16 août 2026
« Jovenel Moïse après le 17 octobre : Trop peu trop tard », extrait de l’édito de Haïti-Observateur
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« Jovenel Moïse après le 17 octobre : Trop peu trop tard », extrait de l’édito de Haïti-Observateur

Les événements se multiplient et se succèdent depuis la grande journée nationale de mobilisation réussie du 17 octobre au cours de laquelle des dizaines de milliers d’ Haïtiens étaient descendus dans les rues de la République pour réclamer la fin de l’impunité, une véritable entrave à la tenue de l' »éventuel » procès Petro Caribe. Les gallons de Wilson Laleau arrachés, il a laissé le Palais National sans vraiment le quitter. Yves Germain est parti mais ses conseils germent encore en plein jardin sous l’océan. Tout ce que l’on constate aujourd’hui dans le prolongement de la campagne PetroCaribe Challenge, analyse l’éditorialiste de Haïti-Observateur, c’est le « massacre» orchestré par le président Moïse au plus haut niveau de son administration. L’arrestation de Godson Aurelus, vendredi à St-Marc, pour une autre affaire, constitue un grand test pour le système judiciaire haïtien, prêt à s’engager dans le procès du siècle en Haïti




New York, vendredi 26 octobre 2018 ((rezonodwes.com))–Il a fallu les événements entraînés par le phénomène Petro Caribe Challenge ayant culminé à la super manifestation nationale du 17 octobre pour faire marcher Jovenel Moïse dans le sens d’un semblant d’action contre les dilapidateurs du fonds Petro Caribe, écrit Haïti-Observateur, dans son numéro du 24 au 31 octobre 2018.

Après avoir attendu si longtemps pour faire convoquer deux ex-Premier ministres au Parquet pour être interrogés sur l’usage qui a été fait des USD 3,8 milliards $ accumulés sur la vente du brut vénézuélien sur le marché local; en sus de « congédier » (sous la forme) dix-huit de ses conseillers spéciaux et simples mentors, souligne ce texte de réflexion, M. Moise n’a toujours pas réussi à convaincre grand monde par rapport à sa volonté de mener une action concertée pour traduire en justice tous les accusés, quels qu’ils soient; et pour que la nation puisse obtenir réparation sous formes de dédommagements et de restitutions; et les condamnés leurs justes châtiments. C’est le cas de dire trop peu trop tard.

Depuis sa prestation de serment, le 7 février 2017, le nouveau président, élu sous la bannière de l’organisme politique dénommé « Parti haïtien tèt kale», créé par son prédécesseur, Joseph Michel Martelly, était en proie à deux dossiers brûlants. Il s’ agit de son état d’inculpé pour blanchiment d’argent, et l’affaire concernant le gaspillage du fonds Petro Caribe. Dans le cas d’imputation de crime à son encontre, a renouvelé l’éditorialiste, il s’est appliqué à faire systématiquement obstruction à la justice en infirmant les institutions concernées.




Pour l’affaire PetroCaribe, il s’est constitué en défenseur farouche des ex-hauts fonctionnaires de l’État indexés dans les deux rapports de la Commission éthique et anti-corruption du Sénat. Ce qui démontre clairement qu’il n’avait aucune disposition d’agir dans le sens du bien et d’assumer la défense des intérêts de la nation, s’érigeant, de ce fait, en violateur de son serment d’investiture.

Les dernières mesures qu’il a prises mettant à pied son chef de cabinet particulier (Wilson Laleau), son secrétaire général de la présidence (Yves Germain Joseph) et seize de ses conseillers lui ont été imposées par la force de la campagne Petro Caribe Challenge. Autrement dit, Jovenel Moïse aurait ignoré totalement les demandes de la population pour que soient jugés et punis les femmes et hommes qui ont perpétré le plus grand vol contre la caisse publique depuis l’indépendance d’Haïti en janvier 1804.

Pas de chasse aux sorcières sous mon administration et Lambert s’est mis de la partie en se lançant dans la course de la présidence du Sénat

On ne peut plus compter combien d’interventions sur l’affaire Petro Caribe ont été faites dans la presse haïtienne et les média sociaux, d’exhortations et de mises en garde adressées au président Moïse sous toutes formes, l’encourageant à se désolidariser des voleurs des USD 3,8 milliards $. Mais jamais il n’a, au fil de ses dix-neuf mois au pouvoir, affiché la moindre intention d’entendre raison.

Au contraire, même après avoir pris l’engagement, par devant les Nations-Unis, en septembre 2017, de combattre la corruption qu’ il accusait d’être un « obstacle » au développement, il n’avait pris aucune décision qui soit de nature à confirmer sa sincérité. Certes, il avait même fait marche arrière par rapport à cette dénonciation. Lors d’une visite à Paris, en France, en décembre 2017, au cours d’une rencontre avec la communauté haïtienne, il devait s’en prendre à ceux qui œuvrent pour que soient poursuivis, jugés et condamnés les dilapidateurs du fonds PetroCaribe qui doit être restitué au peuple haïtien. Pour montrer à quel point il sympathisait avec ces derniers, il eut à déclarer, à l’occasion de cette rencontre avec les Franco-Haïtiens et leurs amis, que « Jamais il n’y aura de chasse aux sorcières sous mon gouvernement ».




