combat contre le décuplement des inégalités sociales. Aux dires du Dr Jean Price MARS, dans son ouvrage La vocation de l’Elite, « la sujétion du peuple faite d’atavisme et de renoncement, donne prise à des vexations et à des outrages quotidiens.»[1] En effet, dans un souci de lutte acharnée contre cette honte sociale, la Mutuelle de Solidarité (MUSO) a fait son débarquement en Haïti comme une épine à l’enfermement des moyens de subsistance dans le pays.

Débarquement des Mutuelles de Solidarité en Haïti

Les Mutuelles de Solidarité (MUSO) ont pris naissance en Afrique plus précisément au Sénégal en 1995 suivant la dextérité consciente et professionnelle de l’économiste Bernard TAILLEFER qui arrive à allier la vie solidaire dans les cantines villageoises à ses expériences dans les banques populaires de Développement en vue d’aboutir à ce « système simple, souple et solidaire »[2].Avec un mode d’organisation inclusif, les mutuelles de solidarité se multiplient et se structurent davantage selon les exigences de son utilisation. Elles deviennent un véritable outil de développement social, économique et associatif.

Dotées d’ingrédients transportables et mutants, les Mutuelles de Solidarité arrivent illico en Haïti un an après sa création. Cette activité se multiplie dans différents coins et recoins du pays. Les organisations communautaires de base (OCB), les regroupements paysans, les Organisations Non Gouvernementales (ONG), les organismes privés s’en servent pour matérialiser leurs projets selon des méthodologies qui correspondent à leur vision du monde. De fait, selon Patrick SAINT PRE, dans les colonnes de Le nouvelliste[3], « une année seulement après son invention,Haïti est sans doute le 2e pays comportant le plus de MuSo avec un total de 3000 environ. Alors que le Congo en dispose environ 6 000. »  Dans cette même lignée, pendant une visite en Haïti, Bernard TAILLEFER a fait remarquer que les Mutuelles de Solidarité surpassent toute question d’argent pour se définir globalement dans la société. En ce sens, tout se mêle de la partie : le social, l’économique, la solidarité, l’oralité, l’engagement collectif, la recherche, l’entreprenariat social, etc. C’est un véritable Tout.

Cependant, dans une dynamique global d’existence, les Mutuelles de Solidarité ne sont pas exemptes des contradictions sociales. Elles s’engouffrent dans les différents problèmes sociaux du pays qui essaient, à chaque instant, de questionner son impact communautaire, en tant qu’espace de représentation/reproduction du dysfonctionnement du corps social haïtien. Les différents membres des MUSO se trouvent dans la nécessité de confronter la réalité du pays à celle du respect des règlements des groupes concernant l’épargne, les crédits, le remboursement, la redistribution, etc. Une situation complexe qui endigue l’évolution des Mutuelles de Solidarité.

La dynamique des MUSO au prisme des problèmes sociaux du pays

Les problèmes sociaux sont vus sous différents angles selon les approches théoriques. D’après la perspective critique, les problèmes sociaux sont inhérents au rapport de pouvoir dans la société quant à la mise sur place des politiques sociales adéquates. Aussi, les problèmes sociaux relèvent d’une situation qui se développe à partir des inégalités propres au système social. A cet effet, la pérennité de ces problèmes sociaux a influé les différentes stratégies de vie mises en place dans le pays, notamment celles des Mutuelles de Solidarité.

Selon l’article 19 de la constitution amendée de 1987,« l’Etat a l’impérieuse obligation de garantir le droit à la vie, à la santé, au respect de la personne humaine, à tous les citoyens sans distinction, conformément à la déclaration universelle des droits de l’homme. » Dans cette même lancée,l’article 22 stipule que « l’Etat reconnait le droit de tout citoyen à un logement décent, à l’éducation, à l’alimentation et à la sécurité sociale. » Ces différents éléments de droit qui faisaient partie d’une projection collective qui dérive de la sphère des décisions étatiques dans le pays sont actuellement catégorisés dans le rang des problèmes sociaux. La population fait les frais des mauvaises politiques appliquées dans le pays par la classe dirigeante.

Les différents membres (surtout les femmes) utilisent les Mutuelles de Solidarité pour pallier à différents besoins sociaux quel’Etat devait prendre en compte. Ils forment/intègrent les MUSO pour avoir le strict minimum pour manger, se loger, assurer l’éducation de leur progéniture,fréquenter un hôpital quand le besoin de faire sentir, etc. Une intégration qui se complique avec les problèmes économiques galopants comme l’inflation, le chômage de masse, la décote de la gourde, entre autres. Les membres des MUSO se trouvent donc dans l’incapacité d’épargner, de faire des crédits, de respecter les remboursements et de cotiser dans le fonds d’urgence. De ce fait, le Fonds de Crédit des groupes s’amoindrit au rythme de la précarité socio-économique du pays.

A partir du moment où certains membres octroient un prêt pour aller développer une activité commerciale, ils courent de plus des risques dus au vol, à la dette non remboursée, à la versatilité des prix sur le marché et d’autres manques économiques qui minimisent leur capacité à respecter les règlements des groupes, particulièrement ceux qui concernent les crédits.Une situation qui entrave la dynamique de fonctionnement solidaire des Mutuelles de Solidarité parce que les groupes font face à des tensions internes inhérentes à la condition de vie dans le pays.

En conclusion, les Mutuelles de Solidarité (MUSO) est un outil important dans tout processus d’émancipation collective. Elles aident les membres à s’entraider financièrement et à développer des initiatives communautaires de solidarité qui corroborent le vivre-ensemble dans le pays.Cependant, l’Etat devrait soutenir les initiatives des Mutuelles de Solidarité en mettant sur pied des activités de refinancement, de subventions et des politiques sociales qui interviennent sur les problèmes sociaux afin que les gens puissent trouver un cadre environnement de bien-être collectif. Ce qui va permettre aux Mutuelles de Solidarité de prendre un essor agissant et productif dans le pays au bénéfice de tous/tes.

Kensly-Carl OLIBRICE
Travailleur Social

kenslycarl@gmail.com


[1] MARS, Jean Price. La vocation de l’Elite, Les Editions Fardin, 2013, p77.
[2] CHEREAU, Laurent. La Mutuelle de Solidarité : une méthodologie adaptée au milieu rural. LE MONDE, 03 mai 2011, [En ligne], Consulté le 10 avril 2017
[3] SAINT PRE, Patrick. Du Sénégal à Haïti : histoire du père-fondateur des Mutuelles de Solidarité. LE NOUVELLISTE, [En ligne], 08 mai 2014, Consulté le 08 avril 2017

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