par Arnousse Beaulière
Samedi 6 octobre 2018 ((rezonodwes.com)) – La rubrique « Haïti dans tous ses états » est un espace de décryptage, d’analyse et de mise en perspective de l’actualité haïtienne tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. C’est aussi un espace de rencontres avec celles et ceux qui font parler d’Haïti autrement, positivement.
L’arrivée à la Primature de Me Jean-Henri Céant, notaire, dirigeant du parti politique Renmen Ayiti, dans les conditions que l’on sait, ne semble pas de nature à changer profondément la donne politique. Il suffit de l’entendre faire la promotion de la fameuse « caravane du changement » de Jovenel Moïse – dont l’échec n’est pourtant plus à démontrer – pour comprendre que son objectif est, pour l’instant, davantage de servir son patron que de servir son pays.
Pendant ce temps, la misère continue de ronger la vie de millions d’Haïtiennes et d’Haïtiens qui ne savent plus à quel saint se vouer. D’où la colère à haute température qui monte de plus en plus aux quatre coins du pays. Lequel est comme une cocotte-minute qui peut exploser à tout moment. Oui, mais quand ? Le 17 octobre 2018, lors des gigantesques manifestations annoncées partout dans le pays ? Avant ? Après ? Bien malin qui pourrait le dire.
Pour mesurer la portée de ce danger qui guette le pays, trois scénarios peuvent être envisagés.
Premièrement, il ne se passe rien, le gouvernement Moïse-Céant poursuit tranquillement sa politique inefficace jusqu’à la fin du quinquennat – scénario peu probable.
Deuxièmement, le pays est en ébullition, avec de multiples manifestations de grande ampleur et des grèves durant plusieurs jours. Jovenel Moïse, paniqué, abandonne le pouvoir et fuit avec sa famille à l’étranger. L’intérim est alors assuré par le Premier ministre Jean-Henri Céant, lequel est chargé d’organiser de nouvelles élections conformément à la Constitution 1987 amendée – scénario assez plausible quand on sait l’état dans lequel se trouvait l’Exécutif les 6 et 7 juillet derniers.
Troisièmement, le pays s’embrase totalement, plus personne ne contrôle plus rien du tout. Toutes les institutions étatiques sont caduques. C’est le chaos. Le pouvoir et ses alliés aux abois, l’opposition incapable de prendre la relève, la rue, furieuse, dicte sa loi. C’est la porte ouverte tout droit à une nouvelle occupation américaine, sous couvert de l’ONU, pour une durée indéterminée – scénario tout à fait envisageable.
Dr Arnousse Beaulière,
Économiste, Analyste politique, Écrivain
auteur notamment de Haïti : Changer d’ère (L’Harmattan, 2016)


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