Il devait se féliciter d’avoir aussi, lors du vote sur l’affaire PetroCaribe, au Parlement, précédemment à son périple en France, pris des dispositions pour que ses alliés dans les deux Chambres législatives fassent aboutir le dossier à la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA), au lieu de l’envoyer au Parquet pour les suites légales nécessaires. Ce que la nation presque toute entière attendait avec impatience.

Les hommes du président, au départ, affichaient une certaine agressivité insolente. Attaque au gaz lacrymogènes au Cap-Haitien pour étouffer le dossier Petro Caribe

Durant les dix-neuf mois qu’il a bouclés de son quinquennat, Jovenel Moïse n’a jamais indiqué son intention de favoriser la prise en charge du dossier PetroCaribe par la Justice haïtienne. Aussi, sous sa protection, les anciens Premiers ministres, ministres, directeurs généraux et autres hauts fonctionnaires de l’État accusés d’implication dans le crime de dilapidation des USD 3,8 milliards $ décaissés de ce fonds, ont-ils affiché une agressivité insolente à l’égard des demandeurs de reddition de compte.

On se rappelle bien comment ils avaient, dans les premiers temps, engagé des hommes de main qui violentaient les manifestants, ayant même perpétré des attaques sur la personne des citoyens qui menaient campagne contre les voleurs. Pour mémoire, citons, par exemple, les attaques politiques virulentes contre les sénateurs Youri Latortue et Évalière Beauplan, qui ont, tour à tour, piloté les deux enquêtes menées par la Commission éthique et anticorruption du Sénat sur l’usage des fonds PetroCaribe ayant indexé plus d’une douzaine de Premier ministres, de ministres, de directeurs généraux et autres hauts fonctionnaires de l’État. Aussi bien l’attaque aux gaz lacrymogènes perpétrée sur un club social au Cap-Haïtien, dans le nord du pays, où les sénateurs Latortue et Antonio Cheramy organisaient une conférence-débat sur PetroCaribe.

Cet acte d’agression avait occasionné un mort et plusieurs blessés.

Les indexés dans le rapport Petro Caribe fragilisent le gouvernement

Au fur et à mesure que les citoyens faisaient monter la pression sur le président Moïse pour qu’il cesse de receler les voleurs des USD 3,8 milliards du fonds PetroCaribe, davantage le chef de l’État se montrait déterminé à poursuivre sa politique. Sans aucun doute, cette attitude affichée par M. Moïse à l’égard de ces derniers n’a pas manqué de les rendre encore plus violents à l’égard de ceux qui demandent justice dans l’affaire PetroCaribe. De telle sorte que celui qui a prêté serment de respecter et de faire respecter les lois et la Constitution du pays devienne le principal violateur de celles-ci.

Tout ce que l’on constate aujourd’hui dans le prolongement de la campagne PetroCaribe Challenge, notamment le « massacre» orchestré par le président Moïse au plus haut niveau de son administration, aurait pu se passer autrement. Si ce dernier avait agi en homme d’État responsable, en évitant d’introduire ces individus dans son administration, tel que cela lui avait été recommandé, avec insistance, les dégâts constatés durant les journées des 6 à 8 juillet 2018 auraient été évités.

Les incidents qui ont émaillé la journée du 17 octobre, y compris les personnes qui ont trouvé la mort, auraient été aussi épargnés au pays. Car un mort enregistré à travers Haïti c’est déjà trop. Mais il semble que Nèg Kouran-an 24/24 la se retrouve bien dans sa peau avec pareilles personnes dans son administration.

La Petro-Commission mort-née de Céant n’ira pas plus loin que l’aurore, car le président est lui-même impliqué dans le dossier

Dans la simple logique des choses, conclut Haïti-Observateur, tout ce qu’a fait Jovenel Moïse, après le 17 octobre, pour rectifier le tir ne mènera nulle part. Mettre à pied dix-huit hauts fonctionnaires de l’acabit des hommes et femmes qui l’entourent ne suffira pas pour donner l’équilibre politico-social recherché. Encore moins pour répondre aux exigences du peuple. C’est le cas de dire trop peu trop tard. Surtout que Jovenel Moïse lui-même est impliqué dans le « partage » des milliards décaissés du fonds Petro Caribe.

Car, selon le sénateur Beauplan, les prêts de ses deux compagnies, Agritrans et COPHENER, font du président de la République un des bénéficiaires de cette aubaine «piyay» que constituent les pétrodollars vénézuéliens.

Extrait de Haiti-Observateur
Edition du 24 au 31 octobre 2018

 

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